C'était sa bataille. Imposée par le Parti socialiste dans la 1re circonscription de Charente-Maritime, Ségolène Royal voulait se faire élire dans ce territoire de gauche et briguer le perchoir. Elle a annoncé sa défaite avec 37,03% des voix, dimanche 17 juin peu avant 20 heures, face au dissident socialiste Olivier Falorni, qui rafle 62,97% des suffrages. L'adjoint aux finances du maire de La Rochelle a capitalisé sur la haine anti-Royal et profité d'une campagne axée sur le thème de l'élu du terroir face à la Parisienne "parachutée". "C'est la victoire de la droite. Elle a su se mobiliser, ne pas rater cette occasion", a déploré Maxime Bono, le maire PS de La Rochelle.

"J'ai mené une campagne difficile, mais droite et loyale, avec le sens de l'honneur et de l'engagement (...). Je suis animée passionnément par l'amour de la France et des Français, et continuerai à peser sur les choix du gouvernement de Jean-Marc Ayrault", a déclaré Ségolène Royal après l'annonce de sa défaite, dénoncant une "trahison politique" et considérant qu'Olivier Falorni était "un député de droite".

(Francetv info)

"C'est une victoire de la démocratie (...), un message fort adressé par les citoyens de La Rochelle", a déclaré de son côté Olivier Falorni, après avoir fendu la foule de ses supporters pour plonger dans les bras de sa grand-mère, en larmes. "C'est un vote pour ma candidature de centaines de milliers d'électeurs, qui ont mis leur bulletin dans l'urne. Tout au long de la journée, des électeurs m'ont dit merci, merci d'avoir tenu bon, de nous avoir donné le droit de nous exprimer." Interrogée sur TF1 sur la possibilité d'un retour de d'Olivier Falorni dans les rangs du parti socialiste, la patronne du PS, Martine Aubry a répondu : "Bien sûr que non, il a été élu avec les voix de la droite et d'extrême-droite et alors qu'il était second, il s'est maintenu".

• Le résultat

A 20 heures, selon les chiffres définitifs, la présidente de Poitou-Charentes obtient 37,03% des voix, contre 62,97% pour Olivier Falorni. 

Dans une interview au quotidien espagnol El País publiée dimanche matin, Ségolène Royal semblait déjà se résigner à la défaite. Interrogée sur sa volonté de briguer la présidence de l'Assemblée nationale, elle répond : "C'est grillé. Les grands machos ne pouvaient pas le tolérer." Par "machos", Ségolène Royal entend "les vieux apparatchiks de la droite et de la gauche ne peuvent accepter que je préside l'Assemblée nationale", citant notamment les anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Jean-Pierre Raffarin. "Mon erreur a été de dire que je visais cette fonction, pas de m'être présentée à La Rochelle", dit-elle. Acide, elle ajoute que la droite veut "sa tête et son scalp" "Ségolène Royal sera le seul trophée concédé à l'UMP lors de ces élections." Aura-t-elle un poste de ministre en guise de lot de consolation ? Elle ne ferme pas la porte à cette hypothèse : "Nous verrons. Je n'ai pas envie de penser à ça pour le moment."

• Comment en est-on arrivé là ?

Le 23 octobre 2011, Ségolène Royal annonce qu'elle pourrait être candidate dans sa région de Poitou-Charentes. Le lendemain, Maxime Bono, maire de La Rochelle, confirme qu'il est prêt à lui céder la place. Elle est investie par le PS un mois plus tard. Sans primaire entre les candidats à l'investiture.

Mi-février 2012, Olivier Falorni, conseiller régional et premier secrétaire fédéral du PS de Charente-Maritime depuis 2004, officialise sa dissidence. La féroce bataille de La Rochelle s'engage.

---> Royal-Falorni : pourquoi tant de haine ? 

Au soir du premier tour, la candidate UMP Sally Chadjaa est éliminée à 800 voix près et laisse la place à un médiatique autant que fratricide duel entre les deux socialistes, séparés par seulement 1850 voix. Ségolène Royal arrive en tête avec 32,03% des suffrages quand Olivier Falorni en réunit 28,91%. L'officielle et l'exclu labourent le terrain, l'une accompagnée de ténors du gouvernement socialiste, l'autre en jouant à fond la carte du candidat local. Il bénéficie en outre d'un important front anti-Royal.

---> "Normalement je ne vote pas à gauche, mais je ne voulais pas que Ségolène passe"

Olivier Falorni a aussi reçu le soutien inattendu de la compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, sur son compte Twitter. Allant à revers du président de la République, qui avait affiché son soutien à Ségolène Royal sur les tracts de campagne, elle a créé un mini-séisme et une cascade de réactions dans le monde politique. 

---> Affaire Trierweiler: est-ce vraiment grave ?