La série politique "Baron noir" est-elle aussi "caricaturale" que le prétend François Hollande ?

La série de Canal+, dont la première saison s'est achevée le 29 février, n'a pas séduit le président de la République. Selon les auteurs de cette fiction, elle est pourtant très inspirée de la réalité. La preuve en quatre exemples.

Niels Arestrup, Kad Merad et Anna Mouglalis, qui tiennent les rôles principaux de la série "Baron noir", diffusée sur Canal+ début 2016.
Niels Arestrup, Kad Merad et Anna Mouglalis, qui tiennent les rôles principaux de la série "Baron noir", diffusée sur Canal+ début 2016. (MATHIEU ZAZZO / CANAL PLUS)

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Le président de la République n'est pas fan de Baron noir. "La série n'est pas mal faite, mais caricaturale (...) Cela ne donne pas forcément une bonne image de la politique", a regretté François Hollande, cité par Le Parisien, mercredi 3 mars. Avec seulement 500 000 spectateurs pour les derniers épisodes, les abonnés de Canal+ n'ont pas davantage adhéré à cette fiction, très inspirée de la réalité. Alors que les séries politiques flirtent souvent avec le fantasme, comme House of Cards, l'un des deux scénaristes de Baron noir, Eric Benzekri, n'a pas hésité à piocher dans la réalité pour mettre en scène anecdotes et sales histoires. Pas étonnant, l'auteur est un ancien militant PS, proche de Julien Dray et de Jean-Luc Mélenchon.

Francetv info vous donne quatre preuves que dans Baron noir, tout était vrai ou pourrait l'être.

Le "Baron noir" serait inspiré de Julien Dray

La série. La série s'ouvre sur un dialogue entre le député Philippe Rickwaert (joué par Kad Merad), et le candidat à la présidentielle Francis Laugier (Niels Arestrup), juste avant le débat de l'entre-deux tours de l'élection. Les affaires dans lesquelles ils trempent tous les deux les lient inexorablement, tout en alimentant une amitié-haine toujours plus intense. Financement de partis douteux, manipulation de militants, poids de la fédération PS du Nord, gauche divisée, mélange entre vie privée et vie publique,… Sans révéler davantage de détails de l'intrigue, tout est crédible. Seul l'effet d'accumulation laisse croire à la caricature.

La réalité. "Le Baron noir, c'est moi." Cité par Marianne, Julien Dray s'enorgueillit d'avoir inspiré au scénariste le personnage de Philippe Rickwaert et se trouve même une ressemblance avec l'acteur Kad Merad. "Impossible de ne pas faire le rapprochement lorsqu'un épisode montre Philippe Rickwaert orchestrer en coulisses des manifestations lycéennes contre l'exécutif. Exactement comme à l'automne 1990, lorsque Dray tirait les ficelles d'un mouvement lycéen dirigé contre Michel Rocard", rappelle l'hebdo. Slate (attention spoilers !) détaille dans une longue analyse à quel point Philippe Rickwaert tient de Julien Dray et de cette génération d'hommes politiques.

La France aux prises avec l'Union européenne 

La série. Le président Francis Laugier défie la Commission européenne en refusant de payer des sanctions financières. Tout en négociant avec les autres pays membres pour s'assurer leur soutien, il s'oppose à une Allemagne toute puissante, dans l'espoir d'obtenir la renégociation des traités européens. On ne vous dit pas si cela fonctionne ou pas.

La réalité. François Hollande, élu en 2012, a bien essayé de prendre ses distances avec l'historique couple franco-allemand, en remettant notamment en cause la politique d'austérité souhaitée par Angela Merkel. Mais il a échoué à inverser la vapeur, comme l'explique La Tribune. Concernant les menaces de sanctions européennes contre la France à cause de son déficit public, François Hollande est bien parvenu à obtenir des délais. Mais il n'a pas été jusqu'au bras de fer ou au rejet des règles budgétaires européennes.

Un sexisme très actuel

La série. "– C'est quoi alors, mes atouts ? – Tu es très belle." A lui seul, ce bref échange entre Amélie Dorendeu et Philippe Rickwaert résume le sexisme et le paternalisme des hommes politiques avec leurs consœurs, dans Baron noir. Peu importe qu'elle soit une femme brillante, énarque passée par la Commission européenne avant d'être conseillère du président de la République puis propulsée première secrétaire du PS. 

La réalité. On ne compte plus les remarques sexistes adressées aux femmes politiques. Ministres réduites à leurs tenues, comparées à des "pots de fleurs", caquètements dans les rangs de l'Assemblée… Plus récemment, après un accident qui lui a valu une courte hospitalisation, la ministre du Travail Myriam El Khomri a essuyé nombre de remarques paternalistes, dans un véritable "bal des machos", relevé par Libération et L'Obs.

Des anecdotes à l'air de déjà-vu

La série. "La gauche, c'est moi." Alors que le gouvernement présente sa grande réforme de l'Education, Philippe Rickwaert  arrive à l'Assemblée nationale vêtu d'un bleu de travail pour réclamer la valorisation des formations professionnelles.

La réalité. L'Assemblée nationale se souvient du député communiste de l’Oise Patrice Carvalho, qui avait fait sa rentrée parlementaire, le 12 juin 1997, en tenue d’ouvrier. Fraîchement élu, il tenait à montrer qu'il était "le seul parlementaire issu du monde ouvrier". Le Parisien raconte que cette entrée lui avait valu des railleries, y compris dans son camp. "Heureusement qu'il n'est pas nageur de compétition, sinon il serait venu torse nu", avait plaisanté un autre député communiste.

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