La scène qui s'est tenue lundi 5 août est inhabituelle. François Hollande, accompagné d'un seul conseiller, traverse le hall de l'immeuble du Monde, à Paris, pour y rejoindre une dizaine de journalistes du quotidien autour d'un plateau-repas. Pas dans le cadre d'une interview en bonne et due forme, non, mais pour un simple déjeuner. Avec tout de même une règle d'or : les conversations qui s'y tiennent sont "off", c'est-à-dire destinées à rester privées.

Surprenant dans sa forme, cet entretien s'inscrit pourtant dans la continuité des relations que le chef de l'Etat cultive avec les journalistes. Francetv info en a interrogé quelques-uns, habitués à couvrir l'actualité du palais de l'Elysée.

"Hollande a construit sa vie en parlant aux journalistes"

De l'avis de tous, les confidences glissées par le président une fois les micros et les caméras éteintes sont monnaie courante. "François Hollande a toujours aimé converser avec les journalistes. La politique nationale et internationale, les grandes questions d'actualité... Il adore discuter de tous ces sujets avec eux", explique un journaliste couvrant l'actualité présidentielle pour un quotidien national. "Que ce soit après une conférence de presse ou lors d'un déplacement dans l'avion présidentiel, il n'hésite pas à s'attarder pour échanger", confirme Frédéric Gerschel, grand reporter au Parisien/Aujourd'hui en France.

Ce mode de relation n'est pas né lors de son arrivée à l'Elysée. "Hollande a construit sa vie politique en parlant aux journalistes, continue Gerschel. De son poste de porte-parole de Jacques Delors en 1995 à son arrivée à l'Elysée, il a toujours fonctionné comme cela. Déjà, lorsqu'il était premier secrétaire du PS, il donnait son portable aux journalistes politiques. Il n'a d'ailleurs pas changé de numéro !"

Pas de tacles aux adversaires

Se sert-il de ces discussions pour glisser une confidence croustillante ou tacler ses opposants ? "Ce n'est pas son genre, assure un spécialiste de l'actualité présidentielle. Certains dirigeants ou ministres profitent des moments de 'off' pour lancer des vacheries, pas lui. Il préfère donner des éléments de contexte pour expliquer son action."

Le chef de l'Etat entretient d'ailleurs savamment la confusion entre son discours officiel et la confidence. "Je ne crois pas l'avoir déjà entendu employer le mot 'off', continue le spécialiste de l'actualité élyséenne interrogé par francetv info. Il préfère laisser à ses interlocuteurs le soin d'interpréter ce qui est destiné à être rendu public et ce qui relève du commentaire. C'est une méthode très 'hollandaise', finalement !" s'amuse le journaliste.

Un autre moyen de reconquérir le cœur des Français

Pour François Hollande, ces moments d'échange informel avec les journalistes sont essentiels. "Ce n'est pas le seul aspect de la communication présidentielle, mais c'est un élément important, reconnaît un proche du chef de l'Etat interrogé par francetv info. Cela permet de parler librement et de rentrer dans le fond des sujets, sans craindre que chaque phrase soit décortiquée mot à mot." 

En ligne de mire, pour le président à la peine dans les sondages : la reconquête de l'opinion. "Hollande explique son impopularité par le manque de résultats immédiats de sa politique, mais aussi par une forme d'incompréhension qu'il suscite chez les Français, raconte le journaliste qui couvre l'actualité présidentielle. Il est du coup convaincu que plus il explique ses décisions, plus il est susceptible de tisser à nouveau un lien avec l'opinion."

"Hollande a les yeux de Chimène pour 'Le Monde' !"

Dans cette optique, des rencontres sont fréquemment organisées à l'Elysée entre le chef de l'Etat et les journalistes. "Régulièrement, ses conseillers invitent le rédacteur en chef d'un journal, le chef de service, ainsi que deux ou trois journalistes pour évoquer les dossiers chauds du moment", explique Frédéric Gerschel, du Parisien, qui précise que ce type de discussion informelle se pratiquait tout autant sous la présidence de Nicolas Sarkozy. 

Mais Hollande a aussi ses chouchous. "Il a les yeux de Chimène pour Le Monde, s'amuse Gerschel. C'est un quotidien qu'il adore, et qu'il lit de bout en bout." Au point de le privilégier au moment d'organiser le déjeuner "off" du lundi 5 août ? Pas vraiment, assure-t-on à l'Elysée. "Nous avions déjà organisé une rencontre, et Le Monde a voulu retourner l'invitation", explique un membre de l'entourage de François Hollande, joint par francetv info.

"Nous n'excluons pas de renouveler l'expérience si une autre rédaction nous invite, mais cela restera exceptionnel", ajoute-t-il.