La semaine très polémique de Sens commun, le mouvement qui embarrasse de plus en plus Les Républicains

Après que le président du mouvement a sous-entendu vouloir discuter avec l'ancienne élue frontiste Marion Maréchal-Le Pen, cette émanation de La Manif pour tous au sein des Républicains a été contraint d'annuler une journée de débat prévue dimanche.

Des militants du mouvement Sens Commun lors d\'un meeting à Paris, en novembre 2014.
Des militants du mouvement Sens Commun lors d'un meeting à Paris, en novembre 2014. (DOMINIQUE FAGET / AFP)
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Le mouvement qui entend "peser à droite" est contraint de se mettre momentanément en veille. Embourbé dans une polémique, Sens commun, l'émanation de La Manif pour tous chez Les Républicains, ne tiendra pas sa "Journée de la France silencieuse" prévue dimanche 15 octobre. 

"L'objet de cette journée était de débattre de façon apaisée d'enjeux de fond, loin des querelles d'ordre strictement politique et des jeux d'appareils, a indiqué l'organisation conservatrice sur sa page Facebook, jeudi 12 octobre. Or, les conditions pour une réflexion et un dialogue constructifs ne sont pas réunies." Et pour cause, Sens commun a passé une bien mauvaise semaine. 

Son président évoque "une plateforme avec Marion Maréchal-Le Pen"

Mardi 10 octobre, une interview du président de Sens commun, Christophe Billan, a mis la droite en ébullition. S'exprimant dans L'Incorrect, jeune magazine qui "milite pour une 'alliance politique, intellectuelle et culturelle' entre la sensibilité conservatrice de LR et l’aile nationale-conservatrice du FN", selon La Croix, ce dernier se dit prêt à participer "avec bonheur à l'élaboration d'une plateforme réunissant toutes les bonnes volontés d'une droite véritable". Et d'ajouter : "Si Marion Maréchal-Le Pen vient demain avec ses idées rejoindre une plateforme, cela ne me posera aucun problème. Mais si elle est plus Le Pen que Marion, j'aurai un souci." "Le problème de Marion Maréchal-Le Pen reste le nom Le Pen et non la plupart de ses idées (...)", ajoute-t-il. 

"Nous avons parlé avec Marion Maréchal-Le Pen et nous l'avons assumé", rappelle encore Christophe Billan. En mai 2016, la porte-parole de Sens Commun, Madeleine de Jessey et la nièce de Marine Le Pen, s'étaient en effet entretenues dans l'hebdomadaire Famille Chrétienne, lui aussi classé à la droite de la droite.

Le mouvement nie "tendre la main" au FN 

Problème, le mouvement est une entité qui s'inscrit au sein du parti Les Républicains, lequel martèle son opposition à la politique du Front national. Quelques heures plus tard, mardi soir, Sens Commun revient donc sur cette déclaration, assurant dans un communiqué que le mouvement "ne tend pas et qu'il ne tendra jamais la main au Front national", quand "la volonté de dialoguer" de son président "a été interprétée comme une main tendue au Front national".

Selon Le Parisien, Christophe Billan "s'est empressé de passer un coup de fil à [Bernard] Accoyer pour assurer que 'ses propos avaient été mal interprétés''', visiblement sans convaincre le secrétaire général des Républicains. Ce dernier lui rappelle ainsi que discuter avec le FN constitue une "ligne rouge infranchissable" avec l'extrême droite s'appliquant "strictement à tous les mouvements associés" du parti. 

Laurent Wauquiez prend ses distances 

Cette mise au point ne suffit pas à Laurent Wauquiez. Déjà soucieux de casser une image de candidat de la "droite dure" à la présidence des Républicains, il prend rapidement ses distances avec le mouvement conservateur qui le soutient pourtant. Dès mercredi, il assure que Sens Commun n'aura "plus sa place" s'il y a "le moindre passage à l'acte" en direction du Front national. "Si je suis élu, notre ligne sera très claire. Il n'y a aucune alliance avec des élus du Front national et tous ceux qui ne partagent pas cette ligne ne feront pas partie de mon équipe", réaffirme-t-il sur RTL. "A ce stade, il y a eu des propos qui ont été beaucoup trop légers", poursuit le vice-président du parti.

"Aucune alliance avec des élus du Front national. En revanche je veux que les Républicains puissent s'adresser à ceux qu'on a déçus. Ces électeurs qui, au fond, partageaient nos valeurs mais qui se sont dit 'la droite dit mais ne fait jamais et déçoit toujours' et sont allés voter pour le Front national. Il n'y a pas 30 ou 35% de fascistes et d'extrémistes en France", ajoute même le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Des Républicains annulent leur venue à la "Journée de la France silencieuse"

Dans la foulée de ces déclarations, Laurent Wauquiez, annule sa venue à la fameuse "Journée de la France silencieuse", organisé par cet allié devenu embarrassant. Daniel Fasquelle, lui aussi candidat à la présidence du parti LR, ainsi que Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, décommandent à leur tour.

Plus tard dans la soirée, lors de l'émission "L'épreuve de vérité" de Public Sénat, l'AFP, Les Echos et Radio Classique, Bruno Retailleau insiste : "Si l'on prétend être à LR, on ne peut pas faire d'accord de près ou de loin avec le Front national", avant de regretter toutefois qu'avant même cet épisode, Sens commun ait été "victime d'une diabolisation".

Christian Estrosi évoque "l'exclusion" 

Mercredi, toujours, le maire de Nice, Christian Estrosi, publie une lettre ouverte, adressée à Bernard Accoyer et dans laquelle il demande, "l'exclusion de ceux, en particulier les cadres dirigeants qui ont entretenu le doute sur leur positionnement vis-à-vis du Front national lors des dernières élections présidentielles et qui continuent d'afficher une collusion malsaine avec ces idées écœurantes et ceux qui les défendent".

Invité de LCI vendredi matin, l'élu précise son propos : "C'est quelque chose que je demande depuis l'entre-deux-tours de la présidentielle. (...) Il y a encore quelques semaines, on demandait l'exclusion du Premier ministre de droite (...) et, en même temps, on banalisait la fréquentation avec Sens Commun, qui est un mouvement qui appartient aux Républicains", lâche-t-il. Il dénonce du même coup les positions "caricaturales" du bureau politique et un parti dans lequel "tout le monde se sent gêné aux entournures". 

Sens commun annule son rendez-vous

Jeudi, le mouvement annule finalement sa "Journée de la France silencieuse", prévu trois jours plus tard dans les Hauts-de-Seine, concèdent que "les conditions pour une réflexion et un dialogue constructifs ne sont pas réunies."

"Malgré une clarification sans ambiguïté de notre part, une maladresse de communication du président de Sens commun a été interprétée comme une prétendue main tendue à des appareils, voire à des partis qui sont pourtant nos adversaires politiques", se défend encore Sens commun dans son communiqué. Il annonce que sa journée thématique n'est pas annulée mais reportée à une date "qui sera fixée après l’élection du président des Républicains".