La nouvelle organisation de la communication d'Emmanuel Macron fait bondir les journalistes

Les médias craignent que le président essaie de verrouiller sa communication en choisissant les journalistes qui l'accompagnent en déplacement. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a tenté de les rassurer après le premier Conseil des ministres, jeudi.

Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, à l\'Elysée, le 18 mai 2017.
Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, à l'Elysée, le 18 mai 2017. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
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Le gouvernement d'Edouard Philippe a tenu son premier Conseil des ministres, jeudi 18 mai. Lors du traditionnel compte-rendu aux médias qui a suivi, Christophe Castaner, le porte-parole de l'exécutif, a été assailli de questions qui tournaient autour des conditions dans lesquelles les journalistes avaient travaillé.

En effet, contrairement à d'habitude, les journalistes n'ont pas pu assister à la sortie des membres de l'exécutif après le Conseil des ministres ni les interroger. Ils n'ont pas non plus assisté à la traditionnelle "photo de famille".

"Ce n’est absolument pas une volonté de verrouiller la communication", a affirmé Christophe Castaner. D'après lui, il s'agissait d'une "raison pratique", car la photo de famille du gouvernement a été prise à l’intérieur de l’Elysée et qu'"il fallait pour cela une certaine liberté d’organisation". Il a également assuré que la sortie du Conseil des ministres serait ouverte à la presse "dès la semaine prochaine".

Favoriser le "dialogue direct" entre le président et les Français

Lors du compte-rendu aux médias, un journaliste a d'emblée questionné Christophe Castaner, l'interrogeant notamment sur le fait que l'Elysée souhaite choisir, dans les rédactions, les journalistes qui vont suivre Emmanuel Macron lors de ses déplacements. Et de conclure : "Rassurez-nous monsieur Castaner, ça va bien se passer entre vous et la presse ?" (à partir de 15'50'').

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Selon le porte-parole du gouvernement, il s'agit de favoriser les "échanges" entre Emmanuel Macron et les Français. "Il y a la volonté, notamment lors des déplacements, que le président de la République, mais aussi celles et ceux qui l'accompagnent, puissent avoir la liberté de déplacement, la liberté d'échanges avec les Français. Et vous savez comme moi (..) que la présence de 50 journalistes, d'une dizaine de caméras, nuit un peu au dialogue direct et à l'échange que peut avoir le président de la République avec les Français."

Il a alors tenté de rassurer la profession. "Bien évidemment, je souhaite réaffirmer pour le président de la République et pour le Premier ministre le respect et notre attachement au respect de vos conditions de travail. Et comme porte-parole du gouvernement, j'y veillerai", a-t-il assuré.

"Ouvrir l’accès à des journalistes spécialisés"

Egalement interrogé sur les journalistes choisis par l'Elysée pour accompagner Emmanuel Macron lors de son déplacement au Mali, vendredi, Christophe Castaner a fait valoir des raisons de sécurité et de planning. "Vous savez qu'on ne peut pas non plus organiser un déplacement au Mali, surtout dans des délais aussi courts et compte tenu du contexte militaire et des questions de risques qui portent sur nos épaules, dans n'importe quelles conditions", a-t-il fait valoir.

Un conseiller d’Emmanuel Macron a précisé cette nouvelle pratique auprès du magazine Marianne. En bref, il s'agirait de renouveler la couverture.

Il n’y a pas de raison pour que l’Elysée soit systématiquement suivi par la presse politique.

un conseiller d'Emmanuel Macron

à Marianne

"Nous voulons ouvrir l’accès à des journalistes spécialisés, en fonction des domaines abordés : économie, social, défense, diplomatie, sport... L’idée est de permettre à plusieurs journalistes de chaque rédaction d’avoir un regard sur la présidence, au lieu de s’enfermer dans un tête-à-tête avec quelques journalistes politiques", a poursuivi ce conseiller.

Mais il affirme que l'Elysée ne désigne pas les journalistes :  "Nous ne choisissons pas les journalistes (...). Nous indiquons notre préférence pour chaque déplacement, en raisonnant par domaines."

"Confusion entre communication et journalisme"

Des explications qui n'ont pas convaincu nombre de rédactions. Une quinzaine d'entre elles, dont franceinfo, ont adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron. "Il n'appartient en AUCUN CAS à l'Elysée de choisir ceux d'entre nous qui ont le droit ou non de couvrir un déplacement, quel qu'en soit le thème (défense, diplomatie, économie, éducation, social...)", écrit le texte notamment signé par l'AFP, France 2, Le Monde, Libération, BFMTV, L'Express, Europe 1, Le Figaro, France Inter, Mediapart, Le Parisien, Le Point, RFI, RMC et TF1.

"Ce n'est pas au président de la République, ou à ses services, de décider du fonctionnement interne des rédactions, du choix de leurs traitements et de leurs regards", poursuit la lettre ouverte. Et de conclure : "Alors que la défiance pèse de plus en plus sur l'information, choisir celui ou celle qui rendra compte de vos déplacements ajoute à la confusion entre communication et journalisme, et nuit à la démocratie."