La France rejoint les Etats-Unis pour frapper l'Etat islamique en Irak

François Hollande a annoncé jeudi des frappes aériennes en Irak "dans un délai court". Washington a salué cette initiative, alors qu'en France certains dénoncent une "entrée en guerre" sans consultation.

(Après une frappe américaine près de Mossoul en Irak © REUTERS / Ahmed Jadallah)
Radio France

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Il s'est posé en chef des armées, et a démarré son discours de rentrée par là : la France va apporter son soutien aérien aux forces irakiennes, contre l'Etat islamique. C'est d'ailleurs la principale annonce de la conférence de presse de François Hollande jeudi. Il a expliqué que lors de son déplacement en Irak vendredi dernier, les autorités irakiennes lui avaient demandé un tel soutien, auquel il répond favorablement.

"Dès que nous aurons identifié des cibles [en Irak] nous agirons, c'est-à-dire dans un délai court ", a ensuite précisé François Hollande, ajoutant qu'il n'y aurait pas de troupes au sol. Mais le président de la République a exclu toute frappe en Syrie : "Nous ne pouvons pas, malgré la présence de ce groupe terroriste Daech [l'Etat islamique] en Syrie, (mener) de quelque manière que ce soit notre action pour le régime du dictateur " Bachar al Assad, a-t-il indiqué. "Nous sommes très attentifs à des aspects de légalité internationale, nous sommes appelés par les autorités irakiennes, nous ne sommes pas appelés en Syrie ".

Les forces françaises en repérage depuis lundi

La France avait déjà livré des armes aux peshmergas kurdes et près de 60 tonnes de fret humanitaire dans la région d'Erbil depuis un mois. Et les forces françaises se préparaient pour une telle intervention : des avions ont conduit depuis lundi quatre missions de reconnaissance au-dessus de l'Irak, pour avoir "une appréciation autonome" de la situation et du dispositif du groupe Etat islamique sur le terrain, a indiqué l'état-major des armées. 

Washington a salué cette décision de la France d'intervenir en Irak. Cela est "évidemment bienvenu ", s'est félicité le secrétaire d'Etat américain John Kerry devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Il faut dire que les Etats-Unis cherchent à réunir le maximum de pays alliés pour frapper les djihadistes, en Irak et en Syrie.

Le Parlement consulté sur cette intervention la semaine prochaine

Jeudi, François Hollande a précisé que le Parlement devrait se réunir dès la semaine prochaine pour débattre de l'intervention. "A partir du moment où le président a annoncé que c'était dans les jours ou les heures qui viennent qu'il devait y avoir une intervention, il y a toute les chances que nous nous retrouvions sur ce sujet la semaine prochaine ", a dit Claude Bartolone, le président de l'Assemblée. De sources parlementaires, ce débat pourrait avoir lieu mercredi après-midi dans l'hémicycle.

La Constitution française oblige le gouvernement à informer le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l'étranger, au plus tard trois jours après le début de l'intervention. Un débat sans vote a alors lieu. Lorsque la durée de l'intervention excède quatre mois, le gouvernement doit soumettre sa prolongation à l'autorisation du Parlement.   

"Une entrée en guerre" pour "détourner l'attention" ?

Cette décision passe mal à l'extrême gauche. Sur France Info, Eric Coquerel, député du Front de gauche, réagit : "il a annoncé tout bonnement l'entrée de la France en guerre en Irak, en utilisant un peu toujours les mêmes trucs de la Ve République où quand un président a des problèmes sur le plan intérieur, il détourne l'attention". "Sans se référer à l'Assemblée qui sera juste informée, ça c'est quand même une décision grave ", ajoute-t-il. "Cette décision est une grave erreur qui ne réglera en rien la situation et aggravera la déstabilisation de la région ", ajoute le Parti communiste. Même réaction du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon : "le monarque en a décidé seul en assurant, bon prince, que l'assemblée serait "informée". Régime à bout de souffle que celui qui permet à un homme ainsi délégitimé de prendre pareille décision ".

Quand ces premières frappes auront-elles lieu ? Dès la fin de son discours, le chef de l'Etat s'est retiré avec le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. L'indication d'une intervention imminente ?