Sénatoriales : le long travail des candidats de La République en marche pour convaincre les grands électeurs

A moins d'une semaine des élections sénatoriales, les candidats mettent les bouchées doubles pour s'assurer les voix des grands électeurs. Pour ceux de La République en marche, la campagne n'est pas facile.

Le dimanche 24 septembre, les grands électeurs devront élire 170 sénateurs pour qu\'ils siègent au palais du Luxembourg. Ici, lors de l\'ouverture de la Conférence nationale des territoires, en juillet 2017.
Le dimanche 24 septembre, les grands électeurs devront élire 170 sénateurs pour qu'ils siègent au palais du Luxembourg. Ici, lors de l'ouverture de la Conférence nationale des territoires, en juillet 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
avatar
Louise BodetfranceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

C'est la dernière ligne droite de la campagne pour les élections sénatoriales. Dimanche 24 septembre, 170 sièges de sénateurs doivent être renouvelés, soit la moitié de la Haute Assemblée. Or, seuls les grands électeurs sont appelés aux urnes. Ils sont 162 000, représentant pour l'essentiel les communes. Les candidats doivent donc les convaincre et ce n'est pas facile pour les candidats de La République en marche. En effet, l'implantation locale est souvent un parti déterminant. Le tout jeune parti présidentiel n'est donc pas en position de force pour rééditer l'exploit des législatives, surtout quand le candidat est novice en politique. 

Défendre le gouvernement et son CV

Dans les escaliers de la mairie de Bouzonville (Moselle), Bernard Guirkinger, candidat de La République en Marche, presse le pas. Il ne veut pas faire attendre la demi-douzaine de grands électeurs venus faire sa connaissance. Emplois aidés, taxe d'habitation, réserve parlementaire, économies budgétaires : le candidat doit défendre la politique gouvernementale face à des maires inquiets pour leurs prérogatives. "Je n'ai pas l'impression que d'ici cinq à six ans chacun puisse encore gérer son propre budget dans une commune", s'alarme l'un d'eux. Réponse du candidat : "Rien ne permet de dire aujourd'hui qu'il y a une loi en préparation pour mettre un terme aux communes. Ça relève du fantasme."

L'opération déminage ne s'arrête pas là car Bernard Guirkinger doit prouver qu'il n'est pas parachuté dans cette région de Moselle située à l'est de Thionville. "C'est vrai que c'est la première fois que je viens dans la mairie de Bouzonville mais ce n'est pas la première fois que je viens à Bouzonville", plaide-t-il. "Je connais quand même bien cette ville, étant originaire d'un village situé pas très loin d'ici."

Les compétences, pas forcément l'argument n°1 

L'ex-cadre dirigeant du groupe Suez, investi désormais dans l'économie sociale et solidaire, déroule son CV devant les élus pour leur prouver qu'il a une expérience du monde politique, même sans avoir exercé de mandat. "J'ai travaillé avec les communes et les villes partout en France, j'ai été membre du Conseil économique social et environnemental donc je n'ai aucun handicap en termes de compétences." Mais ce n'est pas forcément les compétences qui priment dans cette élection si particulière. "C'est le contact personnel qu'on a pu établir au cours du temps" qui compte, d'après le socialiste Jean-Marc Todeschini, élu local depuis 35 ans, entrée au Sénat il y a 16 ans.

C'est tout simplement être auprès d'eux, connaître leurs réalités, leur vie de tous les jours et leurs difficultés surtout. C'est important d'être l'un des leurs

Jean-Marc Todeschini, élu local de Moselle entré au Sénat il y a 16 ans

à franceinfo

Pour François Grosdidier, tête de liste Les Républicains face à Bernard Guirkinger, choisir un novice comme candidat est une erreur stratégique. "Non seulement ce pouvoir ne comprend pas les élus mais en plus il présente aux sénatoriales quelqu'un qui est certainement un homme de qualité mais qui n'est pas élu. Donc il ne connaît rien aux réalités locales", déplore-t-il.

Le renouvellement ne séduit pas tout le monde

Ces réalités locales font qu'on n'entre pas au palais du Luxembourg comme on entre au palais Bourbon. Contrairement aux élections législatives, le renouvellement n'est pas un des arguments phares. Les grands électeurs, eux-mêmes portés par la vague bleue des derniers scrutins locaux, sont peu sensibles aux vents nouveaux du macronisme.

L'idée d'une revanche de l'ancien monde sur le nouveau est d'ailleurs un clivage qui insupporte Jean-Marc Todeschini. "Je ne supporte pas qu'on fasse table rase de tout et qu'on essaie de discréditer tous ceux qui étaient aux manettes", s'agace l'élu. "Il n'y a rien de pire que d'imaginer qu'un homme providentiel pourra tout changer." Les marcheurs ont d'ailleurs bien compris que cette image providentielle ne fonctionnera pas pour cette élection. Pour preuve, ils n'ont investi que six têtes de listes sans expérience politique.