Emmanuel Macron qualifie la colonisation de "crime contre l'humanité" : la polémique en quatre questions

Les propos tenus par le candidat d'En marche ! à l'élection présidentielle lors d'un déplacement en Algérie ont irrité la droite et l'extrême droite.

Emmanuel Macron, mardi 14 février 2017 au cimetière européen de Bologhine à Alger (Algérie).
Emmanuel Macron, mardi 14 février 2017 au cimetière européen de Bologhine à Alger (Algérie). (AFP)
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"Honte à Emmanuel Macron", "candidat de la repentance", "ce n'est pas digne d'un chef d'Etat"... Les propos tenus par Emmanuel Macron à propos de la colonisation lors de la visite du leader d'En marche ! en Algérie ont provoqué l'ire d'une partie de la droite et de l'extrême droite, mercredi 15 février. Dans un entretien accordé à la chaîne privée algérienne Echourouk News en début de semaine, l'ancien ministre de l'Economie avait qualifié la présence française dans le pays de "crime", de "crime contre l'humanité" et de "vraie barbarie". Franceinfo revient sur cette polémique en quatre questions.

Qu'a vraiment dit Emmanuel Macron ?

Dans son interview à Echourouk News, le candidat à la présidentielle est revenue sur la présence française en Algérie. "La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime, c'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes", a-t-il déclaré, tout en affirmant ne pas vouloir "balayer tout ce passé".

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L'ancien ministre de l'Economie conclut ce passage par une formule résumant sa position.

La France a installé les droits de l'homme en Algérie. Simplement, elle a oublié de les lire.

Emmanuel Macron

à Echourouk News

Comment ont réagi la droite et l'extrême droite ?

Cette sortie a provoqué l'ire de nombreux responsables frontistes et d'une bonne partie de la droite. Sur Twitter, la députée Marion Maréchal-Le Pen, le sénateur FN David Rachline, mais également le député Les Républicains Gérald Darmanin ont dénoncé la "repentance", le "dénigrement" ou les "insultes" envers la France prononcées selon eux par le candidat.

En meeting à Compiègne (Oise), devant environ 4 000 personnes, François Fillon a estimé que "cette détestation de notre histoire, cette repentance permanente est indigne d'un candidat à la présidence de la République".

Il y a quelques temps, Monsieur Macron trouvait des aspects positifs à la colonisation. Ça veut dire qu'Emmanuel Macron n'a aucune colonne vertébrale. Il dit simplement ce que ceux qui l'écoutent veulent entendre.

François Fillon

en meeting à Compiègne

Des reproches étonnants de la part du candidat de la droite, qui a lui aussi changé de discours sur la question. Alors qu'il déclarait en septembre que la colonisation visait à "faire partager la culture [de la France] aux peuples d'Afrique", il l'a qualifée lors de sa récente visite à La Réunion d'"abomination" auprès de la presse locale.

Que dit le droit international au sujet des "crimes contre l'humanité" ?

La Cour pénale internationale, dont l'autorité est reconnue par 124 Etats pour juger les personnes accusées de génocide ou de crime de guerre, définit dans l'article 7 de ses statuts (PDF) les crimes contre l'humanité. 

Il s'agit d'un des "actes ci-après lorsqu'il est commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque". Parmi les "actes" en question se trouvent le meurtre, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation, la torture, le viol, l'esclavage sexuel, ou encore l'apartheid.

Cette définition englobe également la "persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste".

Comment se justifie le camp Macron ?

Dans une série de tweets publiés mercredi soir, le candidat à la présidentielle a dit vouloir mettre "fin aux divisions sur ces sujets", et précisé n'être "ni dans la culpabilisation, ni dans la dramatisation".

Interrogée sur BFMTV mercredi soir, la sénatrice et déléguée nationale d'En marche !, Bariza Khiari, a dit vouloir retenir l'esprit du verbe d'Emmanuel Macron plutôt que sa stricte définition. "Je pense qu'il n'a pas utilisé le terme de crime contre l'humanité dans sa définition juridique (...), il a voulu dire que c'était un crime contre l'humain", a-t-elle jugé.