Un mois et demi qu'on ne l'avait plus entendu. Après une longue abstinence médiatique, François Fillon a fait sa rentrée politique à Rouez (Sarthe), mercredi 28 août. Entouré de 200 proches - dont une centaine de parlementaires -, l'ancien Premier ministre a voulu donner une image studieuse, en organisant un "séminaire de travail" en petit comité. Et s'il s'en défend, celui qui est redevenu simple député en juin 2012 multiplie les signes d'une entrée en campagne bien précoce pour 2017.

1Il dévoile déjà ses propositions

François Fillon a décidé de ne pas perdre de temps. Alors que l'UMP ne devrait pas organiser sa primaire présidentielle avant l'automne 2016, l'ancien pensionnaire de Matignon sculpte déjà les contours de son projet. Sortie définitive des 35 heures, baisse massive des charges sociales, augmentation de la TVA, suppression de l'impôt sur la fortune, réduction du nombre de fonctionnaires, recul de l'âge de départ à la retraite à 65 ans, mais aussi référendum sur la fusion des régions et des départements, diminution du nombre de parlementaires, construction de nouvelles prisons… Fillon multiplie ses propositions. 

Pour "sortir de la régression qui nous mine depuis un quart de siècle, il faut une thérapie de choc", plaide l'ancien chef du gouvernement. Ne fait-il pas cependant preuve d'un peu d'empressement, à présenter des propositions à trois ans et demi de la prochaine présidentielle ? "François est un coureur de fond. Et puis s'il ne faisait pas de propositions dès maintenant, on le lui reprocherait", fait valoir l'ancien ministre Eric Woerth. "Le redressement ne s'improvise pas, défend lui-même François Fillon. Nous avons un travail de crédibilité à accomplir." 

2Il développe son écurie personnelle

Sur la forme, François Fillon sait qu'il ne pourra pas compter sur l'UMP pour faire sa promotion. "Même si Copé claironne sur tous les toits qu'il a mis en place une direction collégiale, c'est quand même lui le patron, et vous imaginez bien qu'il ne va rien faire pour faciliter la tâche de Fillon", euphémise un parlementaire filloniste.

L'ancien Premier ministre l'a bien compris, et a donc décidé de s'appuyer sur sa propre structure, Force républicaine, pour "trouver les moyens de [s]on action politique". Née il y a quelques mois, l'association compterait déjà "près de 10 000 adhérents""Ce n'est qu'un début", prévient un cadre. Avant de partir en vacances, François Fillon a nommé des délégués dans chaque département. "Le but, c'est de couvrir tout le territoire, pour relayer et expliquer partout le projet de François Fillon", explique ce cadre de Force républicaine. Et, accessoirement, de lever des fonds pour financer la campagne. "Nous avons engagé une aventure collective qui ne fait que commencer, avertit Fillon, et que j'ai bien l'intention de mener vers son but ultime : réussir l'alternance politique." 

3Il prépare un véritable tour de France

En bon candidat, François Fillon va aussi s'attacher à sillonner l'Hexagone "en long, en large et en travers" dans les prochains mois, selon son entourage. Un tour de France qu'il va débuter par un meeting à Saint-Raphaël (Var), vendredi 30 août.

"Je le fais déjà depuis plusieurs mois, hors caméras et hors micros, car sinon, la rencontre perd de son authenticité, précise Fillon. J'attends du terrain des propositions concrètes pour oxygéner notre société." Ce tour de France, c'est  à ses yeux "la meilleure préparation" pour être candidat à l'élection présidentielle.

4Il se confie dans la presse people

Autre passage incontournable pour le candidat Fillon : les confidences dans la presse people. En marge de son séminaire de rentrée, l'ancien Premier ministre a accordé un long entretien à Paris Match. Une interview "peopolitique" dans la plus pure tradition, dans laquelle François Fillon, qui a toujours proclamé son rejet de la "communication politique", se confesse sur sa personnalité, son ambition, ses loisirs, ses passions, son couple, ses enfants et petits-enfants… Et de prendre la pose avec femme et enfants pour illustrer le tout.

"La politique est aussi une forme de spectacle. Ce genre d'interview, ça fait partie du job", avance l'ancien secrétaire d'Etat Pierre Lellouche. "On est au XXIe siècle. Il faut bien un peu briser la cuirasse, fendre l'armure, acquiesce Eric Woerth. François doit montrer aux Français qui il est." Et le faire dès 2013, alors que la présidentielle n'aura lieu qu'en 2017 ? "Mieux vaut qu'il le fasse maintenant qu'en 2018 !", sourit Woerth.

5Il écrit un livre

Son travail de candidat passe aussi par l'écriture d'un livre, qu'il a commencé à rédiger cet été. Nicolas Sarkozy avait publié Témoignage en 2006, François Hollande avait écrit Le Rêve français en 2011… François Fillon, lui, n'a pas encore arrêté le titre de son futur ouvrage. Mais le livre "mêlera mon histoire personnelle, mon regard sur le passé et mon projet politique à l’aune des témoignages recueillis sur tout le territoire", précise François Fillon. Publication prévue à l'automne 2014, deux ans avant la primaire de l'UMP pour l'élection présidentielle.