Présidentielle : "Il y a une vulnérabilité de tous les sites informatiques de campagne"

A quelques jours de l'élection présidentielle, les attaques informatiques en provenance de la Russie se font de plus en plus fréquentes. La dernière victime en date c'est Emmanuel Macron. Pour autant, "tous les sites informatiques de campagne" sont vulnérables pour Nicolas Tenzer, président du Think Tank Cerap. 

Un hacker. (Photo d\'illustration)
Un hacker. (Photo d'illustration) (MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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François Hollande a demandé officiellement, mercredi 15 février, en Conseil de défense que des "mesures spécifiques" soient prises pour contrer d'éventuelles cyberattaques russes pesant sur la présidentielle en France. Des mesures qui interviennent alors que le Kremlin est déjà soupçonné d'avoir perturbé l'élection américaine. Dernièrement, Moscou a dû démentir des accusations d'ingérence dans la campagne d'Emmanuel Macron.

Selon Nicolas Tenzer, président du Think Tank Cerap, chargé d’enseignement à Science Po, il faut prendre la menace russe au sérieux. "En plus des cyberattaques, il y a également une manière d’entrer dans la campagne par le biais de diffusion de fausses informations, de propagande." a- t-il estimé ce jeudi sur franceinfo.

franceinfo : Les Russes sont-ils en train de rentrer dans la campagne électorale française ?

Nicolas Tenzer : Il y a une première manière qui est la cyberattaque. Pour l’instant, le site de la campagne d’Emmanuel Macron a été piraté. Nous n’en n’avons pas les preuves. Il y a une menace très élevée. Nous alertons sur ce problème depuis plus d’un an. Les services de renseignements allemands travaillent également sur le sujet. En plus des cyberattaques, il y a une manière d’entrer dans la campagne par le biais de diffusion de fausses informations, de propagande, etc.

Les attaques commises en France sont-elles au même niveau que celles qu’ont connu les Etats-Unis ?

On n’est pas dans un phénomène de grande ampleur pour l’instant. On ne sait pas du tout ce qui peut se passer dans les mois qui viennent. Il y a une vulnérabilité de tous les serveurs occidentaux, de tous les sites informatiques de campagne. C’est quelque chose qui peut paralyser à un certain moment la campagne électorale.

Il y a des sites Internet directement dépendants du Kremlin. Mais il faut voir que les fausses informations concernant un candidat sont diffusées sur les réseaux sociaux par une série de sites amis, complotistes, souvent tenus par des Français, parfois liés à l’extrême droite ou à la droite extrême, ou parfois à l’extrême gauche. Ces informations tournent en boucle. Ensuite, vous avez des agents, des comptes Twitter qui ne sont pas identifiés. Ils viennent en relais et continuent à propager ces attaques, qui opposent des démentis à ceux qui s’y opposent. Tout cela est très invasif.

Sommes-nous si importants pour les Russes ? Est-ce que notre élection les inquiète vraiment ?

Bien sûr. Ils sont préoccupés par les élections en France et en Allemagne. Ils ont intérêt à couler Angela Merkel. Si la France adopte des positions pro-russes, ce qui serait le cas avec Marine Le Pen ou avec François Fillon, ça veut dire que les sanctions qui doivent être renouvelées au sein de l’Union européenne à l’unanimité risquent également de tomber. Le but est de faire tomber ces sanctions qui avaient été imposées à la suite de l’invasion de l’Ukraine et de l’annexion de la Crimée. Pour les Russes, avoir François Fillon ou Marine Le Pen est un objectif fondamental.

Qu’est-ce qu’on peut faire face à ces menaces ?

Il faut renforcer les systèmes de surveillance. François Hollande a annoncé des mesures. Ce qui est aussi important, c’est la riposte intellectuelle. C’est également une surveillance des sites, des comptes Twitter qui utilisent la diffamation et l’injure. On peut surveiller les relais du site Internet russe Sputnik et en fermer. Ensuite, je pense que les libéraux, ceux qui sont contre cette propagande de la Russie et contre les valeurs antidémocratiques de la Russie doivent s’allier et dénoncer les faussetés dans le discours politique, non seulement la diffamation, mais également les fausses informations.

Prenons l’exemple du député LR Nicolas Dhuick, qui avait diffusé de fausses rumeurs sur Emmanuel Macron. C’est lui également qui défend la Russie. C'est lui qui va en Crimée, qui va rencontrer Bachar Al-Assad en Syrie et qui répand l’idée selon laquelle il n’y a pas eu de crimes de guerre commis en Syrie. C’est à ce discours qu’il faut répondre. Il y a aussi un discours plus mou de pro-russes concernant la Russie selon lequel les torts sont partagés. Il faut contrer ce discours relativiste. Il faut rappeler les crimes de guerre commis en Tchétchénie, l’invasion de la Géorgie en 2008, l’invasion de l’Ukraine et l’invasion de la Crimée, les crimes de guerre commis par la Russie en Syrie.Il faut être clair, bien sûr discuter avec la Russie, mais être clair. Il faut que les responsabilités politiques rappellent la réalité à propos de la Russie.Quand Emmanuel Macron rappelait que les valeurs de la Russie et nos valeurs européennes ne sont pas compatibles et n’ont rien en commun, je pense que c’est un point très important. Comment accepter un régime qui ne pénalise pas les violences domestiques par exemple ?

Nicolas Tenzer : "En plus des cyberattaques, il y a également une manière d’entrer dans la campagne par le biais de diffusion de fausses informations, de propagande."

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