"Fake news" : la vérification et la correction des faits n'ont "aucun impact" sur les intentions de vote des électeurs

Une étude sur les fausses informations, menée par l'économiste Emeric Henry, révèle que "la vérification des faits n'a aucun impact sur les croyances finales qui mènent les gens à voter."

Des spectateurs devant le débat télévisé du second tour de l\'élection présidentiel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Des spectateurs devant le débat télévisé du second tour de l'élection présidentiel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. (IAN LANGSDON / EPA)
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franceinfoRadio France

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Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde et intitulée, "Face au FN, la vérité reste impuissante", Emeric Henry, professeur d’économie à Science Po dénonce l'importance qu'ont pris les "fake news" dans la vie politique. Une étude, qu'il a menée sur 2 400 personnes, révèle que "même après la vérification des faits, l'impact est positif" pour celui qui a lancé une rumeur ou des fausses informations. Selon lui, "la vérification des faits n'a aucun impact sur les croyances finales qui mènent les gens à voter".

franceinfo : Vous avez mené une étude sur l'impact d'une déclaration de Marine Le Pen sur les migrants. Et après vérification des faits, cela n'a pas eu d'impact sur les électeurs que vous avez étudiés ?

Emeric Henry : C'est une étude sur 2 400 personnes qui essaye d'évaluer l'impact du "fake news" sur les intentions de vote et les croyances du "fact-checking". Quand Marine Le Pen dit que '99% des migrants sont des hommes' et qu'ils quittent leur pays pour des raisons économiques, l'information est fausse. On montre que la vérification des faits corrige la méconnaissance factuelle. En revanche, les personnes qui ont fait partie de l'étude n'arrivent pas à corriger les conclusions que formule Marine Le Pen. Même après la vérification des faits, l'impact est positif, puisque cela fait augmenter les intentions de vote en sa faveur. La vérification des faits n'a aucun impact sur les croyances finales qui mènent les gens à voter.

Ce qui veut dire qu'il ne sert à rien de décoder, de vérifier les faits ?

Cela sert toujours, puisque ça corrige la connaissance factuelle. En revanche, cela n'a aucune influence sur les intentions de vote. Il faut sans doute repenser la manière de présenter le "fact-checking", le rendre un peu moins neutre, d'arrêter de reprendre juste les chiffres. La défiance envers les médias n'apparaît pas. Les gens ont confiance dans les faits statistiques. Ils les croient, mais un biais psychologique intervient qui fait que même si on a corrigé un fait, il est très dur de corriger la conclusion. Même si les gens ont connaissance des vrais chiffres, cette conclusion erronée, reste dans leurs têtes. Je n'ai pas de solution à long terme. À court terme, la solution est d'aller voter, puisque c'est un moyen de contrer ceux qui utilisent ces intox via les urnes. Il se trouve que les "fake news" sont majoritairement utilisés par Marine Le Pen et les partis extrêmes en général. 

Faut-il repenser l'argumentaire pour contrer les fausses informations ?

Il faut repenser l'argumentaire et ne pas simplement dire que le chiffre dans l'affirmation de Marine Le Pen "99% des migrants sont des hommes" est faux et que c'est en fait 58% des migrants, selon les Nations Unies. Il faut redire que le lien entre ce pourcentage d'hommes et la raison de leur venue, n'est pas du tout clair. Et qu'il n'est pas du tout clair non plus que ces migrants viennent pour des raisons économiques, puisqu'ils viennent principalement de pays en guerre. Tout cela en essayant de rester impartial. Il faut nécessairement pousser les gens à repenser la conclusion.

"Il faut sans doute repenser la manière de présenter le 'fact-checking', le rendre un peu moins neutre, d'arrêter de reprendre juste les chiffres", Emeric Henry

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