Présidentielle : le "trésor de campagne" des fillonistes leur "donne un argument pour exister"

Le journaliste de "Marianne" Louis Hausalter était l'invité de franceinfo mardi. Il est revenu sur le "trésor de campagne" de 3,3 millions d'euros accumulé par le micro-parti de François Fillon lors de sa campagne. 

François Fillon à Lille le 18 avril 2017. 
François Fillon à Lille le 18 avril 2017.  (CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS)
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Le micro parti Force républicaine de François Fillon a engrangé 3,3 millions d'euros pendant la campagne du candidat, éliminé dès le premier tour avec 20,01% des suffrages. Ce trésor de campagne est aujourd'hui convoité par Les Républicains, comme le raconte le journaliste Louis Hausalter dans l'hebdomadaire Marianne.

Sur franceinfo mardi 2 mai, le journaliste a expliqué qu'à travers cette histoire d'argent, ce sont "des courants qui se préparent" au sein des Républicains. Cela "donne un argument aux fillonistes pour exister", même s'ils passent pour les "mauvais joueurs en gardant cet argent qui avait été versé par les sympathisants."

franceinfo : D'où provient cette manne ?

Louis Hausalter : Le parti Force républicaine est la structure qui avait provisionné de l'argent dès le début de la campagne pour effectuer des dépenses. Mais la campagne a été largement couverte par le bénéfice de la primaire, soit 10 millions d'euros. Le parti LR a également prêté quatre millions et demi d'euros pour aider François Fillon à faire campagne. Il s'est donc retrouvé avec une somme de 15 millions d'euros. Or, Force républicaine a continué, avant le premier tour, à recueillir les dons des sympathisants qui forment aujourd'hui le trésor de guerre, estimé à 3,3 millions d'euros. Il n'y a pas de problème légal. 

C'est une bisbille qui s'annonce entre un candidat, qui a récolté des fonds pour son micro parti, et Les Républicains qui estimaient que ces fonds lui revenaient de droit.

Louis Hausalter, journaliste à "Marianne"

à franceinfo

Ces "bisbilles" sont-elles nouvelles ?

Au moment où l'affaire Penelope a éclaté, certains cadres LR phosphoraient sur un plan B, pour voir si Alain Juppé ou François Baroin ne pouvaient pas prendre la relève. Dans les arguments de François Filon pour rester le candidat des Républicains, il y avait l'argent de la Primaire. Au moment où le Penelope Gate éclate, François Fillon a déjà reçu un virement de la Haute Autorité de la Primaire avec une partie du montant récolté. Donc, il avait le magot au moment de l'affaire Penelope. 

Si jamais François Fillon avait été débranché par les cadres de son parti, ils auraient dû le convaincre de rendre l'argent. C'est lui qui avait les cartes en main.

Louis Hausalter, journaliste à "Marianne"

à franceinfo

Pourquoi l'équipe Fillon ne souhaite-t-elle pas rendre l'argent, alors que François Fillon a plus ou moins annoncé sa retraite politique ?

Il a dit qu'il souhaitait prendre du recul. C'est moins François Fillon qui garde cet argent, que les fillonistes, pour animer la structure politique et pour peser au sein des Républicains. Ce qui se prépare, ce sont des courants. Entre ceux qui veulent appeler à gouverner avec Emmanuel Macron et ceux qui refusent de voter pour lui et qui sont plutôt en proximité avec des idées du Front national, on se retrouve avec plein de chapelles qui n'ont plus grand-chose en commun. Chacun prépare l'après. Les fillonistes se retrouvent dans le parti Force républicaine. Et cet argent leur donne un argument pour exister.

Chacun va essayer de défendre sa chapelle parce qu'il n'y a plus d'unité dans le parti.

Louis Hausalter, journaliste à "Marianne"

à franceinfo

Cela pose aussi la question du rapport de François Fillon avec l'argent ?

Le rapport personnel de François Fillon avec l'argent a été questionné pendant cette campagne. C'est sans doute cela qui l'a fait perdre. Même s'il ne faut pas confondre la personne de François Fillon et son micro parti. Car c'est bien dans les caisses du micro parti que se retrouve l'argent et pas dans les poches du candidat. Cette affaire laisse entendre que les fillonistes gardent le magot d'une campagne qu'ils ont perdue. On pourrait leur reprocher, du côté de leur parti, d'être mauvais joueurs en gardant cet argent qui avait été versé par les sympathisants.