Jean-Marie Le Pen suggère une "fournée" d'artistes anti-FN : la polémique en six actes

Le président d'honneur du Front national s'en est pris aux artistes hostiles au Front national, suscitant des critiques au sein-même de son parti.

Jean-Marie Le Pen quitte un bureau de vote, le 25 mai 2014, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), après avoir voté pour les élections européennes.
Jean-Marie Le Pen quitte un bureau de vote, le 25 mai 2014, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), après avoir voté pour les élections européennes. (FRED DUFOUR / AFP)

Mis à jour le , publié le

Yannick Noah, Patrick Bruel, Madonna... De nombreux artistes se sont ému des récents succès électoraux du Front national, aux municipales et aux européennes. Jean-Marie Le Pen leur a répondu, à sa manière, dans une vidéo publiée, vendredi 6 juin, sur le site du FN, retirée depuis.

Dans cet épisode de son "Journal de bord", le président d'honneur du Front national suggère de faire "une fournée" d'artistes critiques du mouvement. Cette nouvelle sortie n'a pas manqué de faire réagir. Retour sur la polémique en six actes.

Acte 1 : Jean-Marie Le Pen attaque ses détracteurs

La petite phrase est glissée dans son "Journal de bord", sa tribune hebdomadaire diffusée en vidéo sur le site du Front national. Jean-Marie Le Pen évoque plusieurs artistes hostiles aux idées du parti, en commençant par Yannick Noah, qui avait fait part de sa "honte" après le succès du FN aux européennes.

Le président d'honneur du Front national est ensuite relancé par son interlocutrice. Celle-ci lui suggère le nom de Patrick Bruel, qui a annoncé qu'il refusait de se produire dans les municipalités gérées par le FN. "On fera une fournée la prochaine fois", répond en riant Jean-Marie Le Pen.

Acte 2 : "Consternant" ou "anodin", le FN se divise

Cette nouvelle sortie du président d'honneur fait des vagues au sein d'un Front national, en quête de respectabilité, engagé sous l'égide de Marine Le Pen dans une stratégie de dédiabolisation. Interrogé par Le Parisien, le vice-président du parti, Louis Aliot, dénonce "une mauvaise phrase de plus" de Jean-Marie Le Pen, "stupide politiquement et consternant".

Mais, à 85 ans, le patriarche continue d'être soutenu par certains cadres du parti. Contacté par le journal, Wallerand de Saint-Just, ancien candidat du FN à Paris, déplore "une polémique artificielle". Pour lui, Jean-Marie Le Pen n'a pas songé à mal, mais employé le mot de fournée "de façon anodine". Le "Journal de bord" litigieux a cependant été retiré du site du parti.

Acte 3 : Patrick Bruel dit sa "nausée"

Directement visé, le chanteur affirme sur Facebook que "les délires et les provocations de cet individu ne [l']atteignent plus depuis longtemps". Selon lui, les propos de Jean-Marie Le Pen ne font "que montrer une fois de plus son vrai visage et celui du FN". Se disant "triste", Patrick Bruel conclue son texte par deux mots : "La nausée..."

Acte 4 : SOS Racisme annonce une plainte

Non, il ne s'agit pas d'un "simple dérapage", mais d'une "immonde et énième sortie" de Jean-Marie Le Pen, selon SOS Racisme. Tout comme le Mrap, l'association annonce, dimanche, le dépôt d'une plainte contre le président d'honneur du Front national, après la diffusion de la vidéo.

L'organisation antiraciste estime que Jean-Marie Le Pen "renoue là avec ses sorties sur le ministre Durafour et sur la Shoah". Avec cette référence, elle renvoie ainsi aux précédentes condamnations de Jean-Marie Le Pen pour incitation à la haine raciale ou contestation de crimes contre l'humanité.

Acte 5 : Jean-Marie Le Pen contre-attaque face aux "imbéciles"

Jean-Marie Le Pen ne retire pas ses propos, il les assume. "Si désormais on doit s'interdire un certain nombre de mots, les mots en 'if', les mots qui ont un rapport avec la guerre c'est incroyable !", dénonce le président d'honneur du Front national, interrogé par France Info.

"À quel moment quelqu'un a utilisé ce mot de fournée dans le sens que semble avoir voulu croire un certain nombre de gens ? C'est dingue ça !", s'emporte-t-il. Et Jean-Marie Le Pen de conclure par un tacle à Louis Aliot : "S'il y a des gens de mon camp qui l'interprète de cette manière c'est que ce sont des imbéciles !"

Acte 6 : des appels au départ de Jean-Marie Le Pen

Le député Rassemblement bleu marine du Gard, Gilbert Collard, a suggéré, dimanche, à Jean-Marie Le Pen de prendre sa retraite. "(Guy) Bedos a pris sa retraite (...) le roi d'Espagne a pris sa retraite et Jean-Marie ferait peut-être bien de se poser la question", a-t-il glissé. Il a aussi dit ne pas "comprendre" que le FN continue de mettre en ligne ces vidéos du président d'honneur du parti d'extrême droite.

La ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a pour sa part appelé à l'exclusion de Jean-Marie Le Pen du Front national.