A quoi ressemblerait la France de Marine Le Pen ?

Dans son programme, Marine Le Pen reprend les fondamentaux du FN, à commencer par l'idée de préférence nationale.

Marine Le Pen en meeting à Lyon, le 5 février 2017.
Marine Le Pen en meeting à Lyon, le 5 février 2017. (CHAMUSSY/SIPA)
avatar
Sophie BrunnFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Marine Le Pen a présenté son programme, dimanche 5 février, à Lyon, reprenant les thématiques traditionnelles du Front national, ainsi que de nombreuses mesures de sa campagne de 2012. Le leitmotiv est la préférence nationale, déclinée dans tous les domaines. Trois semaines plus tard, dimanche 26 février, alors que la candidate frontiste donne un grand meeting à Nantes, franceinfo imagine à quoi pourrait ressembler le pays si Marine Le Pen devenait présidente.

Vers une sortie de l’Union européenne

C’est la priorité pour la présidente du FN, qui accuse régulièrement l’Union européenne de tous les maux : renégocier les traités européens avant d’organiser un "référendum sur l’appartenance" à l’UE. La candidate entend ainsi "rendre à la France sa souveraineté", notamment "monétaire et législative". Le programme ne mentionne plus explicitement la "sortie de l’euro", une proposition qui inquiète beaucoup dans l’électorat, notamment âgé. Mais, en réalité, cette mesure est toujours à l’ordre du jour, comme l’expliquent Les Echos. Le FN parle à présent du "rétablissement d’une monnaie nationale", sans s’étendre dans son programme sur les moyens d’y parvenir. Sur Europe 1, Marine Le Pen assure "qu’il n’y aura pas deux monnaies en France" mais qu’"il est possible d’envisager une monnaie commune exclusivement pour l’Etat ou les grandes entreprises".

Des mesures économiques et sociales orientées à gauche

Les dirigeants du Front national n’en font pas mystère : c’est avant tout sur ces thématiques qu’ils doivent convaincre s’ils veulent remporter l’élection. Cette année, le FN a donc choisi de rester assez évasif sur les modalités pratiques de la sortie de l’euro. Pour le reste, Marine Le Pen présente plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat des plus modestes, donnant à cette thématique une coloration de gauche. Dans Les Echos, le maire FN d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, assure ainsi que "la défense des acquis sociaux est au cœur du projet".

La mesure la plus emblématique de ce positionnement est le retour de l’âge légal de la retraite à 60 ans, avec 40 ans de cotisations pour une retraite à taux plein. Marine Le Pen propose aussi une prime de pouvoir d’achat pour "les salariés et les retraités qui touchent moins de 1 500 euros", financée par une taxe sur les importations, qui pourrait coûter 20 milliards d'euros. Cette prime s'élèverait à "à peu près 80 euros par mois" pour une personne gagnant 1 500 euros, a estimé la candidate lors de l'émission "Questions d'info"L’impôt sur le revenu des trois premières tranches serait baissé de 10%. Un impôt que tous les Français devraient payer, même de façon symbolique, alors qu'aujourd’hui, un foyer sur deux s'en acquitte.

Sur les questions liées au travail, la candidate veut abroger la loi El Khomri. La durée légale du travail resterait fixée à 35 heures, mais les branches pourraient négocier des durées supérieures, à condition d’aboutir à des formules du type "39 heures payées 39", comme Marine Le Pen l’explique dans Le Parisien. Elle veut aussi rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires, mise en place sous Nicolas Sarkozy puis supprimée par François Hollande.

Le financement de toutes ces mesures reste toutefois assez flou, estiment Les Echos. Elles se traduiraient d’abord par un accroissement du déficit à court terme, reconnaît le FN. Mais le parti compte sur la lutte contre la fraude fiscale et sociale, ainsi que sur des gains liés à la simplification administrative, deux leviers censés rapporter 60 milliards d’euros sur un quinquennat. Le magazine Challenges estime, lui, que la facture de ce programme est "délirante".

Une France plus fermée

C’est un incontournable des programmes du FN : une batterie de mesures censée réduire l’immigration, illégale mais aussi légale. Pour cela, Marine Le Pen veut supprimer le droit du sol et la binationalité extra-européenne. Elle compte réduire à 10 000 le solde annuel d’entrées légales sur le territoire. Le regroupement familial ne serait plus autorisé, tout comme l’acquisition automatique de la nationalité française par le mariage. Le droit d’asile serait aussi restreint. Les étrangers en situation irrégulière ne pourraient pas être régularisés ni naturalisés. La France sortirait de l’espace Schengen et instaurerait à nouveau des contrôles à ses frontières.

La candidate veut faire de la "priorité nationale" la règle pour les politiques publiques, et prévoit donc de l’inscrire dans la Constitution. Cela se traduirait, par exemple, par le fait de réserver les logements sociaux aux Français, de taxer les emplois occupés par des étrangers, ou encore d’instaurer une carence de deux ans avant d’avoir accès au système de soins ou de toucher des prestations sociales. L’aide médicale d’Etat serait supprimée.

Le rétablissement de la "souveraineté" implique aussi des mesures protectionnistes, avec une taxation, voire une interdiction des importations de certains produits. Une partie de la commande publique pourrait être réservée aux entreprises françaises. La candidate demande aussi l'abrogation de la directive européenne sur les travailleurs détachés. Enfin, l’embauche d’un salarié étranger (même européen) serait taxée à hauteur de 10%.

Côté institutions, des propositions dans la lignée de 2012

Le FN veut faire de la proportionnelle la règle pour tous les scrutins.  A l’Assemblée nationale, ce serait une proportionnelle intégrale, avec une prime de 30% pour la liste arrivée en tête. Le nombre de députés baisserait de 577 à 300. Marine Le Pen entend aussi s’attaquer au mille-feuille administratif français. Avec sa réforme territoriale, seuls trois niveaux d’administration subsisteraient : les communes, les départements et l’Etat.

En matière sécuritaire, la doctrine du FN n’a pas changé. Marine Le Pen est clairement sur un axe répressif, qui passe notamment par l’embauche de 15 000 policiers, le rétablissement des peines planchers, la suppression des remises de peine automatiques, la création de 40 000 places de prison… Le programme n'évoque cependant plus la peine de mort, remplacée par la perpétuité réelle incompressible.