"Cabinet noir à l'Elysée" : que dit le livre cité par François Fillon ?

Sur le plateau de France 2, le candidat de la droite et du centre a mis en cause François Hollande sur les bases d'un livre écrit par deux journalistes du "Canard enchaîné" et une journaliste indépendante.

François Hollande et François Fillon lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) à Paris, le 22 février 2017.
François Hollande et François Fillon lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) à Paris, le 22 février 2017. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP)
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C'est une accusation grave lancée par François Fillon sur le plateau de "L'Emission politique" diffusée sur France 2, jeudi 23 mars. Le candidat de la droite et du centre a affirmé que François Hollande orchestrait des fuites contre lui, et avait demandé l'ouverture d'une enquête, sur la base d'un livre de trois journalistes. "On cherchait un cabinet noir, on l'a trouvé !", a-t-il lancé.

Mais l'un des auteurs du livre a démenti ces affirmations, tout comme l'Elysée. Intitulé Bienvenue place Beauvau - Police : les secrets inavouables d’un quinquennat et publié aux éditions Robert Laffont, l'ouvrage est signé de Didier Hassoux, Christophe Labbé et Olivia Recasens, respectivement journalistes d’investigation au Canard enchaîné et journaliste indépendante. Que dit-il ? Franceinfo a consulté les pages qui font polémique.

Une "structure clandestine"

"Un cabinet noir anti-sarkozyste ?" C'est le titre de l'un des sous-chapitres de l'ouvrage. Le nom de François Fillon n'apparaît nulle part alors que celui de Nicolas Sarkozy est au cœur des informations obtenues par les journalistes, qui évoquent "le soupçon" des partisans de l'ancien président "de l'existence d'un cabinet noir". "Il n'est pas possible d'en apporter la preuve formelle. Comme il n'est pas possible de prouver le contraire !" écrivent les auteurs. "Mais l'addition d'indices troubles et de témoignages étonnants interroge", ajoutent-ils. Selon eux, "plusieurs observateurs bien placés dans l'appareil policier" leur ont décrit "par le menu l'existence d'une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d'action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial".

Une "mécanique" dont Hollande aurait tiré profit

Pour étayer leurs allégations, les journalistes décrivent la "mécanique complexe aussi efficace que redoutable" dont François Hollande aurait tiré profit "pour orchestrer les affaires judiciaires". Il disposerait pour cela d'un outil : Tracfin, le service de renseignement de Bercy. "Cent vingt fonctionnaires sont habilités à fourrer leur nez dans les comptes en banque de n'importe qui", expliquent les auteurs. D'après ces derniers, "chaque semaine, le patron de Tracfin prend le chemin de l'Elysée pour assister, avec les directeurs des six autres services secrets, à la réunion organisée par le coordinateur du renseignement"

Ce poste est aujourd'hui occupé par Yann Jounot, un préfet socialiste, spécialiste du renseignement. "Afin d'allumer la mèche d'une affaire politico-judiciaire, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction, et la transmette officiellement à la justice. Ou officieusement à un service enquêteur qui se chargera de mener 'une enquête d'initiative' avant qu'un magistrat ne le reprenne à son compte", écrivent les auteurs de Bienvenue place Beauvau.

Un autre proche de Hollande entrerait alors dans ce "mécanisme", selon les auteurs du livre : Robert Gelli, le directeur des affaires criminelles et des grâces, "qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire". Après l'élection de François Hollande, il est promu chef du parquet de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. C'est là "où il dégoupille quelques grenades contre Patrick Balkany, le copain d'enfance de Nicolas Sarkozy". Enfin, quand il dirigeait l'association des procureurs, Patrick Gelli "en avait fait l'arme de guerre des 'petits pois' contre Sarkozy, déclenchant même une pétition chez les parquetiers". 

Une "remontée d'informations judiciaires"

Pour François Fillon, le livre est accablant. "Je vais mettre en cause le président de la République", a-t-il dit sur France 2. "C'est un livre (...) qui explique que François Hollande fait remonter toutes les écoutes judiciaires qui l'intéressent à son bureau, ce qui est d'une illégalité totale", a assuré le candidat, avant de demander "qu'il y ait une enquête d'ouverte sur les allégations qui sont portées dans ce livre".

Problème : ses auteurs n'ont pas du tout la même lecture que François Fillon. "On n'a jamais écrit ça. La seule personne qui croit qu'il y a un cabinet noir à l'Elysée, c'est François Fillon. (...) Ce cabinet noir n'existe pas", a affirmé Didier Hassoux sur franceinfo. Des propos qui apparaissent bien plus nuancés que dans son ouvrage. "Nicolas Sarkozy avait mis en place une police politique. François Hollande, lui, a simplement instrumentalisé la police à des fins politiques, mais comme tous les présidents de la Ve République", a-t-il ajouté. 

Sur RMC, Olivia Recasens, autre auteure de l'ouvrage, est peu ou prou sur la même ligne : "Le cabinet noir tel que le définit François Fillon n'existe pas. Il existe une remontée des informations judiciaires mais c'est une vieille et une très mauvaise habitude du politique qui existe depuis très longtemps."