L'interview de François Hollande sur Canal+ en cinq citations

Le président était l'invité du Supplément pour deux heures de questions-réponses. Loi sur le renseignement, chômage, migrants... Francetv info vous résume son intervention. 

François Hollande répond aux questions de Maïtena Biraben, le 19 avril 2015, sur le plateau de Canal+. 
François Hollande répond aux questions de Maïtena Biraben, le 19 avril 2015, sur le plateau de Canal+.  (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

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Déjeuner dominical présidentiel, dimanche 19 avril. François Hollande a répondu aux questions de Maïtena Biraben, lors de l'émission Le Supplément sur Canal+. Pendant plus de deux heures, le chef de l'Etat est passé à la moulinette des questions, trois semaines avec l'échec des départementales et trois mois après Charlie Hebdo.

Francetv info vous en fait le résumé en cinq citations fortes. 

Sur les naufrages en Méditerranée : les passeurs "sont des terroristes" et "savent que les bateaux sont pourris"

L'interviewé a débuté sur une réaction du président après le nouveau naufrage de migrants survenu entre la Libye et l'île de Lampedusa (Italie). François Hollande l'a qualifié de "pire catastrophe de ces dernières années en Méditerranée""Depuis le début de l'année, on assiste à une accélération", a déploré le président, alors que plus de 900 migrants ont déjà perdu la vie depuis janvier en Méditerranée.

C'est "une mer qui nous est commune, donc nous devons agir", a-t-il souligné. Il a ainsi réclamé une "réunion rapide" des ministres européens de l'Intérieur et des Affaires étrangères. "Nous devons aussi renforcer le nombre de bateaux qui sont dans le cadre de l'opération Triton", a ajouté le chef de l'Etat.

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Le président s'en est aussi pris aux passeurs. 

Ceux qui mettent des personnes sur les bateaux, ce sont des trafiquants, ce sont sans doute même des terroristes, parce qu'ils savent parfaitement que ces bateaux sont pourris et qu'ils vont même les détruire en pleine mer et mettre des centaines de personnes en danger, en l'occurrence, là, en danger de mort.

François Hollande

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Sur Marine Le Pen : "Elle parle comme un tract du Parti communiste des années 1970"

La phrase fait beaucoup réagir. Interrogé sur la montée en puissance du Front national, François Hollande a taclé sa présidente, avec une comparaison étonnante de sa part. "Madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970. En pensant qu'on peut fermer les frontières, qu'on peut nationaliser les industries, qu'on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans risque", a-t-il ainsi déclaré avant de tempérer. "Sauf que le Parti communiste il ne demandait pas qu'on chasse les étrangers, qu'on fasse la chasse aux pauvres..."

Sur Twitter, la petite phrase n'a pas plu à tout le monde, certains ne comprenant pas le rapprochement entre PCF et FN. 

Le chef de l'Etat a aussi laissé entendre qu'il pourrait débattre avec Marine Le Pen s'il se retrouvait face à la présidente du FN au second tour de l'élection présidentielle en 2017. Rappelons qu'il n'est pas candidat pour le moment.

Relancé sur l'introduction d'une dose de proportionnelle, pour représenter davantage le FN à l'Assemblée nationale, le président a reconnu que la question faisait "partie des discussions sur les institutions""J'y suis prêt, on fera ça dans l'année 2016 si on doit faire des changements d'institutions", a-t-il dit évoquant "la lenteur du parlement". "J'avais dit une part de proportionnelle. Ca fait partie des discussions qui ont lieu et doivent se faire sur un consensus", a-t-il ajouté.

Sur la loi sur le renseignement : "Je vais saisir le Conseil constitutionnel"

Autre sujet évoqué lors de l'émission Le Supplément : la loi sur le renseignement, débattue toute la semaine par les députés et source d'inquiétudes quant à une surveillance généralisée. Assurant que "cette loi ne remet en aucune façon en cause les libertés", le président a tout de même annoncé qu'il saisirait lui-même le Conseil constitutionnel sur le projet de loi "au terme de la discussion parlementaire"

"Personne ne vous écoutera sauf s'il y a eu un certain nombre de suspicions sur vos activités terroristes, ou sur vos liens avec des personnes terroristes", a-t-il affirmé pour balayer les inquiétudes. "Cessons de croire qu'il y a un système général d'écoutes. Pourquoi voudriez-vous que l'Etat, même les services, entreprennent de savoir ce que nous faisons, y compris dans notre vie privée ? Ce dont il s'agit c'est uniquement - uniquement - de la lutte contre le terrorisme", a fait valoir le chef de l'Etat.

Sur l'humour visant les religions : en France, "on n'a pas le droit d'appeler à la haine"

La séquence a surpris les téléspectateurs et apporté de la fraîcheur dans l'exercice très formel d'une interview présidentielle. Comme Jacques Chirac en 2005, François Hollande a été directement confronté à des élèves d'un lycée de Thiais (Val-de-Marne), invités du plateau de Canal+. 

Objet de la discussion : le respect des religions en France et le sentiment "anti-Charlie" défendu par certains des jeunes invités dans le reportage précédent. Le sujet évoquait les enseignements à tirer des attentats de janvier.

En plateau, c'est un François Hollande aux airs de professeur qui a tenté d'expliquer aux élèves la différence entre Dieudonné et Charlie Hebdo"En France, on peut se moquer des religions (...), en revanche on a pas le droit d'appeler à la haine", a-t-il martelé face aux cinq élèves présents. Le moment a en tout cas convaincu de nombreux internautes.

Sur le remaniement : "Je ne me suis même pas posé la question"

Interrogé en toute fin d'émission sur un éventuel remaniement de son gouvernement, François Hollande a balayé la question, confiant ne s'être "même pas posé la question". "Vous voyez ce qui m'importe, c'est qu'il y ait moins de chômage en juin plutôt que de remanier en juin", a-t-il poursuivi, admettant que le non-retournement de la courbe du chômage promis à la fin de 2013 était un échec majeur.  

Plus tôt au cours de l'interview, le président a réaffirmé sa volonté de ne "rien lâcher" dans la lutte contre le chômage, sujet sur lequel il s'est longuement exprimé. S'adressant aux Français déçus par son action, il a promis de se battre "pendant les deux années qui me restent pour atteindre l'objectif que j'ai fixé", sans "baisser à aucun moment la garde" même si "c'est long".