Comment Jean-Marie Le Pen a fait pression sur Marion Maréchal-Le Pen pour qu'elle se lance en politique

Le journaliste Olivier Beaumont relate cet épisode dans son livre "Dans l'enfer de Montretout".

Marion Maréchal-Le Pen, le 23 octobre 2016 à La Tour-d\'Aigues (Vaucluse), lors d\'un rassemblement contre l\'accueil des migrants.
Marion Maréchal-Le Pen, le 23 octobre 2016 à La Tour-d'Aigues (Vaucluse), lors d'un rassemblement contre l'accueil des migrants. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)
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Elle jette l'éponge. Marion Maréchal-Le Pen a annoncé, mardi 9 mai, à Vaucluse Matin-Le Dauphiné Libéré qu'elle allait renoncer à son mandat de cheffe de l'opposition au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur et qu'elle ne serait pas candidate à un nouveau mandat de députée FN du Vaucluse aux élections législatives de juin.

Dans son livre Dans l'enfer de Montretout (Flammarion), le journaliste Olivier Beaumont raconte un épisode essentiel pour comprendre cette décision : la manière dont Jean-Marie Le Pen a fait pression sur sa petite-fille pour qu'elle se présente aux élections législatives de 2012. 

"Il faut que tu sois candidate"

La scène se déroule un soir de septembre 2011 dans la résidence familiale de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), selon le récit qu'en fait l'auteur. Le patriarche vient trouver sa petite-fille dans sa chambre. "Il faut que tu sois candidate aux prochaines élections législatives", lui annonce-t-il, argumentant, d'après les propos rapportés par le reporter du Parisien : "Il y a un coup à jouer. Un coup à Carpentras. Tu peux gagner, c'est certain..." Jean-Marie Le Pen entend "laver l'affront" de Carpentras, quand le FN avait fait figure d'accusé après la profanation de tombes juives en 1990.

"Franchement, je ne suis pas certaine de vouloir le faire. Je ne crois pas avoir vraiment envie de faire de la politique. Et puis j'ai encore mes études... Alors, c'est non", répond celle qui est alors encore étudiante en droit, selon Olivier Beaumont. "Je te demande seulement d'y réfléchir. Ta candidature pourrait apporter un signal fort aux jeunes qui s'engagent à nos côtés. Réfléchis bien", insiste le cofondateur du FN, cité dans l'ouvrage.

Des mois de bras de fer

Olivier Beaumont poursuit son récit. Pendant des semaines, puis des mois, le grand-père et sa petite-fille échangent de longues lettres dans lesquelles le premier insiste pour qu'elle se lance en politique et la seconde détaille les raisons de son refus. Le clan familial assiste à cette montée de tension. L'hiver se passe. 

la fin du mois de mars 2012, deux entrevues closent l'affaire. D'abord à Rueil-Malmaison, au domicile de Jean-Marie Le Pen. Là, il reprend son argumentaire. Marion Maréchal-Le Pen finit par céder. Lors de la seconde réunion, à Montretout, la jeune femme pose ses conditions. Trois mois plus tard, elle est élue députée du Vaucluse. A seulement 22 ans, elle est la plus jeune députée de l'histoire de la Ve République.

"Je ne renonce pas définitivement"

Depuis quelque temps, rappellent Le Figaro et Libération, la benjamine de l'Assemblée nationale avait exprimé à de nombreuses reprises son envie de se lancer dans le monde du privé et de s'occuper de sa vie familiale. Elle avait aussi laissé poindre sa lassitude quant aux relations compliquées au sein du Front national avec sa tante, Marine Le Pen, comme avec le vice-président du parti Florian Philippot. Des rapports rendus encore plus tendus par leurs divergences d'opinions sur la ligne politique à adopter.

Sans surprise, Jean-Marie Le Pen a vu le prochain retrait de Marion Maréchal-Le Pen de ses mandats politiques comme une "désertion" aux possibles "conséquences terribles". Un départ qui, comme il l'a dit mardi dans un entretien au Figaro, "va créer une grande déception". Car, "bien au-delà de la Paca, Marion représentait un espoir d'avenir pour pas mal de militants et d'électeurs du Front national". Mais Marion Maréchal-Le Pen a laissé entendre qu'elle pourrait revenir dans l'arène : "Je ne renonce pas définitivement au combat politique."