"House of Sarthe" : quand les scénaristes de séries télé politiques se passionnent pour l'affaire Fillon

Les déboires de François Fillon, dont la femme Penelope est visée par des soupçons d'emplois fictifs, n'inspirent pas seulement les éditorialistes politiques français, ils captivent aussi les scénaristes de séries télévisées. 

Une femme regarde la conférence de presse de François Fillon à la télévision, le lundi 6 février 2017.
Une femme regarde la conférence de presse de François Fillon à la télévision, le lundi 6 février 2017. (JEAN-FRANCOIS FREY / MAXPPP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Des trahisons et des rebondissements quotidiens dignes d'un drame shakespearien... Pour les auteurs de séries "politiques" comme Borgen, Les hommes de l'ombre ou L'Emprise, la campagne présidentielle française est si incroyable qu'ils n'auraient jamais osé proposer un tel scénario. Les réseaux sociaux ont même inventé un mot-dièse #HouseOfSarthe, directement inspiré de la série américaine à succès House of Cards

Dan Franck ("Marseille") : l'affaire Fillon est "une formidable série politique française"

"On a enfin une formidable série politique française, et qui s'exporte puisque toute la presse étrangère en parle !", s'exclame, fasciné, l'écrivain et scénariste Dan Franck, auteur des Hommes de l'ombre, série sur la communication en politique, et de Marseille"Je regarde tout ça comme une série, il y a des 'cliffs' [des rebondissements] tous les jours, je me délecte, assure-t-il. Et comme dans une série, le plus intéressant est de voir ce qui se passe au sein d'un même camp, avec des histoires de trahison, de famille..."

Pourrait-il écrire la suite de l'histoire ? Pas sûr. Le scénario actuel est trop noir à son goût : "Dans la manière dont on se déchire à droite, ce qui me fait peur est que nous sommes dans le 'tous pourris', alors que dans mes scénarios, je m'efforce toujours d'avoir un personnage positif..."  

Ici, seule Penelope apparaît comme une vraie victime, l'incarnation des femmes emprisonnées dans le rôle de femme au foyer... On a envie qu'elle se révolte ! Ce serait une fiction formidable.

Dan Franck, écrivain et scénariste

à l'AFP

"Et si je devais la faire, je m'intéresserais aussi à celui qui a envoyé les documents au Canard... Est-il de son clan ? Est-ce une vengeance ?", ajoute-t-il

Marc Dugain ("L'Emprise") : "La réalité est toujours plus tordue" que la fiction

L'écrivain Marc Dugain, auteur de L'Emprise, une trilogie mêlant politique et espionnage, qui sera adaptée en série sur Arte, fait, lui, appel au maître de la dramaturgie.

On est presque dans une pièce de Shakespeare : tout y est, l'enjeu familial, la femme trempée dans le scandale, le monde du personnage qui s'écroule sous ses pieds.

Marc Dugain, auteur de "L'Emprise"

à l'AFP

"Ce qui se passe actuellement est extraordinaire. Nous, les auteurs de fictions, sommes sans cesse battus par la réalité. On peut toujours inventer des histoires, la réalité est toujours plus tordue", sourit-il.

Jeppe Gram ("Borgen") : "[Ma série] a presque l'air innocente" à côté

Jeppe Gram, co-scénariste de Borgen, un incontournable des séries politiques, s'est lui-même largement inspiré de témoignages de responsables politiques pour camper sa très réaliste Première ministre danoise Birgitte Nyborg. Mais cette fois, il s'avoue battu : la situation française "est vraiment une bonne série" : "A côté, Borgen a presque l'air innocent ou désuet...", admet-il. La réalité dépasse tant la fiction qu'un tel scénario aurait été refusé par les télévisions, jugent en chœur ces auteurs. 

On nous aurait dit que c'était divertissant, mais trop tiré par les cheveux.

Jeppa Gram, co-scénariste de la série "Borgen"

à l'AFP

Et s'il devait, lui aussi, écrire la suite de la campagne française ? Le scénariste danois imagine le retour de François Hollande, ou encore un second tour Macron-Le Pen, où le candidat d'En marche ! serait touché par un scandale et Marine Le Pen gagnerait. "Ce serait un scénario effrayant, mais intéressant ! Surtout si la personne qui révèle le scandale veut aider Le Pen ! Mais j'espère que ce ne sera pas aussi divertissant que ça...", conclut Jeppe Gram.