Qui est Robert Bourgi, l'avocat qui gâte François Fillon avec des costumes ?

L'identité de l'acheteur des vêtements de luxe du candidat de la droite et du centre a été confirmée. Il s'agit de Robert Bourgi, un avocat parisien, proche de plusieurs dirigeants africains. Portrait.    

L\'avocat Robert Bourgi est l\'invité d\'Europe 1, le 12 septembre 2011. 
L'avocat Robert Bourgi est l'invité d'Europe 1, le 12 septembre 2011.  (JOHANNA LEGUERRE / AFP)
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Son nom est revenu régulièrement dans le dossier. L'avocat Robert Bourgi est bel et bien l'homme qui a payé des costumes sur mesure à François Fillon, pour un montant de 13 000 euros, affirme Le Monde, vendredi 17 mars.

Cette information a été confirmée par l'intéressé lui-même. Interrogé par l'AFP, Robert Bourgi a ainsi indiqué qu'il s'agissait d'"un simple cadeau amical". Reste que l'enquête sur de possibles emplois fictifs familiaux du côté de François Fillon a été étendue aux conditions dans lesquelles ces costumes de luxe lui ont été offerts. Mais qui est cet homme dont les cadeaux embarrassent désormais le candidat de la droite et du centre ? Franceinfo vous dresse son portrait.

Un acteur de la "Françafrique"

Cet avocat de formation de 71 ans – qui assure, dans Le Monde, n'avoir jamais plaidé – est un fin connaisseur de l'Afrique. Et pour cause : né à Dakar (Sénégal), ce fils d'un négociant libanais est considéré comme le fils spirituel de Jacques Foccart, le "Monsieur Afrique" de Charles de Gaulle qui "a défendu le pré carré français en Afrique" jusqu'à sa mort, rappelle Libération.

La carrière de Robert Bourgi a donc consisté à entretenir des liens privilégiés avec les dirigeants africains, comme l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo ou Omar Bongo, l'ancien président gabonais. "Je suis le seul à Paris qui peut dire à un ministre africain, sans qu’il en prenne ombrage : 'Tu m’emmerdes, sale nègre !'", résume-t-il dans Libération. En l'occurrence, il appelait plutôt "papa" Omar Bongo, à l'africaine. "Bongo était tout à la fois son client, peut-être son ami" et le parrain de sa fille. C'est d'ailleurs lui qui a annoncé la mort du dirigeant gabonais aux médias français, raconte Le Monde.

Sur 20minutes.fr, Antoine Glaser, journaliste spécialiste de la "Françafrique", détaille davantage le rôle discret de Robert Bourgi : "Bourgi était une sorte de porte-parole, il rendait compte de toutes les humeurs d’Omar Bongo. Par exemple, quand un ministre de la Coopération déplaisait au dirigeant gabonais, on en changeait." De son côté, Le Monde précise que si son influence a légèrement diminué depuis les années 1980, il entretient toujours son réseau dans "cinq ou six pays"

Un ami de la droite française

Son entregent et son carnet d'adresses fourni constituent des biens précieux pour les entreprises et les hommes politiques désireux de nouer des liens avec le continent africain. Et notamment ceux classés à droite de l'échiquier politique. Comme l'explique 20 Minutes, les liens entre Robert Bourgi et la droite française relèvent de l'héritage familial. Son père fut l'un des premiers adhérents du Rassemblement du peuple français de Charles de Gaulle et surtout "l'homme de confiance" de Jacques Foccart à Dakar.

C'est donc sans surprise que le fils se rapproche du RPR, puis du "club 89" d'Alain Juppé, créé après la victoire de François Mitterrand. Dans les années 1980, Robert Bourgi devient le conseiller Afrique de Jacques Chirac, puis de Dominique de Villepin, avant de rejoindre le camp de Nicolas Sarkozy en 2005. Ce dernier le décorera d'ailleurs de la Légion d'honneur et lui accordera le renvoi du ministre de la Coopération de l'époque. Ce dernier avait "déclaré vouloir mettre fin à la Françafrique", s'attirant les foudres d'Omar Bongo, raconte Le Monde

... et un proche de François Fillon 

Outre les valeurs politiques qu'ils partagent, l'amour des belles voitures a-t-il aussi rapproché Bourgi et Fillon ? L'avocat parisien – qui roule en Maserati – connaît en tout cas le Sarthois depuis longtemps. Selon Le Monde, l'amitié s'est consolidée en 2012. Robert Bourgi avait alors ouvert son carnet d'adresses à François Fillon, alors député de Paris, devenant son conseiller de l'ombre sur les questions africaines.

"En novembre 2013, il avait notamment contribué à l'organisation de son voyage au Sénégal, puis en Côte d'Ivoire, où il entretient les meilleures relations", raconte le quotidien du soir. Il a aussi essayé de réconcilier Nicolas Sarkozy et l'ancien Premier ministre. "En vain", note le journal.

Non content de fournir de précieux conseils, l'avocat semble aussi vouloir soigner l'image de son ami, à coups d'achats conséquents. Le 7 décembre dernier, soit neuf jours après la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, il a ainsi passé commande de deux costumes sur mesure qu'il lui a ensuite offerts. En attendant d'être éventuellement entendu par les enquêteurs, il a assuré à l'AFP l'avoir fait de bon cœur, sans "conflit d'intérêts ni trafic d'influence".