Primaire de la droite : le casse-tête des électeurs de gauche pour le second tour

Entre 500 000 et 600 000 sympathisants de gauche ont voté au premier tour, soit environ 15% des électeurs de la primaire de la droite. Quelle va être leur stratégie pour le second ? Revue de possibilités. 

Voter Fillon pour favoriser la gauche, voter Juppé pour contrer le FN, ne pas s\'en mêler… A chaque électeur de gauche sa stratégie pour le second tour.
Voter Fillon pour favoriser la gauche, voter Juppé pour contrer le FN, ne pas s'en mêler… A chaque électeur de gauche sa stratégie pour le second tour. (MARCEL TER BEKKE / GETTY IMAGES)
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Catherine FournierFrance Télévisions

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Majoritairement acquis à Alain Juppé, ils voulaient faire barrage à Nicolas Sarkozy. Entre 500 000 et 600 000 sympathisants de gauche ont voté au premier tour de la primaire de la droite, soit environ 15% des voix. Vont-ils se déplacer pour le second tour, dimanche 27 novembre ? Et, si oui, comment vont-ils voter ?

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Si l'ancien président a bien été éjecté du jeu électoral, ceux qui ont le cœur à gauche ont vu (et contribué à faire) émerger un candidat au programme conservateur et libéral, François Fillon. Avec 44,1%, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy part favori. Un vrai dilemme pour l'électorat de gauche, illustré en gifs.

"Le risque est trop grand que Fillon gagne en 2017, je cours voter Juppé"

Alain Juppé doit la moitié de ses voix du premier tour aux sympathisants de la gauche et du centre, selon un sondage Harris Interactive pour LCP et Public Sénat. Si ces électeurs cherchaient avant tout à faire barrage à Nicolas Sarkozy, ils ont aussi privilégié le candidat le plus à même, selon eux, de contrer le Front national au second tour de la présidentielle. Mais c'est finalement François Fillon qui pourrait se retrouver face à Marine Le Pen si la gauche était éliminée au premier tour.

Pour Philippe (le prénom a été changé), 28 ans, fonctionnaire dans les Hauts-de-France, le programme de François Fillon est "le plus proche de celui du FN, au moins sur quatre points : le social, la politique européenne, la géopolitique et le débat sur l'identité et le rapport aux étrangers". Il confie à franceinfo qu'il retournera donc voter pour Alain Juppé au second tour. 

"Oui mais si Juppé gagne, Hollande n'a plus aucune chance…"

Dans Libération, Stéphane Le Foll ne cache pas que la victoire de la ligne ultralibérale et conservatrice de François Fillon à la primaire est une bonne nouvelle pour le PS. Fidèle parmi les fidèles du président, le porte-parole du gouvernement s’accroche à une candidature de François Hollande.

Ce dernier, qui devrait se déclarer début décembre, s'est également réjoui de la victoire de celui que l'on surnomme "Droopy". Selon Le Parisien, le chef de l'Etat estime que François Fillon est clivant et lui donne de l'air. 

"En même temps, Hollande a-t-il VRAIMENT une chance ?"

L'éviction de Nicolas Sarkozy dès le premier tour n'est pas un bon signal pour François Hollande. Les votants ont clairement dit "non" au retour du président sortant et opté pour un candidat proposant un discours et un programme de rupture (même s'il partage le bilan de Nicolas Sarkozy). Du Brexit à l'élection de Donald Trump, les électeurs des pays occidentaux ont pris un malin plaisir ces derniers temps à renverser la table et à faire mentir les sondages, optant pour des options radicales, loin du compromis social-démocrate incarné par François Hollande.

Et puis les électeurs de gauche souhaitent-ils vraiment voir le président rester au pouvoir ? Avec 4% d'opinions favorables et l'ouverture d'une enquête pour "compromission de la défense nationale" après ses confessions dans le livre Un président ne devrait pas dire ça, la fin de son mandat est crépusculaire. 

"Ne vaudrait-il pas mieux voter Fillon pour favoriser le candidat de la gauche, quel qu'il soit ?"

C'est la stratégie qu'ont adoptée des sympathisants de gauche dès le premier tour. Comme Vincent, 42 ans, commercial à Clermont-Ferrand. Il a choisi "le troisième homme" pour éliminer Nicolas Sarkozy. Il retournera voter pour lui au second tour : "Même si François Fillon ne me plaît pas du tout, ce sera plus facile pour la gauche. Donc je voterai pour lui. C'est un coup de poker", analyse celui qui a toujours voté à gauche depuis 1995. 

Frédérique fait le même calcul, mais par omission. Elle n'ira pas voter Alain Juppé au deuxième tour pour favoriser François Fillon. "Je me dis que François Bayrou pourrait se présenter et que la droite partira divisée. Et François Fillon va peut-être provoquer le rassemblement de la gauche", pronostique cette auto-entrepreneuse dans le secteur de la communication, à Antony (Hauts-de-Seine). Elle votera Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle.

"Juppé ou Fillon, peu importe : quel que soit le candidat, c'est fichu pour la gauche…" 

Entre les candidats déclarés à la primaire de la gauche en janvier (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, François de Rugy, Jean-Luc Bennahmias), ceux qui ne le sont pas encore (François Hollande, Manuel Valls...) et ceux qui font cavalier seul (Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon), la gauche avance atomisée sur la route de la présidentielle. De quoi réduire ses chances de s'imposer au premier tour. Aucun(e) candidat(e) providentiel(le) n'a émergé pour le moment, même s'il reste cinq mois avant l'échéance. 

"… et Fillon n'est pas le plus à même de battre Marine Le Pen. Donc retour à la case Juppé"

Si François Fillon peut favoriser la gauche, il peut aussi, aux yeux de certains, rendre service au Front national. "Sur le coup, j’avais décidé de ne pas revoter, explique au Monde Véronique Pors, une infirmière de 58 ans. Après réflexion, tard dans la nuit, je me suis dit que j’allais y aller. Le risque est grand d’avoir Fillon contre Le Pen au second tour et je crains que, vu le programme de Fillon, les voix populaires se reportent sur Marine Le Pen." 

Pour une partie des sympathisants de gauche, Alain Juppé reste le plus à même de rassembler la droite, le centre et la gauche pour faire barrage à une victoire de l'extrême droite. 

"Marre du vote utile, je laisse la primaire de la droite aux électeurs de droite"

"Femmes et hommes de gauche et écologistes, arrêtez ce masochisme politique." Avant le premier tour de la primaire de la droite, le journaliste de Libération Matthieu Ecoiffier avait publié une tribune pour enjoindre le lectorat du quotidien de rester chez lui. "Êtes-vous à ce point fatigués et déçus après quatre ans de gauche molle pour aller vous jeter dans les bras de la droite dure ? (...) Voter le dimanche 20 novembre, payer deux euros et signer la charte des valeurs de la droite, c’est sceller la défaite de la gauche le dimanche 23 avril 2017. Faites comme moi, laissez la droite se choisir le leader qu’elle mérite." 

Après avoir voté Jacques Chirac en 2002 face à Jean-Marie Le Pen, puis fait barrage à Nicolas Sarkozy à plusieurs reprises, nombre d'électeurs de gauche sont las du vote utile. Si certains se sont fait violence au premier tour, ils jettent l'éponge pour le second : "L’essentiel étant à mes yeux acquis – Sarkozy au tapis –, je ne revoterai pas dimanche. Après tout, je suis suffisamment intervenu dans les affaires d’une famille politique qui n’est pas ma famille naturelle !" estime un électeur de gauche dans Le Monde. Gilles, musicien, se sent lui aussi moins concerné maintenant que Nicolas Sarkozy est éliminé : "Ça reste deux politiques de droite, même s'il y a des nuances. Moi, je suis pour Mélenchon", explique-t-il à franceinfo.

"Mon vote ne changera pas la donne de toute façon…"

François Fillon devance Alain Juppé de plus de 15 points. Il va être difficile pour le maire de Bordeaux de rattraper son retard, même avec le soutien d'une partie de l'électorat de gauche. D'autant qu'après le ralliement de Nicolas Sarkozy, le grand champion du premier tour devrait bénéficier d'un report de voix favorable pour remporter le scrutin.

"En même temps, les électeurs de droite ne se gêneront peut-être pas pour voter à la primaire de la gauche…"

L'appel est venu d'Arnaud Montebourg lui-même. L'ancien ministre de l'Economie a invité "tous les électeurs", y compris ceux de la droite, à voter à la primaire de la gauche pour battre François Hollande. Le président appréciera. Il est vrai que dans le processus démocratique, la liberté de l'électeur est reine. C'est pourquoi, dans une autre tribune, Libération donne ce conseil au peuple de gauche, du centre et d'ailleurs : "Fais ce qu’il te plaît !"