Retour d'Ayrault, entrée des écologistes... Ce qu'il faut retenir du remaniement du gouvernement Valls

Avec ce jeu de chaises musicales consécutif au départ de Laurent Fabius, François Hollande tente d'élargir l'assise politique du gouvernement à plus d'un an de la présidentielle. 

Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili (montage photos). 
Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili (montage photos).  (JOEL SAGET / AFP)
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A un an et trois mois de la présidentielle, François Hollande tente de se donner de l'air avec ce qui pourrait bien être le dernier remaniement de son quinquennat. La composition du nouveau gouvernement Valls a été annoncée par un simple communiqué, jeudi 11 février. Une équipe gouvernementale où l'on retrouve plusieurs écologistes dans le but d'élargir la majorité présidentielle et de respecter les équilibres politiques.

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Sans grande surprise, le gouvernement Valls, paritaire, compte 38 ministres et secrétaires d'Etat, contre 32 précédemment. Voici les principaux enseignements de ce remaniement. 

Ayrault, un revenant au Quai d'Orsay

Après avoir été le premier Premier ministre de François Hollande de 2012 à 2014, Jean-Marc Ayrault devient le nouveau chef de la diplomatie française. Le nom du député de Loire-Atlantique circulait avec insistance depuis plusieurs jours pour remplacer Laurent Fabius à la tête du ministère des Affaires étrangères. 

Avec le Quai d'Orsay, Jean-Marc Ayrault trouve un point de chute à la hauteur de son statut d'ancien chef du gouvernement. Européen convaincu, cet ancien professeur d'allemand devrait favoriser l'entente entre Paris et Berlin. Une germanophilie rare au sein du personnel politique français. 

Si Laurent Fabius et Alain Juppé sont d'anciens chefs de gouvernement également passés par le Quai d'Orsay, c'est la première fois qu'un ancien Premier ministre redevient ministre pendant le même quinquennat. La nomination de Jean-Marc Ayrault fait figure de réhabilitation pour celui qui avait mal vécu son remplacement par Manuel Valls à Matignon. Ce dernier avait largement contribué à l'évincer, aidé par Arnaud Montebourg, qui l'avait affronté à plusieurs reprises. 

L'arrivée des écologistes plongent EELV en pleine crise de nerfs

Ce remaniement marque également le retour des écologistes au gouvernement. Cécile Duflot et Pascal Canfin avaient claqué la porte à Manuel Valls en 2014. Là encore, François Hollande a voulu trouver un équilibre. D'une part, Emmanuelle Cosse, patronne d'Europe Ecologie-Les Verts, est nommée ministre du Logement. D'autre part, deux élus qui ont quitté EELV entrent au gouvernement, mais avec un poids limité. L'ambitieux sénateur Jean-Vincent Placé devient secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et de la Simplification et Barbara Pompili est nommée secrétaire d'Etat à la Biodiversité.

Avec ce retour des écologistes, François Hollande espère bénéficier d'une majorité plus large, "rose-verte". Mais la manœuvre a ses limites. Aussitôt nommée ministre, Emmanuelle Cosse s'est mise "en retrait" du parti qu'elle dirige. Elle a été remplacée par David Cormand. EELV a assuré "désapprouver"  l'entrée d'Emmanuelle Cosse au gouvernement, y voyant "une décision personnelle". "Emmanuelle Cosse au gouvernement : la déchéance c'est maintenant", a réagi le député EELV Sergio Coronado sur Twitter.

De son côté, Yannick Jadot, député européen EELV, a souligné que ces nominations signifiaient "l'arrivée d'écologistes, pas des écologistes"

Pour entrer au gouvernement, Emmanuelle Cosse a-t-elle obtenu des contreparties ? "Emmanuelle Cosse dit qu'elle a obtenu d'avoir une consultation de la population sur Notre-Dame-des-Landes", a déclaré Sandrine Rousseau, porte-parole d'EELV à Reuters. Le parti écologiste réclame l'abandon du projet d'aéroport que défend, au contraire, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes. 

La surprise Azoulay et la sortie de Pellerin

Seule surprise de taille de ce remaniement, l'arrivée d'Audrey Azoulay au ministère de la Culture et de la Communication, qui signe l'éviction de Fleur Pellerin.  Ancienne directrice générale déléguée du Centre national du cinéma, où elle était en entrée en 2003, cette quadragénaire était, depuis 2014, la conseillère culture du président de la République à l'Elysée. 

Audrey Azoulay a été condisciple de Fleur Pellerin à l'ENA. Le Figaro, qui dressait son portrait en 2014, évoquait une personnalité "saluée à la fois par le monde du cinéma, qui voit en elle une femme de conviction qui sait défendre ses dossiers, et par la haute administration, qui connaît son entregent". Cinéphile avertieréputée proche de Julie Gayet, elle avait fait la une d'un numéro de l'Obs consacré aux conseillers de François Hollande en 2015. 

Jean-Michel Baylet, enfin ministre

Le patron du Parti radical de gauche (PRG) fait son entrée au gouvernement et devient ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales. L'arrivée de Jean-Michel Baylet compense le départ de Sylvia Pinel, ministre du Logement, qui attendait depuis plusieurs semaines d'être remplacée pour se consacrer à la vice-présidence de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

Ancien sénateur, plusieurs fois ministre et député durant la présidence de François Mitterrand, ancien président du conseil général de Tarn-et-Garonne, patron de presse, Jean-Michel Baylet est surnommé le "président-empereur" dans son fief du Sud-Ouest. Sa mise en cause dans une affaire de favoritisme l'avait empêché de rentrer au gouvernement en 2012. 

Une flopée de secrétaires d'Etat

Le gouvernement Valls 3 fait aussi la part belle aux femmes socialistes pour les secretariats d'Etat. Ericka Bareigts, 48 ans, députée de La Réunion, devient secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité réelle. Trois mois après les attentats de Paris et de Saint-Denis, Juliette Méadel, porte-parole du PS, devient à 41 ans secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes, notamment des attentats.

Estelle Grelier, députée PS, 42 ans, entre également au gouvernement en tant que secrétaire d'Etat chargée des Collectivités territoriales. Enfin, Hélène Geoffroy, également députée PS, 45 ans, devient secrétaire d'Etat chargée de la Ville. Au total, le gouvernement compte 20 secrétaires d'Etat. 

Les poids lourds confirmés

Autre enseignement de ce remaniement, qui confirme la "ligne Hollande-Valls", le maintien des poids lourds du précédent gouvernement. Fragilisé par la longue crise des éleveurs, Stéphane Le Foll, proche de François Hollande, reste ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement.

Autres ténors reconduits : Jean-Yves Le Drian à la Défense, Bernard Cazeneuve à l'Intérieur, Ségolène Royal à l'Ecologie, Michel Sapin aux Finances, Emmanuel Macron à l'Economie, Najat Vallaud-Belkacem à l'Education nationale...