Nicolas Sarkozy et les "ploucs" : la polémique en quatre actes

"L'Obs" affirme que le candidat à la primaire à droite a qualifié ses électeurs de "ploucs". L'ex-président a annoncé un dépôt de plainte contre l'hebdomadaire.

Nicolas Sarkozy lors d\'un meeting à Marseille, le 27 octobre 2016.
Nicolas Sarkozy lors d'un meeting à Marseille, le 27 octobre 2016. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)
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"Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs." Nicolas Sarkozy a-t-il prononcé cette phrase ? L'Obs a affirmé, vendredi 21 octobre, que le candidat à la primaire à droite avait prononcé cette phrase lors d'un déjeuner au siège de l'Agence France-Presse (AFP). Une semaine plus tard, l'hebdomadaire persiste et signe. Entre-temps, l'avocat de l'ex-président de la République a annoncé qu'il portait plainte pour diffamation. Et le président de l'AFP a présenté des "excuses personnelles et professionnelles" à Nicolas Sarkozy.

Franceinfo revient sur cette polémique, dont Libération a décidé de tirer les enseignements. "Quand Sarkozy explique qu'il fait campagne pour séduire l'électorat populaire, ce n'est pas pour traiter d'imbéciles ceux qui votent pour lui. En parlant de 'ploucs', il ne fait que parodier ce qu'il croit être le vocabulaire de 'l'élite' avec qui il déjeune", décrypte Alain Auffray dans un éditorial publié jeudi 27 octobre. "Faut-il, pour affoler le landerneau médiatique, faire le pari que les lecteurs seront assez sots pour prendre au premier degré ce qui, à l'évidence, ne saurait l'être ? Nous [journalistes] pouvons aussi, de temps en temps, nous poser ces questions."

Acte 1 : "L'Obs" rapporte des propos prêtés à Sarkozy

Le 18 octobre, Nicolas Sarkozy déjeune avec des journalistes de l'AFP, à l'invitation de la direction. Au cours du repas, selon plusieurs sources contactées par L'Obs, l'ancien président de la République prononce la phrase : "Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs." 

L'AFP, contactée par L'Obs, confirme que le candidat à la primaire à droite s'est rendu au siège de l'agence, à Paris, pour déjeuner. Mais la direction refuse de "faire des commentaires sur des propos off".

Acte 2 : l'avocat de Sarkozy annonce un dépôt de plainte

L'entourage de Nicolas Sarkozy oppose un "démenti formel". "On veut le mettre au même niveau que François Hollande, c'est scandaleux, il n'a jamais dit ça", assurent des proches à l'hebdomadaire, en faisant référence aux propos du président de la République sur les "sans-dents".

Après les allégations de L'Obs, Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, annonce porter plainte pour diffamation, non seulement contre l'hebdomaire, mais aussi contre l'AFP, le 22 octobre.

Acte 3 : l'AFP s'excuse

Quatre jours plus tard, le PDG de l'AFP, Emmanuel Hoog, présente ses "excuses personnelles et professionnelles" à Nicolas Sarkozy dans une lettre, que Paris Match affirme avoir consultée. L'hebdomadaire glisse que Nicolas Sarkozy n'aurait pas dit : "Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs." En réalité, il aurait interpellé les journalistes de l'AFP pour leur dire : "Je sais bien que vous pensez que mes électeurs sont des ploucs."

"Ce déjeuner et nos échanges étaient placés sous la règle professionnelle du 'off'. Force est de constater que cette règle n'a pas été respectée. Nous le regrettons sincèrement. Des propos mal rapportés et sortis de leur contexte ont pu créer confusion et contresens", renchérit le patron de l'agence. Selon Paris Match, Emmanuel Hoog va plus loin dans son mea culpa en pointant une "atteinte à l'image" de l'AFP, dont "la réputation" et "l'indépendance sont reconnues dans le monde entier".

Acte 4 : "L'Obs" contre-attaque

L'hebdomadaire persiste et signe dans un article publié jeudi 27 octobre, et ce malgré les regrets du PDG de l'AFP. "Revenons un instant sur les conditions dans lesquelles ces mots ont été rapportés. Le lendemain du fameux déjeuner à l'AFP, la retranscription écrite de l’entretien avec Nicolas Sarkozy est envoyée à des journalistes de l’agence, par un mail interne. C'est à partir de cette retranscription que nous avons voulu en savoir plus : dans quel contexte cette phrase a-t-elle été prononcée ?" écrit L'Obs.

"Ces questions, nous les avons posées à plusieurs interlocuteurs. Tous nous ont confirmé le sens des paroles de Nicolas Sarkozy, qui s'inscrivaient dans une justification de sa stratégie électorale", affirme l'hebdomadaire. "C'est bien pour cette raison que nous avons décidé de publier cette phrase, non pas pour faire le buzz, mais parce que l'usage du mot 'plouc' par un candidat qui se veut celui du peuple, même s'il n'est pas fait avec mépris, nous a semblé suffisamment éloquent pour être porté à la connaissance du public."

Surtout, L'Obs insiste. Selon lui, Nicolas Sarkozy a bien dit : "Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs." Et non la phrase que lui prête Paris Match