"Je me demande ce que vous faisiez au FN" : des éditorialistes critiqués pour leur complaisance à l'égard de Florian Philippot

L'ancien bras droit de Marine Le Pen était convié à débattre le 2 octobre lors d'une soirée organisée à Paris, juste après l'annonce de son départ du Front national. 

Florian Philippot, à Paris, le 25 novembre 2017.
Florian Philippot, à Paris, le 25 novembre 2017. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)
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Fabien MagnenouFrance Télévisions

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"Complaisance", "cirque", "entre-soi", "courtisanerie ordinaire"... Les critiques fusent à l'égard des éditorialistes Christophe Barbier et Dominique de Montvalon. Invités à débattre le 2 octobre, dans un théâtre parisien, avec l'ancien numéro 2 du Front national, Florian Philippot, l'ex-directeur de la rédaction de L'Express et l'ancien rédacteur en chef politique du Journal du dimanche semblent avoir davantage discuté que débattu, souligne un article du Monde (lien abonnés), publié mardi 10 octobre.

C'est en tout cas le sentiment qui règne à la lecture du compte-rendu écrit par la journaliste Guillemette Faure, qui a assisté à la soirée. La première d'un cycle de rencontres politiques et culturelles au Théâtre de Poche-Montparnasse. Christophe Barbier y animait le débat en tenue de Monsieur Loyal. Et Florian Philippot, leader du tout jeune parti Les Patriotes, ne semble pas avoir été chahuté. Bien au contraire.

Des amabilités qui passent mal

"J’aime beaucoup Florian Philippot", lance notamment Dominique de Montvalon, selon le récit du Monde. "Nous assistons ce soir au retour de Florian Philippot au naturel. Je me demande ce que vous faisiez au Front national… " s'interroge-t-il. Plus tard, l'éditorialiste met en garde l'ex-frontiste contre le risque qu'il devienne "un gaulliste tendance Marie-France Garaud". "Vous avez un autre destin devant vous…", prédit-il.

Alors que l'éditorialiste Bruno Roger-Petit a été recruté par l'Elysée, fin août, cette apparente proximité entre les sphères politique et médiatique passe mal, notamment parmi les journalistes. Certains ont rapidement dénoncé une forme de connivence et d'entre-soi.

"Je suis piégé"

Contacté par franceinfo, Dominique de Montvalon explique avoir remplacé au pied levé un autre intervenant (l'ancien ministre Luc Ferry, précise Le Monde), sans même connaître le nom de l'invité, Florian Philippot. "Pendant la campagne, j'avais déjà participé à un débat au Théâtre de Poche, en tant qu'éditorialiste, mais sans présence d'homme politique (...) Incidemment, j'ai compris que les organisateurs ont depuis modifié légèrement leur façon de faire, avec un homme politique."

Le journaliste se défend de tout lien avec l'ancien numéro deux du FN. "Je n'ai jamais fait la moindre interview de Florian Philippot, assure-t-il à franceinfo, ou alors, une-deux fois en un an et demi, et de façon collective. Je n'ai aucun contact avec lui, ce qui est presque une faute professionnelle d'ailleurs. Je n'ai aucune accointance avec le FN et suis totalement hostile à ses idées." Mais Dominique de Montvalon estime que Florian Philippot est "ponctuellement fréquentable et journalistiquement intéressant" depuis son départ du FN, car "il sait des choses".

La seule question qui se pose est la suivante : est-ce que Florian Philippot est un personnage intéressant aujourd'hui pour comprendre un bout de la politique française ? Je dis oui. C'est en dialoguant avec les hommes politiques qu'on obtient un éclairage. Il existe donc une inévitable proximité.

Dominique de Montvalon, éditorialiste

à franceinfo

Grand moment de connivence ou simple discussion à bâtons rompus ? "Rétrospectivement, je me souviens d'une jeune femme qui prenait des notes au premier rang, explique Dominique de Montvalon. Je n'ai jamais pensé que cette réunion était destinée à faire l'objet d'un compte-rendu. Quand on me fait dire que j'aime bien Florian Philippot, je suis piégé par ma consœur du Monde et le contexte. C'était pour amener une vachardise, d'ailleurs retransmise seulement à moitié dans l'article."