Affaire Penelope Fillon : quatre questions sur les nouvelles révélations du "Canard enchaîné"

L'hebdomadaire affirme que les sommes perçues par l'épouse de François Fillon pour son emploi présumé fictif d'assistante parlementaire sont encore plus importantes que ce qui avait été révélé auparavant.

Penelope et François Fillon, le 29 janvier 2017, à Paris.
Penelope et François Fillon, le 29 janvier 2017, à Paris. (STÉPHANE ROUPPERT / CITIZENSIDE / AFP)
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Ilan CaroElise LambertFrance Télévisions

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La facture s'alourdit. Soupçonnée d'emplois fictifs, Penelope Fillon a touché au total plus de 900 000 euros brut comme collaboratrice de son mari lorsqu'il était député, puis de son suppléant, ainsi qu'à la Revue des deux mondes, affirme Le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 1er février. Une semaine plus tôt, en révélant ces soupçons d'emplois fictifs, l'hebdomadaire évoquait une somme s'élevant à un peu plus de 600 000 euros brut. Franceinfo vous résume ce que contiennent les nouvelles révélations du Canard.

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A quoi correspondent les 300 000 euros supplémentaires ?

La semaine dernière, Le Canard enchaîné révélait que Penelope Fillon avait perçu environ 500 000 euros brut d'indemnités en tant qu'attachée parlementaire, soit de son mari, soit de Marc Joulaud, son suppléant qui a siégé à sa place à l'Assemblée nationale lorsqu'il était ministre. Mais ce mercredi, l'hebdomadaire revoit les chiffres à la hausse.

Ce sont très exactement 831 440 euros brut que l'épouse de François Fillon aurait touchés en tant qu'assistante parlementaire (en plus des quelque 100 000 euros brut versés par la Revue des deux mondes). En effet, cette dernière aurait été embauchée à l'Assemblée entre 1988 et 1990. Un nouvel élément dans l'affaire, qui était jusqu'à présent inconnu. Pendant ces trois années, écrit Le Canard enchaîné, elle aurait été payée (en francs à l'époque) l'équivalent de 82 750 euros brut.

Le Canard enchaîné inclut également dans son calcul les indemnités reçues par Penelope Fillon en 1998, 1999 et 2000, dont les montants étaient encore inconnus. Ils seraient de 30 000 euros pour l'année 1998, puis de 42 000 euros par an en 1999 et 2000.

L'hebdomadaire satirique affirme enfin que Penelope Fillon a à nouveau été embauchée par son mari en juin 2012, lorsque celui-ci a été élu député de Paris après son bail à Matignon, et ce jusqu'en novembre 2013. Soit encore dix-sept mois d'indemnités, à 5 050 euros mensuels.

Quelles sommes ont perçu ses enfants ?

Après avoir affirmé qu’il avait employé ses enfants pour leurs compétences d’avocats lorsqu’il était sénateur, alors qu’ils n’étaient pas encore diplômés, François Fillon semble avoir aussi généreusement rétribué ces derniers.

Selon Le Canard enchaîné, François Fillon a embauché sa fille aînée, Marie Fillon, le 1er octobre 2005, deux semaines à peine après avoir été élu sénateur de la Sarthe, en tant qu'"assistante de sénateur". A 23 ans, la jeune femme a tout juste terminé ses études de droit, et n’a pas encore prêté son serment d’avocat. Elle aurait ainsi touché 3 773 euros brut par mois pour commencer, puis 3 814 euros brut mensuels jusqu’au 31 décembre 2006. En quinze mois, Marie Fillon aurait donc perçu 57 084 euros brut.

Son frère cadet, Charles Fillon, la remplace lors de son départ. D'après Le Canard enchaîné, il cumule à partir du 1er janvier 2007 ses études de droit avec le poste d’assistant laissé vacant par sa sœur, et reçoit 4 846 euros brut mensuels. Soit 27% de plus que son aînée. Un poste qu’il garde jusqu’au 17 juin 2007, lorsque François Fillon est nommé Premier ministre par Nicolas Sarkozy.  A 23 ans, il aurait engrangé en six mois près de 26 651 euros brut. Il ne deviendra avocat qu’en 2011.

Au total, les deux enfants ont donc reçu près de 84 000 euros brut, assure Le Canard enchaînéPas encore diplômés, ils ont été payés au même tarif horaire que la cheffe du secrétariat particulier de François Fillon, qui possédait à l’époque "trente ans d’ancienneté".

Pourquoi ces nouvelles révélations mettent à mal la défense de François Fillon ?

Concernant Penelope. Jeudi dernier, sur TF1, François Fillon a assuré que son épouse avait travaillé "bénévolement" pendant "des années" après sa première élection en 1981. "En 1997, j'ai un collaborateur qui est parti. Je l'ai remplacé par Penelope. Elle est restée ma collaboratrice, avec une interruption lorsque j'étais à Matignon, jusqu'en 2013, où j'ai choisi de cesser cette collaboration", avait-il déclaré. Lors de cette interview, François Fillon n'a donc pas mentionné le fait, rapporté par Le Canard enchaîné, d'avoir embauché son épouse à ce poste une première fois entre 1988 et 1990.

Concernant ses enfants. "J'ai rémunéré pour des missions précises deux de mes enfants, qui étaient avocats, en raison de leurs compétences", s'est également défendu François Fillon sur TF1. Un argument peu convaincant, puisqu’aucun de ses deux enfants n’était avocat au moment de ces missions. De plus, selon Le Canard enchaîné du 1er février, le travail de ces derniers serait "bien évanescent", à l’image du travail sénatorial effectué par François Fillon à cette époque. Selon les archives du Palais du Luxembourg, consultées par le journal satirique, le bilan de François Fillon en séance comme en commission est de "0 intervention, 0 proposition de loi, 0 rapport, 1 question et 1 seul amendement".

Comment a réagi François Fillon ?

Lors d’une conférence devant des entrepreneurs, mardi soir à Paris, le candidat de la droite et du centre à la présidentielle a dénoncé une "opération de calomnie très professionnelle, d'une extrême ampleur, sans précédent sous la Ve République" . Sans s'attarder sur les nouvelles révélations de l'hebdomadaire, il a précisé être "serein et confiant dans l’attente de la clôture de l’enquête".

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