Trois questions sur le statut de Première dame qu'Emmanuel Macron envisage de créer

Une pétition en ligne contre cette proposition a récolté plus de 140 000 signatures.

Brigitte et Emmanuel Macron, le 25 juillet 2017 à l\'Elysée.
Brigitte et Emmanuel Macron, le 25 juillet 2017 à l'Elysée. (JULIEN DE ROSA / EPA)
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"Si cette question doit être tranchée, elle devra se faire dans le cadre d'un référendum." Alors que des juristes sont chargés de rédiger une charte pour encadrer le rôle de la Première dame et lui allouer un budget personnel, une pétition en ligne s'opposant à cette proposition faite par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle a reçu dimanche 6 août plus de 140 000 signatures.

Franceinfo revient sur la polémique, ainsi que sur les exemples venus de l'étranger.

Que souhaite faire Emmanuel Macron ?

Alors candidat, Emmanuel Macron avait déclaré qu'il voulait "clarifier" le statut de l'épouse du chef de l'Etat en lui donnant un rôle officiel, sans toutefois lui accorder de rémunération. Le but : "sortir d'une hypocrisie française", avait-il expliqué.

En effet, la situation actuelle est plus que floue. Ni la Constitution, ni le protocole ne prévoient de statut pour la compagne du président de la République, qui peut donc occuper sa fonction comme elle l'entend. Les moyens mis à sa disposition, qui comprennent un bureau, un cabinet et un service de protection, sont prélevés directement sur le budget de l'Elysée. Ces moyens mis à la disposition de la Première dame représentent un coût estimé par la Cour des comptes en 2014 à 450 000 euros par an. 

Créer un statut officiel au conjoint du chef de l'Etat permettrait de séparer ce budget de celui de la présidence. "Je souhaite qu'un cadre soit défini et je demanderai qu'un travail soit conduit en la matière", avait ainsi déclaré le candidat Emmanuel Macron, pour qui "il faut que la personne qui vive avec vous puisse avoir un rôle, qu'elle soit reconnue dans ce rôle".

Pourquoi cela fait polémique ?

"Il n'y a aucune raison pour que l'épouse du chef de l'Etat puisse obtenir un budget sur les fonds publics. Brigitte Macron dispose à l'heure actuelle d'une équipe de deux à trois collaborateurs, ainsi que de deux secrétaires et deux agents de sécurité et cela est suffisant", s'insurge Thierry Paul Valette, fondateur d'Egalité nationale, un mouvement de lutte contre la corruption, à l'origine de la pétition.

Plusieurs parlementaires sont de cet avis. Sur Twitter, le député "insoumis" de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel, juge peu opportune la création de ce statut, à l'heure où la loi de moralisation de la vie publique va interdire aux parlementaires d'employer des membres de leur famille.

Invité le 18 juillet de Public Sénat, le député socialiste Luc Carvounas est allé dans son sens. "Je ne vois pas pourquoi la femme du chef de l'Etat aurait un budget sur de l'argent public. On est en train de nous dire qu'il faut recruter des centaines d'administrateurs à l'Assemblée pour contrôler tous nos tickets de caisse, et on va allouer un budget à la femme du chef de l'Etat, je ne suis pas d'accord", a-t-il martelé.

Quelle est la situation à l'étranger ?

Aux Etats-Unis, une loi datant de 1978 accorde à l'épouse du président une équipe composée de 12 personnes environ. Ce staff se compose entre autres d'un chef de cabinet, d'un attaché de presse ou encore d'un conseiller. La First lady dispose également d'un compte Twitter attitré.

La Première dame américaine prononce également des discours officiels et s'engage généralement dans des actions caritatives.

En Allemagne, aucun texte n'encadre le statut de conjoint(e) du chancelier ou de la chancelière. Citée par Le Point, la journaliste Alix Bouilhaguet, auteure du livre Le Couloir de Madame, indique que l'époux d'Angela Merkel "incarne le prototype du conjoint invisible car très discret". Joachim Sauer ne dispose d'aucun titre officiel, et se rend à l'université Humboldt de Berlin où il enseigne les sciences physiques et la chimie théorique en transports en commun. "Ses apparitions publiques sont très rares, il n'a même pas assisté aux cérémonies d'investiture de son épouse lorsque celle-ci a été élue chancelière fédérale en 2005, puis réélue en 2009 et 2013", écrit le site de l'hebdomadaire.

Au Royaume-Uni, c'est la même chose : le statut d'époux(se) du Premier ministre ou de la Première ministre n'est pas encadré. Ce qui ne l'empêche pas de pouvoir résider au 10 Downing street. Philip May, le mari de Theresa May, occupait le poste de gestionnaire de portefeuille avant de travailler pour le fond de pension Capital Group. Lorsque son épouse a été nommée à la tête du gouvernement, son employeur a publié un communiqué précisant que le "Premier monsieur" britannique n'avait pas de pouvoir décisionnaire en matière d'investissements, et ne se chargeait que de la relation avec les clients de l'entreprise.