Opération remobilisation. Le Premier ministre va profiter de sa réponse à une motion de censure déposée par l'opposition pour se livrer, dans un discours à l’Assemblée mercredi 20 mars, à "une explication de fond devant l'opinion publique". De plus en plus bas dans les sondages et critiqué jusque dans son camp, Jean-Marc Ayrault avait annoncé attendre "avec impatience" ce moment. Mais ça, c'était avant la démission du ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, qui lui complique un peu plus la tâche. Le Premier ministre devra défendre sa politique sans éluder l'affaire.

Comment réussir cet exercice ? Francetv info a interrogé plusieurs communicants sur la question. Tous préviennent que tant que la situation économique sera aussi tendue, l’exécutif aura du mal à convaincre. Mais prodiguent tout de même quelques conseils que le Jean-Marc Ayrault ferait bien de suivre.

1Parler de Cahuzac, pour brandir l'exemplarité

La démission du ministre du Budget ne devrait pas trop modifier le discours que le Premier ministre avait préparé. En tout cas, ce n'est pas dans son intérêt. "Il ne faut pas qu'il donne l'impression que le départ de Jérôme Cahuzac change tout. Donner trop d'importance à cette affaire laisserait apparaître que le gouvernement est affaibli", explique Arnaud Mercier, chercheur en communication à l'université de Lorraine. Au contraire, Jean-Marc Ayrault peut tourner l'événement en sa faveur. "Il peut présenter cette démission comme une preuve de l'exemplarité de l'exécutif", suggère le politologue Stéphane Rozès. Exemplarité qui était l'un des engagements de campagne de François Hollande. 

2 Charpenter son discours, pour clarifier sa vision

"Où va-t-on ?" C'est à cette question délicate que le Premier ministre va devoir répondre. Après dix mois à la tête du gouvernement, sa politique ne semble toujours pas guidée par "une ligne directrice", résume Arnaud Mercier. Pour expliquer son action, Jean-Marc Ayrault doit fournir un discours bien charpenté et être précis sur les solutions qu'il propose. "Il ne suffit pas de dire qu'on va réduire les déficits", estime Claude Posternak, communicant et patron de l'agence La Matrice. "Ses objectifs concernant le long terme doivent être plus clairs", ajoute Stéphane Rozès.

3 Marteler ses grands principes, pour imprimer son action

"La France engage des réformes en profondeur ; pourtant, ça ne se sait pas", a déploré le Premier ministre samedi, depuis le Québec, relate Libération. Il semble que son action n'imprime pas. Pourquoi ? Parce qu'il la formule mal. "Il manque de sémantisation, décrypte Claude Posternak. Il faut nommer ce que l'on fait." Pour mieux faire passer son message, Jean-Marc Ayrault doit "articuler son action autour de quelques grands principes martelés”, conseille Arnaud Mercier. "Par exemple, le slogan du 'nouveau modèle français', c'était une bonne idée", estime Claude Posternak.

4 Endosser le costume du chef, pour éviter les couacs

Jean-Marc Ayrault devra être "plus mordant qu'à son habitude s'il veut marquer les esprits, estime le coach vocal Jean Sommer. Il fait trop 'honnête homme' dans son attitude, il doit endosser son rôle de chef". Il n'y a pas que dans sa contenance que le Premier ministre est appelé à se rehausser. Après plusieurs sorties non contrôlées de ses ministres, on attend de lui un regain d'autorité. "Il faut qu'il mette fin à tous ces couacs, juge Arnaud Mercier, parce que là, on a l’impression que ça part à vau-l’eau."  Cette attente se fait aussi sentir dans son parti : "Nous attendons du Premier ministre le discours d'un chef, d'un patron de majorité qui sait où il va", a déclaré le porte-parole des députés socialistes, Thierry Mandon. 

5 Être plus dynamique mais sincère, pour rester crédible

Si les discours du Premier ministre n'impriment pas, c'est aussi parce que sa timidité lui fait perdre en dynamisme. "Il n'est pas assez stimulant dans son intonation", observe Jean Sommer, qui lui conseillerait de sortir de la monotonie avec "plus d'attaques, de respirations et d''intention". Mais "inutile de forcer le trait pour paraître plus enjoué s’il ne l’est pas naturellement", prévient Arnaud Mercier. Le communicant cite un contre-exemple : "Quand Edouard Balladur a cherché à se donner une image plus détendue à la fin de sa campagne en 1995, personne ne la cru""On n'est pas dans la comedia dell'arte", rappelle Claude Posternak. Avant d'être fort sur la forme, le Premier ministre devra surtout être clair sur le fond.