François Fillon et sa réforme de la Sécurité sociale : la valse-hésitation en six actes

Critiqué du FN jusqu'à la gauche, le candidat de la droite a d'abord semblé reculer sur cette réforme de l'assurance-maladie avant d'affirmer, mardi soir sur TF1, qu'il la mènerait jusqu'au bout.

 François Fillon arrive à une réunion des membres européens de la droite et du centre à Bruxelles, le 15 décembre 2016.
François Fillon arrive à une réunion des membres européens de la droite et du centre à Bruxelles, le 15 décembre 2016.(THIERRY CHARLIER / AFP)
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Camille AdaoustFrance Télévisions

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Une proposition qui a fait monter la température. Dans son programme, François Fillon affiche sa volonté de distinguer "gros risques", des "affections graves ou de longue durée" prises en charge par l'assurance-maladie et "petits risques", pris en charge par des complémentaires santé.

Rapidement accusé de vouloir privatiser la Sécurité sociale, le candidat de la droite pour la présidentielle a dû désamorcer la situation. Voici le déroulé de la polémique en six actes. 

Acte 1. Il propose une importante réforme de la Sécu

L'assurance publique universelle pour "des affections graves ou de longue durée" et l'assurance privée pour "le reste". La proposition est écrite en toutes lettres dans le programme de François Fillon. Début décembre 2016, le candidat de la droite à l'élection présidentielle suggère une importante réforme de la Sécurité sociale. L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy souhaite également modifier le son mode financement, en faisant "basculer les cotisations maladies dites patronales vers un mix CSG-TVA", augmentant de deux points cette dernière taxe. "Il faut que ce soit la consommation qui finance notre système social, pas le travail", explique François Fillon au Monde.

Acte 2. Ses propositions sont critiquées

"Le programme de François Fillon sur la santé est sur une ligne dure", assure le journal Les Echos. Ses propositions font rapidement débat. Marisol Touraine, ministre de la Santé, lui lance ainsi : "Vous proposez la privatisation de la santé. Assumez-le !" "Fillon, c'est la mort de la Sécurité sociale", réagi de son côté Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste, sur France 3"A lire le projet de M. Fillon, j'en ai la nausée", tance Marine Le Pen.

Acte 3. Il défend sa réforme et tente de calmer le jeu

Dans une tribune publiée le 12 décembre dans Le Figaro, le candidat de la droite tente de rassurer sur son programme"L'assurance-maladie continuera à couvrir les soins comme aujourd'hui et même mieux rembourser des soins qui sont largement à la charge des assurés", écrit-il. Pas question, selon lui, de toucher à l'assurance-maladie, et encore moins de la privatiser.

Pour calmer le jeu, François Fillon annonce également qu'il va demander la réalisation d'un "audit des comptes sociaux" par des "experts indépendants". Le candidat promet aussi, le 14 décembre, une "concertation" pour préciser son projet.

Acte 4. François Fillon retire une proposition

La proposition la plus contestée du candidat de la droite, la distinction entre les "gros risques", les affections graves qui seraient couvertes par l'assurance-maladie, et les "petits risques", remboursés par des assurances complémentaires, est finalement retirée de son site internet, comme le montre cet article du Monde

Acte 5. Son recul est moqué

Un recul raillé par Marisol Touraine sur Twitter. "Souvent Fillon varie, bien fol qui s'y fie. Et quand c'est flou, c'est qu'il y a un... ", écrit la ministre de la Santé. Philippe Vigier, chef de file des députés centristes regrette, lui, que l'ancien Premier ministre n'ait pas "plus explicité" son projet, alors que la candidate du FN, Marine Le Pen, l'accuse de "vraie-fausse reculade". 

"On a compris, Francois Fillon, c'est docteur Jekyll et Mr. Hyde. OK! Mais qui croire ?", ajoute le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

Acte 6. Finalement, il réformera quand même

Après quelques semaines de discrétion, François Fillon revient à la charge. "Je vais mettre en œuvre le programme sur lequel je me suis engagé et personne ne m'en détournera. Pourquoi ? Pas par obstination, il n'y a rien de brutal dans ce programme, simplement parce que c'est le seul qui peut permettre le redressement national", insiste, sur TF1 le 3 janvier, le député de Paris.

Sur la refonte du système de santé, François Fillon se montre inflexible. "Je ne change pas de programme, je réformerai la Sécurité sociale", assure-t-il en dénonçant avoir été "caricaturé de manière scandaleuse" sur la distinction aujourd'hui enterrée entre "gros" et "petits" risques.