Réforme des institutions, état d'urgence, Europe... Ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron devant le Congrès

L'événement était d'autant plus attendu qu'Emmanuel Macron avait fait savoir qu'il ne se prêterait pas à la traditionnelle interview du 14-Juillet.

Le président de la République Emmanuel Macron s\'adresse aux parlementaires réunis en Congrès, lundi 3 juillet 2017 à Versailles.
Le président de la République Emmanuel Macron s'adresse aux parlementaires réunis en Congrès, lundi 3 juillet 2017 à Versailles. (ERIC FEFERBERG / AFP)
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Vincent MatalonFrance Télévisions

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Le "discours sur l'état de l'Union", version Emmanuel Macron. Le président de la République a prononcé, devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, lundi 3 juillet à Versailles, un grand discours destiné à fixer les "priorités" de son quinquennat. Une intervention d'environ 1h30, au cours de laquelle le chef de l'Etat a particulièrement insisté sur la réforme des institutions. Franceinfo récapitule ce qu'il faut retenir de cette intervention.

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Un ton rassembleur

Le chef de l'Etat a commencé son allocution en saluant l'ensemble des parlementaires dans une introduction assez nébuleuse, au cours de laquelle il a employé un ton rassembleur qui rappelait celui de sa campagne. "Nous avons, vous et moi, reçu le mandat du peuple. Qu'il nous ait été donné par la Nation entière ou par une circonscription ne change rien à sa force (...), à l'obligation collective qui pèse sur nous", a expliqué Emmanuel Macron.

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Le chef de l'Etat a insisté sur l'"impatience d'agir" qui réunit selon lui les députés et les sénateurs de toutes tendances, qui réclament une "transformation résolue et profonde". Comme durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a renvoyé dos à dos droite et gauche, prônant "une voie radicalement nouvelle". Une troisième voie, qui invoque à la fois des principes de droite et de gauche.

Je refuse de choisir entre l'ambition et l'esprit de justice. Je refuse ce dogme disant que pour bâtir l'égalité il faudrait renoncer à l'excellence. Pas plus que pour réussir il faudrait renoncer à donner une place à chacun.

Emmanuel Macron

devant le Congrès

La dénonciation des "faux procès" qui lui sont faits

Que ce soit sur la réforme du travail ou la sortie de l'état d'urgence, il a ensuite dénoncé les "faux procès" dont serait victime sa ligne politique. "S'agit-il de libéraliser le Code du travail ? On nous dira qu'il s'agit de répondre aux diktats de Bruxelles. S'agit-il de sortir de l'état d'urgence ? On nous accusera de laisser les Français sans défense, ou au contraire de brader nos libertés. Rien de tout cela n'est vrai."

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Le tacle aux médias et à la société du "scandale"

Le chef de l'Etat a ensuite évoqué en creux la loi sur la transparence de la vie publique et les affaires qui concernent, ou ont concerné, des ministres du gouvernement d'Edouard Philippe.

La loi du gouvernement sera votée, je n'en doute pas. Mais après qu'elle l'aura été, j'appelle à la retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d'innocence, cette chasse à l'homme.

Emmanuel Macron

devant le Congrès

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La réforme des institutions, via un référendum "si nécessaire"

Emmanuel Macron est ensuite entré dans le dur de son discours, évoquant la réforme des institutions qu'il souhaite mener au nom de trois principes : "l'efficacité, la représentativité et la responsabilité."

Il a notamment confirmé sa volonté de "réduire d'un tiers" le nombre de députés, de sénateurs et de membres du Conseil économique, social et environnemental. Une baisse des effectifs qui s'accompagnerait d'une hausse des moyens alloués au Parlement, afin de rendre le travail législatif "plus fluide" et d'octroyer aux élus des "collaborateurs mieux formés et plus nombreux".

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En parallèle, Emmanuel Macron a de nouveau proposé l'introduction d'une "dose de proportionnelle" lors des élections législatives et sénatoriales, afin que "toutes les sensibilités soient justement représentées" au Parlement, sans en préciser les contours exacts. Une réforme qui s'accompagnerait d'une limitation du cumul des mandats dans le temps pour les parlementaires. 

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"Je souhaite la suppression de la Cour de justice de la République", a continué Emmanuel Macron, estimant que "les ministres doivent devenir comptables des actes accomplis dans leurs fonctions ordinaires". Pour le président de la République, cette proposition se justifie car les Français "ne comprennent plus pourquoi seuls les ministres pourraient encore disposer d'une juridiction d'exception".

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Emmanuel Macron s'est dit déterminé à mener à bien l'ensemble de ces réformes institutionnelles "d'ici un an", en soumettant les nouvelles dispositions à un référendum "si nécessaire".

La fin de l'état d'urgence "à l'automne"

Le chef de l'Etat a ensuite évoqué les questions sécuritaires liées au "terrorisme islamiste". "D'un côté, je rétablirai les libertés des Français en levant l'état d'urgence à l'automne, parce que ces libertés sont la condition de l'existence d'une démocratie forte", a-t-il annoncé, jugeant que "le Code pénal (...) peut, si le système est bien ordonné, nous permettre d'anéantir nos adversaires".

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Cette levée de l'état d'urgence s'accompagnera du vote de "dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte" contre le terrorisme. Celles-ci "devront viser explicitement les terroristes, à l’exclusion de tous les autres Français", et seront étroitement surveillées par le pouvoir judiciaire, a-t-il promis.

La réforme "en profondeur" de l'asile et la poursuite de l'accueil des réfugiés

Sans entrer dans les détails, Emmanuel Macron a annoncé vouloir "réformer en profondeur" le système de l'asile, qui est "débordé de toutes parts", pour arriver à un "traitement humain et juste" des demandes des futurs réfugiés.

Il s'est également dit déterminé à "mieux endiguer ces grandes migrations par une politique de contrôle et de lutte des trafics de personnes", en appellant à une coordination européenne sur ce sujet. La ligne du chef de l'Etat au sujet des migrations, qui était également celle de François Hollande, a été résumée en une phrase.

Il faut accueillir les réfugiés politiques, car cela appartient à nos valeurs, et ne pas les confondre avec les immigrés économiques.

Emmanuel Macron

devant le Congrès

La critique de l'Europe "qui a perdu le cap"

Le chef de l'Etat a conclu son discours en évoquant longuement les sujets européens. "La décennie qui vient de s'achever a été pour l'Europe une décennie cruelle. Nous avons géré des crises mais nous avons perdu le cap", a estimé Emmanuel Macron.

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Pour remédier à la désaffection des citoyens envers l'Union européenne, le président souhaite lancer d'ici "la fin de l'année des conventions démocratiques pour refonder l'Europe" afin de retrouver le "souffle premier de l'engagement européen". Ces conventions, dont le contenu n'a pas été détaillé, seront ouvertes à tous les pays qui souhaitent y participer. "Mais le temps n’est plus au raccommodage", a conclu le chef de l'Etat en faisant référence au Brexit.