Sénatoriales : les raisons de la débâcle de Macron et de La République en marche

Alors qu'il espérait obtenir au moins 50 à 60 sénateurs après le scrutin de dimanche, le parti du chef de l'Etat n'en aura finalement qu'une grosse vingtaine. Et restera très minoritaire au palais du Luxembourg. 

Emmanuel Macron et Edouard Philippe (au second plan) aux Invalides à Paris, le 5 juillet 2017.
Emmanuel Macron et Edouard Philippe (au second plan) aux Invalides à Paris, le 5 juillet 2017. (CHRISTIAN LIEWIG / REA)
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Bastien HuguesFrance Télévisions

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"Je ne dirais pas que c'est un succès", euphémise François Patriat. Alors qu'il espérait avoir au moins 50 à 60 élus à l'issue des élections sénatoriales, dimanche 24 septembre, le patron du groupe macroniste au palais du Luxembourg doit bien le reconnaître : les résultats pour le parti du chef de l'Etat sont désastreux. Avant d'éventuels ralliements, La République en marche ne compte plus que 24 sénateurs, contre 29 auparavant, et restera donc très minoritaire.

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Les conséquences directes des choix de Macron et de l'exécutif

La première des explications à cette défaite tient à la politique menée par Emmanuel Macron depuis son arrivée à l'Elysée. En quelques semaines, le président de la République a annoncé, tour à tour, la suppression de la taxe d'habitation, la réduction drastique du nombre d'élus locaux, la suppression de 300 millions d'euros de dotations aux collectivités locales, la fin de la réserve parlementaire et enfin la réduction drastique du nombre de contrats aidés. Autant de décisions qui ont fait enrager nombre d'élus locaux, ceux-là mêmes qui votent aux élections sénatoriales ! "Macron va enregistrer une belle déculottée, car le Sénat, c'est avant tout la représentation des territoires", prédisait samedi un élu centriste dans Le Parisien, en énumérant ces décisions très critiquées.

"Pendant cette campagne, les grands électeurs ont pu estimer que La République en marche n'était pas le parti le plus favorable aux territoires", acquiesce le politologue Jean-Daniel Lévy, interrogé par franceinfo. "Les élus locaux ont besoin de stabilité, de confiance et de respect avec l’exécutif, qui ont parfois manqué ces derniers temps", a lui aussi analysé dimanche le président sortant du Sénat, Gérard Larcher, réélu dans les Yvelines et favori pour le "plateau", l'équivalent du "perchoir" à l'Assemblée.

Les résultats traduisent le sentiment des élus locaux d'avoir été maltraités par les élus nationaux.

Bruno Jeanbart, politologue

à franceinfo

"Quand tu mets le feu aux collectivités locales en disant que tu vas faire 13 milliards d'économies en quatre ans, tu mets en péril ta campagne", résume dans Le JDD une sénatrice de gauche. "La vague En marche ! a été stoppée par les élus locaux. S'ils ont pu être tentés pendant la campagne présidentielle, ils ont été échaudés par toutes les décisions prises depuis, et pas seulement celles qui concernent les collectivités locales. Ils ont entendu la colère qui se lève", abonde la socialiste Marie-Noëlle Lienemann sur le Huffington Post.

Une stratégie que le vice-président (LREM) de l'Assemblée nationale, Sacha Houlié, préfère assumer dans les colonnes du Figaro.

Entre gagner le Sénat et transformer le pays, nous avons fait un choix politique.

Sacha Houlié, vice-président LREM de l'Assemblée nationale

au "Figaro"

Un parti jeune, qui manque d'élus locaux et donc de grands électeurs

L'autre raison de la déconvenue de La République en marche tient au corps électoral des élections sénatoriales. Dimanche, seuls 76 000 grands électeurs prenaient part au vote : des députés, des sénateurs, mais surtout, à 99,43%, des élus municipaux, départementaux et régionaux. Or, à l'exception de ceux qui ont quitté leur parti pour rejoindre La République en marche, la formation d'Emmanuel Macron compte encore très peu d'élus dans les territoires. 

Nous partions d'une page blanche. Nous ne pouvions ni gagner ni perdre cette élection.

François Patriat, président du groupe LREM au Sénat

sur BFMTV

"Miroir des élections locales de 2014 et de 2015", ce scrutin "ne reflète pas les nouveaux équilibres politiques", a estimé le parti dans un communiqué dimanche soir. "La vraie élection En marche ! au Sénat, ce sera en 2020, veut croire François Patriat, lorsque nous aurons des conseillers municipaux, des conseillers régionaux, des élus locaux."

Un argumentaire qui ne convainc qu'à moitié le politologue Pascal Perrineau, interrogé par le Huffington Post "Il est vrai que ces sénatoriales sont le reflet des élections municipales, mais cette explication n'est que partiellement convaincante. En juin, beaucoup d'élus locaux centristes, de gauche et de droite modérée étaient favorables à La République en marche." Et le politologue de revenir, à son tour, aux choix décidés par Emmanuel Macron et le gouvernement pour analyser cette défaite : "Depuis, la majorité s'y est prise à l'envers !"