Primaire à droite : que va devenir François Fillon après sa probable défaite ?

Sauf retournement de situation inattendu, François Fillon ne semble pas en mesure de remporter la primaire à droite. Mais l'ancien Premier ministre devrait peser sur la suite des événements.

François Fillon, le 21 octobre 2016, lors d\'un meeting à Caen (Calvados).
François Fillon, le 21 octobre 2016, lors d'un meeting à Caen (Calvados). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)
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Clément ParrotIlan CaroFrance Télévisions

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Attention, révélation ! Sauf énorme surprise, François Fillon ne devrait pas être le prochain président de la République. Avec des sondages oscillant entre 10 et 15% depuis plusieurs semaines, le député de Paris, qui est l'invité de l'Emission politique sur France 2 jeudi 27 octobre, ne semble pas en mesure de remporter la primaire à droite à la fin du mois de novembre.

En revanche, au regard de la dynamique des derniers sondages, l'ancien Premier ministre pourrait s’imposer comme le troisième homme de l’élection au détriment de Bruno Le Maire, et devenir ainsi le "faiseur de rois" de cette élection. Mais que pourra-t-il bien négocier en échange d'un éventuel ralliement ? Franceinfo s'est penché sur les possibilités politiques de François Fillon en cas de défaite à la primaire.

Retourner dans l'arène politique

"S'il est troisième, ce ne sera pas la fin de l’histoire, assure un proche de François Fillon interrogé par franceinfo. S'il obtient entre 15 et 20%, il va certainement négocier pour continuer à peser. C’est le principe de réalité." Pour continuer à exister politiquement, l'ancien Premier ministre devrait commencer par se présenter aux législatives en juin prochain. "Même s'il a dit qu'il ne voulait pas se représenter, on lui a quand même réservé la 2e circonscription à Paris [dont il est le député sortant], car on ne sait jamais…", indique pour sa part le député Bernard Debré, soutien de l'ancien Premier ministre, interrogé par franceinfo. Si la prochaine majorité penche à droite, François Fillon aura ainsi son mot à dire dans les débats parlementaires à venir.

Il a des amis dans les deux chambres. Il pourra donc peser au Parlement en constituant une force politique autour de ses idées développées pendant la campagne.

Un proche de François Fillon

à franceinfo

Sans compter que le candidat pourrait prendre soin de placer ses troupes. "Il faudra aussi qu'il négocie pour les siens. Il a des amis, des soutiens, à qui il ne peut pas dire 'merci et salut'", ajoute ce proche de François Fillon. Et pour son propre cas ? Plusieurs personnes évoquent la présidence de l'Assemblée nationale comme lot de consolation. "Certains l'évoquent, mais je ne suis pas sûr qu'il en ait envie", confie Bernard Debré.

Il pourrait aussi accepter de participer à un gouvernement de droite à un poste prestigieux, comme le ministère de la Défense ou des Affaires étrangères. Les anciens Premiers ministres Alain Juppé, Laurent Fabius ou Jean-Marc Ayrault ont par exemple choisi cette option. Mais, contrairement au troisième homme de la primaire socialiste en 2011, Arnaud Montebourg, il ne devrait pas accepter un poste trop exposé politiquement. "Ce n’est pas évident d'intégrer un gouvernement après avoir été Premier ministre puis candidat à la direction du pays", prévient un député filloniste.

Se faire oublier... pour un temps

François Fillon pourrait choisir l'option de la discrétion pour prendre du recul afin de mieux revenir. En évitant de tout de suite redescendre sur le ring, il pourrait ainsi prendre de la hauteur pour travailler une stature de "vieux sage", comme Lionel Jospin après sa défaite de 2002, Jean-Pierre Raffarin après 2005 ou, plus récemment, Alain Juppé en 2012.

Prendre de la hauteur pourrait lui permettre de briguer dans un deuxième temps un poste honorifique, comme par exemple un siège au Conseil constitutionnel (les prochaines nominations sont prévues pour février 2019).

Tout cela va dépendre de ce qu’il voudra faire. On peut faire de nombreuses hypothèses comme un départ pour Bruxelles en tant que commissaire européen ou même président de la Commission...

Un proche de François Fillon

à franceinfo

Mais s'écarter des sphères de pouvoir temporairement peut également servir à mieux préparer la prochaine échéance. A l'image d'un Nicolas Sarkozy en 2012, François Fillon pourrait se retirer pour mieux revenir en 2022, surtout en cas de victoire d'Alain Juppé qui a déjà annoncé qu'il ne ferait qu'un seul mandat. "En 2022, il aura 68 ans, il ne sera pas trop vieux pour être candidat. Une autre aventure sera encore possible", confirme un député filloniste.

Prendre sa retraite politique, comme promis

A 62 ans, l'heure serait-elle venue pour François Fillon de raccrocher ? Après tout, il a atteint l'âge légal de départ à la retraite fixé lorsqu'il était à Matignon, en 2010. L'hypothèse est d'autant plus crédible qu'il a lui-même promis, lors d'une interview en janvier, qu'il se retirerait de la vie politique s'il n'était pas choisi par les sympathisants pour représenter son parti à l'élection présidentielle.

"Je l'ai toujours dit. Ce n'est pas pour bouder dans mon coin en disant 'je n'ai pas obtenu la majorité que je voulais donc je suis fâché', ça n'est pas du tout ça le sujet, assurait-il sur BFMTV. J'ai occupé des fonctions gouvernementales, j'ai occupé des fonctions de responsable de collectivités locales, j'ai été Premier ministre. Je considère aujourd'hui que j'ai quelque chose à apporter avec un projet politique et un projet de rupture qui changent complètement la donne, notamment sur les sujets économiques."

Si je ne suis pas suivi sur cette question, qu'est-ce que j'ai d'autre à apporter à la vie politique française ? Rien. Donc je quitte la politique.

François Fillon

sur BFMTV en janvier 2016

Libéré des contraintes politiques et électorales, François Fillon pourrait par exemple mettre à profit son expérience en donnant des conférences bien rémunérées, une activité à laquelle s'adonnait Nicolas Sarkozy durant son éphémère retraite politique, et à laquelle son ex-Premier ministre ne trouvait rien à redire. Ces dernières années, il a d'ailleurs lui-même donné des conférences rémunérées, notamment au Kazakhstan, au Qatar, à Genève ou à Berlin, parfois en anglais. "Il aime bien l'exercice et cela lui permet d'élargir son cercle de rencontres", soulignait en 2013 une collaboratrice citée par le JDD.

Créer sa propre entreprise ? Se consacrer à sa passion, le sport automobile ? S'investir dans les 24 Heures du Mans, course qui lui est chère, actuellement organisée par son frère Pierre ? A moins qu'il ne se lance vraiment dans l'activité de conseil via sa société 2F Conseil, créée discrètement en 2012, comme l'avait révélé Rue89 ? Les opportunités ne manquent pas pour un responsable politique de premier plan.

Quant à sa promesse de se retirer en cas de défaite ? "Vous avez remarqué que cela fait six mois qu'il ne la répète plus ?", souligne un de ses soutiens. Focalisé sur sa campagne, François Fillon dit n'envisager pour l'heure aucune autre issue que la victoire. La question de son avenir personnel ne se posera que dans le cas contraire. "Et il aura bien assez le temps d'y réfléchir après le résultat", botte en touche son porte-parole, Jérôme Chartier.