David van Hemelryck, l'anti-Hollande qui en a fait une vocation

Il n'a qu'un seul crédo : "Hollande démission". Portrait de celui qui promet de ne jamais lâcher le président de la République. Issu de la mobilisation contre le mariage pour tous, ce jeune entrepreneur a récidivé en survolant le site de de Notre-Dame-de-Lorette. 

David van Hemelryck encadré par des policiers après que des militants portant des bonnets rouges ont hué le président de la République, à Paris, le 11 novembre 2013.
David van Hemelryck encadré par des policiers après que des militants portant des bonnets rouges ont hué le président de la République, à Paris, le 11 novembre 2013. (LCHAM / SIPA)

Mis à jour le , publié le

Le 11 novembre 2013 a été son heure de gloire, il récidive le 11 novembre 2014. David van Hemelryck, 33 ans, est l'organisateur de l'action qui a perturbé les cérémonies de commémoration de l'armistice de la Grande Guerre en 2013. Coiffés de bonnets rouges, symbole de la contestation bretonne contre l’écotaxe, environ 80 militants ont copieusement hué François Hollande lors de son passage sur les Champs-Elysées. En 2014, il a survolé le site de Notre-Dame-de-Lorette avec avion de tourisme tirant une banderole "Hollande démission". 

Un "beau succès" pour cet anti-Hollande qui se présente comme un "militant sur le tard". Diplômé de Polytechnique, le jeune homme, poli et souriant, a mis sa carrière entre parenthèses pour servir sa cause "à temps plein" : (obtenir) la démission de François Hollande. "Même si les affaires continuent à tourner", assure à francetv info le jeune homme, pilote d'avion professionnel et entrepreneur dans une société d'avions-taxis. 

David van Hemelryck dit avoir investi ses économies, 45 000 euros, dans son combat. Combat qui évolue au gré des sujets de contestation, qu'il égrène autour d'un Coca Light. Calme et posé, le jeune homme se transforme à l'évocation de ses causes.

"Pas le goulag, mais..."

Son militantisme naît pendant le débat autour du mariage pour tous. Encouragé par le succès des manifestations contre la loi Taubira, il participe au rassemblement du 24 mars. "J’étais essentiellement contre l'adoption. Car j'ai des amis gays, comme tout le monde", s'empresse-t-il d'ajouter. Ce sont les heurts avec les forces de l’ordre, en fin de manifestation, qui lui servent de déclic. Souhaitant dénoncer les "violences policières", il crée le site prisonnierpolitique.fr

"La France, ce n'est pas le goulag, mais quand on s'attaque à une foule innocente, nous ne sommes plus en démocratie", explique David van Hemelryck. Lui-même n'a pas subi de violences, mais  a été "alerté par des amis". Il se rapproche aussi du Printemps français, où une partie de la droite côtoie l'extrême droite dans une opposition acharnée au mariage pour tous. La machine est lancée. Ce brun au look décontracté abandonne, temporairement, sa petite amie pour se consacrer à son combat. "Depuis, elle est morte de trouille", plaisante-t-il.

Il lance ensuite le "Camping pour tous", qui tente, sans succès, de camper devant le Sénat et l'assemblée nationale pendant les débats sur la loi Taubira. Le chapitre du mariage pour tous clôt, François Hollande est désormais la seule cible de David van Hemelryck. Première étape : le 14 juillet, il achète une centaine de sifflets et les distribue sur les Champs-Elysées pour humilier François Hollande lors du défilé militaire. Tout l’été, il prend son ULM pour survoler les plages de la côte atlantique, déployant dans le ciel une grande banderole "Hollande-démission.fr". Une action qui lui assure une première médiatisation.

La démission de Hollande ? "Difficile mais faisable"

Le coup d'éclat du 11-Novembre est lancé sur les réseaux sociaux : "Ne laissons pas ce président catastrophe chercher à redorer son image par l'exercice régalien du pouvoir. Hollande est indigne de déposer en notre nom une gerbe sur la tombe d'un soldat qui, lui, était courageux !", écrit le leader du collectif "Hollande démission".

Le jour J, les images du président de la République chahuté passent en boucle sur toutes les télévisions. Et David van Hemelryck peut s'expliquer sur RTL, RMC, Canal plus, dans Le Figaro, L’Opinion… 

Aujourd'hui, David van Hemelryck réclame la tenue d'un référendum afin de mettre en place une "motion de censure venue du peuple pour ‘démissionner’ le président".  Un objectif "difficile mais faisable", assure le jeune homme, avec des airs de Don Quichotte. Il dénonce en vrac "l'incompétence du président, son impopularité, son extrémisme, son jusqu'au-boutisme, sa politique de répression". Quid de la légitimité de François Hollande, élu au suffrage universel ? "C'est le droit et le devoir du peuple de le virer s'il n'est pas compétent", répond David van Hemelryck, qui promet de multiplier les actions coup de poing.

"Churchill a bien tendu la main à Staline"

"Virer Hollande", au profit de qui ? Pour quel programme politique ? A ces questions, David van Hemelryck se fait plus évasif, expliquant vouloir "simplement mettre en place une démocratie réelle en se débarrassant de Hollande et restaurer la confiance". Le jeune homme reconnaît des "sympathies à droite", mais n’en dit pas plus, "pour ne pas diviser". Catholique, il refuse l’étiquette de "tradi", car "c'est utilisé en sous-entendant 'proche de l’extrême droite' et ça discrédite d'emblée". Pour autant, le trentenaire assume certaines proximités avec l'extrême droite.

Le 11 novembre, sur les Champs-Elysées, parmi les militants qui ont hué François Hollande : quelques adhérents UMP, d'anciens sympathisants déçus par l'UMP, des membres du FN, ainsi qu'une poignée d’identitaires, mouvement d'extrême droite radicale. "Aujourd'hui, tous les Français sont en colère. Je ne veux pas coller [à ces activistes] l'étiquette de violents ou de l'extrême droite, car je ne condamne pas sans savoir. Il n'y a pas eu de violences, donc je travaille avec toutes les bonnes volontés, d'où qu'elles viennent", se justifie le militant anti-Hollande, qui ajoute dans un sourire malicieux : "Churchill a bien tendu la main à Staline". Fabrice Robert, président du Bloc identitaire, à l'initiative du collectif "Hollande n'est pas mon président", confirme auprès de francetv info "des synergies et un travail en réseau" avec le collectif de David van Hemelryck.

Créer un "climat de défiance"

"Hollande démission" n'est pas encore une association. Ses statuts ont été rejetés en préfecture pour des motifs administratifs et seront prochainement redéposés. David van Hemelryck estime que son collectif est à même de mobiliser une centaine d'adhérents actifs. "Et bien plus ponctuellement, grâce aux réseaux sociaux." Il forme actuellement des militants afin de monter des antennes locales. Le jeune homme ne mise pas sur l'effet de masse, mais sur des actions surprise qui "créeront un climat de défiance politique".

Le 13 novembre, le militant est sorti dans Paris au volant de sa Hollandette, une voiture blanche recouverte d'autocollants appelant à la démission du président de la République. La tête de ce dernier y est barrée d'un "Dégage", sur le devant du véhicule. Il s'est rapidement fait interpeller et la voiture a été saisie pour "publicité clandestine". Avec ce genre d'actions, David van Hemelryck veut "enfermer" François Hollande. "Soit il laisse faire et il est ridicule. Soit, il choisit la répression, c'est exagéré et il a aussi l'air ridicule. Dans tous les cas, on gagne."