Jean-François Copé a envoyé une lettre aux responsables de l'UMP, vendredi 22 juin. Le secrétaire général du parti les invite à plancher à partir de mardi et pendant un mois sur "les valeurs" et la "ligne" politique du parti, après les deux défaites électorales consécutives de la présidentielle et des législatives.

Une première réunion à huis clos du groupe de travail, voulu par le patron de l'UMP, est programmée mardi matin à l'Assemblée nationale. Tous les membres du bureau politique et les parlementaires UMP y sont conviés pour y apporter leur "part de vérité". Un chantier délicat va commencer au sein de la nouvelle opposition en proie aux divisions.

• Objectif : tirer les leçons de 2012 sans préparer 2017

Ce "travail de fond" est selon Jean-François Copé "un préalable au congrès qui désignera le président de notre mouvement au mois de novembre prochain", soulignant qu'"il ne s'agit pas de définir dès aujourd'hui un programme électoral, cela n'aurait pas de sens".

"Il ne s'agit pas non plus de dresser un inventaire du quinquennat passé", lâche Jean-François Copé en direction des responsables du parti qui, telle l'ex-ministre Roselyne Bachelot, proche de François Fillon, commencent à dénoncer la stratégie adoptée par Nicolas Sarkozy, notamment pendant sa campagne.

"Enfin, il ne s'agit pas de se positionner par rapport aux autres ou de donner des leçons de morale", met encore en garde Jean-François Copé. Une allusion à peine voilée aux vives critiques dont ont fait l'objet certains élus, comme Nadine Morano, pour leurs appels en direction des électeurs du Front national.

• Morano ne décolère pas contre Fillon

Alors que Jean-François Copé tente d'imposer l'air du rassemblement, Nadine Morano continue de jouer sa partition. L'ex-ministre, battue aux législatives, a renouvelé vendredi sur BFMTV ses charges contre son ex-Premier ministre, François Fillon : "On attend de ses responsables politiques de la solidarité". Et Nadine Morano de préférer "cent fois" le "comportement politique" de Jean-François Copé.

Nadine Morano, qui avait parlé de "valeurs communes" à l'UMP et au FN durant l'entre-deux-tours, persiste avec un bémol, en expliquant cette fois que le FN et l'UMP ont bien "des thèmes" en commun. "Celui qui le nie est un menteur. Il fait preuve d'angélisme" , estime l'ex-députée. Une attaque de plus à l'encontre de François Fillon.

• Baroin veut "une opposition crédible et solide"

Sur la question du positionnement de l'UMP vis-à-vis du Front national, François Baroin s'en prend "aux donneurs de leçons en chambre des petits cabinets parisiens", sans citer de nom. Dans un entretien au Figaro, vendredi, l'ancien ministre relève qu'aucun des dirigeants du parti ne propose une "alliance".

Le maire de Troyes et le député de l'Aube assure que la priorité n'est pas de "parler d'hommes et encore moins de 2017""Le plus important", estime-t-il "est d'abord de définir les valeurs qui nous rassemblent, de conserver l'unité de l'UMP et d'être à notre place dans une opposition crédible et solide".

Comme on lui demande s'il sera candidat à l'automne, ce proche de Jacques Chirac affirme ne pas s'inscrire "a priori dans cette perspective". Quant aux querelles de personnes, François Baroin joue l'apaisement. Il juge que Jean-François Copé "s'est beaucoup déployé" et qu'il est donc "légitime" qu'il veuille "poursuivre son action à la tête de l'UMP". Et il refuse de se prononcer sur le soutien apporté par Valérie Pécresse à François Fillon : "C'est son choix. Je le respecte. Chacun trace sa route".

• Jouanno plaide pour une "rupture profonde"

"L'UMP a besoin d'une rupture profonde pour se relever d'une défaire historique", estime Chantal Jouanno dans un entretien au JDD. L'ancienne ministre des sports regrette que ce changement ne se soit pas déjà manifesté à l'occasion de l'élection du président du groupe à l'Assemblée.

Christian Jacob a été réélu, elle a soutenu Xavier Bertrand parce qu'il "représentait une ouverture dans la ligne politique, les idées et les personnes". Elle y voit "une étape de plus dans le verrouillage que Jean-François Copé est en train d'opérer sur l'UMP".

"Si on ne déverrouille pas l'UMP, elle va éclater", prédit la sénatrice de Paris. "On n'y entend que la seule expression de la droitisation. Les courants humanistes ne sont pas assez exprimés. Dès lors que l'on commence à prendre la parole, avec des positions, certes décalées, comme les miennes, on se fait taper sur les doigts comme si on était un enfant, ou on est accusé de haute trahison", dénonce-t-elle.

Chantal Jouanno se dit favorable à la création de mouvements, "mais seulement à condition que l'on réforme les statuts du parti".