"Si on ne change pas notre fusil d'épaule rapidement, les trois ans et demi qui nous restent à tirer risquent de nous sembler très longs…" PEL/PEA, frais de scolarité, taxe diesel, impôt sur les sociétés, puis dernier en date l'écotaxe mardi 29 octobre… Après les reculs successifs du gouvernement en matière de fiscalité, certains – comme cette députée socialiste contactée par francetv info – estiment que l'action de l'exécutif est désormais "paralysée".

Au sein de la majorité, les critiques fusent, et rien ni personne ne parvient à les faire taire. Sur le plan économique, les résultats demeurent imperceptibles par les Français. Et dans les sondages, le chef de l'Etat voit sa cote de popularité chuter mois après mois, au point d'atteindre un niveau jamais connu par ses prédécesseurs.

De l'excès de prudence...

"Les présidents de la Ve République ont toujours accompli l'essentiel de leurs réformes en début de mandat", rappelle l'éditorialiste Jean-Marc Vittori dans Les Echos. Or, sans doute par excès de prudence, François Hollande n'a pas voulu réformer en profondeur. Il y a bien eu le mariage pour tous, une nouvelle réforme des retraites, ou encore le crédit d'impôt compétitivité-emploi pour tenter de baisser le coût du travail. Mais en matière de fiscalité, le président de la République a préféré procéder par petites touches.

Une méthode défendue il y a quelques semaines par l'un de ses plus proches conseillers, contacté par francetv info : "En ce moment, les gens sont très sensibles à tout changement. Ce n'est pas bon d’aller tout changer, de sauter dans l'inconnu, ça va créer une tétanie."

Résultat : "François Hollande est victime d'un choix stratégique, celui de ne pas avoir voulu bousculer la société française", regrette le sénateur socialiste Gaëtan Gorce. Et à force de multiplier les mesurettes en matière de fiscalité, "les gens ont eu l'impression qu'il y avait à la fois du bricolage et du matraquage fiscal", déplore une députée PS. Si bien que désormais, "on ne peut rien toucher", dit un ministre.

... au blocage du pouvoir

A cinq mois des municipales, et à sept mois des européennes, la crise d'angoisse guette la majorité. "Quand on tient bon, on nous accuse de ne pas écouter ; quand on écoute, on nous accuse de reculer", se désolent en chœur les parlementaires socialistes. En off, certains parlent d'"impasse". D'autres évoquent "un blocage" du pouvoir. "L'impopularité de Hollande est très inquiétante. Le gouvernement doit s'interroger sur ce qui ne va pas", alerte le député Laurent Baumel.

Proche du chef de l'Etat, sa collègue corrézienne Sophie Dessus regrette "une communication défaillante" depuis plusieurs mois. "Il y a l'incendie dans la maison ! Hollande donne le sentiment de ne pas bien mesurer le malaise profond dans lequel se trouve le pays", s'alarme, dans Le Parisien, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, membre de l'aile gauche du PS.

Et maintenant ? Changer de cap, d'équipe...

Alors que faire pour sortir du bourbier ? Certains, dans l'aile gauche du PS, demandent "un changement de cap". Car "si on change les têtes sans changer de cap, on ne change pas grand-chose", résume Laurent Baumel. Leader de la Gauche populaire, il regrette, comme d'autres, que François Hollande ait "changé de ligne" une fois devenu président. Pour les Verts et pour une partie du PS, cette nouvelle orientation doit passer par "la vraie réforme fiscale" promise par François Hollande durant sa campagne. "Attention aux slogans…", met en garde Olivier Faure, député proche de Jean-Marc Ayrault. Car en plein "ras-le-bol fiscal", la mesure risquerait effectivement d'effrayer un peu plus les Français. 

Le président de la République, François Hollande, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lors des cérémonies marquant la fin de la seconde guerre mondiale, le 8 mai 2013 à Paris.
Le président de la République, François Hollande, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, lors des cérémonies marquant la fin de la seconde guerre mondiale, le 8 mai 2013 à Paris. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

L'autre hypothèse consiste à changer l'équipe en place. Une possibilité que François Hollande a lui-même évoquée, la semaine précédente, lors d'une réunion à l'Elysée avec plusieurs poids lourds de la majorité. "Avec tous ces reculs, Jean-Marc Ayrault a perdu toute crédibilité", juge un député PS. "Il faut mettre un taulier à Matignon, un Bartolone, un Fabius ou une Aubry, car Ayrault est carbonisé", explique un autre dans Le Monde. "Il faut surtout resserrer l'équipe, faire rentrer des tauliers expérimentés, avoir un patron à Bercy, et partir au combat !", exhorte le député héraultais Christian Assaf, interrogé par Mediapart"Un remaniement va de soi", acquiesce Marie-Noëlle Lienemann. Dans Le Figaro, le président du Sénat, Jean-Pierre Bel, estime qu'"il interviendra soit avant les municipales, soit après les européennes". A l'Elysée, les consultations, dit-on, vont bon train. Mais cela suffira-t-il à changer la donne ?

… ou attendre des jours meilleurs

"Le président n'est pas pressé, assure l'un de ses conseillers dans Le Monde. Il prend le temps d'analyser et, comme d'habitude, il est calme, froid, raisonné, maître de lui, lucide et déterminé." 

"Il ne faut pas faire de la politique avec passion, mais avec raison", défend lui aussi le député ardéchois Pascal Terrasse. Elu depuis 1997 à l'Assemblée, ce proche de François Hollande refuse tout changement de cap ou d'équipe. "François Hollande est quelqu'un de patient, et qui a toujours su surmonter les périodes difficiles. Le temps de la réforme est toujours douloureux, mais après viendra le temps de la récolte", assure-t-il, en reprenant à son compte un argumentaire maintes fois répété par le chef de l'Etat. Comme si, alors que d'autres dossiers explosifs attendent déjà le gouvernement, le plus urgent était d'attendre des jours meilleurs.