Ex-banquier d'affaires, proche des patrons... Emmanuel Macron est-il de gauche ?

La nomination de ce jeune banquier d'affaires au ministère de l'Economie fait hurler la gauche du PS. 

Le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, lors de la passation de pouvoirs avec Arnaud Montebourg, le 27 août 2014 à Paris.
Le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, lors de la passation de pouvoirs avec Arnaud Montebourg, le 27 août 2014 à Paris. (MAXPPP)
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Il a 36 ans, n'avait jamais été ministre, mais sa nomination au gouvernement, mardi 26 août, est de loin celle qui fait couler le plus d'encre. Inconnu du grand public, Emmanuel Macron est le nouveau ministre de l'Economie. La gauche du PS hurle contre l'arrivée de l'ancien conseiller de François Hollande à Bercy, en lui faisant un procès en socialisme. Qu'en est-il réellement ? Eléments de biographie.

Brillant intellectuel, il s'engage au PS à la fin
de ses études

À Amiens (Picardie), sa ville natale, Macron grandit dans un milieu aisé. Son père y est neurochirurgien, sa mère médecin-pédiatre. Elevé chez les jésuites, il poursuit sa scolarité dans le privé plutôt que dans le public, et fréquente des familles bourgeoises. Amoureux du piano, il se passionne peu à peu pour l'opéra. Elève talentueux et travailleur, il quitte Amiens pour Paris et le prestigieux lycée Henri IV, où il obtient – à 16 ans et avec une mention très bien – son baccalauréat scientifique. La suite n'est pas moins brillante : khâgne, Sciences Po, DEA de philosophie, et enfin l'ENA, dont il sortira cinquième de promotion…

Il prend parallèlement sa carte au PS, expliquant devoir son engagement de gauche à sa grand-mère, une directrice de collège dont les parents étaient illettrés. "Elle n'était pas encartée, mais appartenait à cette gauche concrète qui prône l'émancipation par l'éducation et le travail", explique-t-il dans Le Nouvel Observateur

Propriétaire avec sa femme d'une maison au Touquet, station balnéaire huppée du Pas-de-Calais, il se rapproche en 2005-2006 de la section PS d'Etaples, petit port de pêche voisin. "Il hésitait à s'investir pour avoir un mandat local, mais ça ne s'est pas fait, commente un responsable local du parti, joint par francetv info. En tout cas, il n'a jamais milité au sens propre du terme, ni participé à la moindre réunion de section." Des propos qui contredisent au passage ceux d'Emmanuel Macron, qui assurait en décembre 2012, dans Le Nouvel Obs, avoir "beaucoup milité dans le Pas-de-Calais".

Erudit et passionné de philosophie, il entretient en revanche des liens étroits avec la gauche intellectuelle. Membre du comité de rédaction de la revue Esprit, il participe aussi aux travaux de la fondation Jean-Jaurès, un think tank proche du PS. 

Proche des grands patrons, il défend une politique
de soutien aux entreprises

A sa sortie de l'ENA, Macron choisit l'Inspection générale des finances (IGF), avant d'entrer, à 31 ans, chez Rothschild, l'une des banques d'affaires les plus prestigieuses. En quelques années, son carnet d'adresses s'étoffe. Il côtoie de grands patrons, mais aussi des personnalités comme Jacques Attali, Alain Minc ou Jean-Pierre Jouyet, et finit par rencontrer François Hollande, en 2006.

Brillant, affable, volontiers blagueur… Emmanuel Macron tape dans l'œil de celui qui devient, en 2012, président de la République. La victoire acquise, le voilà nommé, à 34 ans, secrétaire général adjoint de l'Elysée, où il devient la "porte d'entrée" des grands patrons au château, selon les mots du PDG de France Télécom, Stéphane Richard. "Emmanuel est un précieux relais de la voix des entreprises", acquiesce l'ancienne patronne du Medef, Laurence Parisot, dans L'Express.

Le président de la République, François Hollande, le ministre des Finances, Michel Sapin, et le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, à la sortie du conseil des ministres, le 27 août 2014 à l'Elysée.
Le président de la République, François Hollande, le ministre des Finances, Michel Sapin, et le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, à la sortie du conseil des ministres, le 27 août 2014 à l'Elysée. (MAXPPP)

Au chef de l'Etat, Macron prépare des notes, et distille des éléments de langage. De la crise de l'euro aux lois de finances, tous les dossiers économiques passent dans ses mains. Dans les arcanes du pouvoir, certains le voient comme "le vice-président", ou "le ministre de l'Economie bis". Partisan d'un marché du travail plus flexible, d'une politique de l'offre plutôt que de la demande, et d'un redressement accéléré des comptes publics, il bâtit en coulisses le crédit d'impôt-compétitivité, et le pacte de responsabilité. Deux dispositifs pro-entreprises qui font hurler la gauche du PS, mais qui satisfont pleinement les organisations patronales.

Il veut passer de la "gauche classique"
à la "gauche moderne"

Alors celui qui est aujourd'hui ministre de l'Economie est-il de gauche ? "Je n’aime pas être enfermé dans une case", esquive-t-il dans Libé. Est-il libéral ? "Réaliste", corrige-t-il dans Challenges.

Dans un entretien accordé à Mediapart en 2013, celui qui a pour mentor l'ancien Premier ministre, Michel Rocard, développe sa pensée politique. Pour lui, "la gauche classique" – celle qui défend "l'extension infinie des droits", qui est "contre l'expulsion des étrangers" et qui pense "qu'il faut systématiquement augmenter les salaires" – est semblable à "une étoile morte". "L’idéologie de la gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu’il est", enfonce-t-il.

Lui préfère "la gauche moderne", qui reconnaît l'entreprise comme "un moteur dans l'économie". Et appelle à "revisiter un des réflexes de la gauche, selon lequel l’entreprise est le lieu de la lutte des classes et d’un désalignement profond d’intérêts".

"Moi qui suis marxiste, il m'a convaincu que la compétitivité de la France était un réel problème et que la politique de l'offre n'était pas un gros mot", commente l'ancien député Julien Dray dans Le Monde. Tous, au PS, ne semblent pas encore convertis. 

A l'abri du besoin, il ne fait pas de l'argent
"une fin en soi"

Le profil d'Emmanuel Macron fait d'autant plus jaser à gauche que son portefeuille semble bien garni. Un peu trop peut-être, au goût de certains, par jalousie ou par idéologie. Après tout, François Hollande lui-même n'avait-il pas "convenu", en 2006, qu'il "n'aimait pas les riches" ? Chez Rothschild, le plus beau coup d'Emmanuel Macron – le rachat par Nestlé de la branche nutrition de Pfizer pour 9 milliards d'euros – lui aurait permis "de devenir illico millionnaire", selon Libération

Lorsqu'il a quitté la haute fonction publique pour la finance, l'intéressé reconnaît que "l’idée était aussi de me mettre à l’abri financièrement""J'accorde beaucoup de prix à mon indépendance", ajoute-t-il dans Libération. On comprend alors mieux pourquoi, lorsque le candidat François Hollande dégaine la proposition de taxer à 75% les très hauts revenus, le jeune banquier s'étrangle : "C'est Cuba sans le soleil !". Et de finalement le convaincre peu à peu de lâcher du lest sur ce dossier.

Anticipant les critiques, Macron, qui possède un appartement dans le XVe arrondissement de Paris, jure toutefois que l'argent n'est pas la première de ses priorités. "Cela ne saurait être une fin en soi", assure-t-il dans ChallengesPour preuve, il souligne aux journalistes qui l'interrogent qu'en choisissant de quitter la finance pour l'Elysée, il a accepté, sans regret, de diviser son salaire par dix. Quant à ceux qui doutent encore de son engagement, Emmanuel Macron lance : "Jugez-moi sur les actes et sur les paroles. Il n'y a que ça qui compte. C'est ma religion."