"Taubira a désormais une vraie capacité de nuisance envers Hollande"

La ministre de la Justice a annoncé, mercredi, sa démission du gouvernement. Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive, analyse les conséquences de ce départ sur la fin du quinquennat de François Hollande.

Christiane Taubira et François Hollande sur le perron de l'Elysée, le 21 octobre 2015.
Christiane Taubira et François Hollande sur le perron de l'Elysée, le 21 octobre 2015. (NIVIERE / SIPA)
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Propos recueillis parFrance Télévisions

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"Parfois résister, c'est rester, parfois résister, c'est partir", a déclaré Christiane Taubira dans un tweet. La garde des Sceaux a quitté le gouvernement, mercredi 27 janvier, après trois ans et demi passés place Vendôme. Cette démission arrive après un désaccord avec François Hollande autour de la déchéance de nationalité pour les Français binationaux. Pourtant la ministre de la Justice avait été chargée de présenter la réforme constitutionnelle contenant cette mesure qu'elle ne trouvait "pas souhaitable". Finalement, le Premier ministre, Manuel Valls, la présentera seul devant l'Assemblée nationale mercredi.

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Quelles conséquences cette démission peut-elle avoir sur la fin du quinquennat de Fançois Hollande ? Francetv info a posé la question à Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion d'Harris Interactive.

Francetv info : Pourquoi la démission de Christiane Taubira intervient-elle maintenant ?

Jean-Daniel Lévy : Cette démission, c'est une manifestation d’indépendance de la part de Christiane Taubira, et non pas un désaveu de la part de François Hollande à son encontre. C’est elle qui démissionne, elle n’a pas subi la pression exercée sur Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti au moment de leur départ du gouvernement. D’après les raisons évoquées dans son tweet, le lien avec la déchéance de nationalité ne fait pas de doute.

Elle n’a pas choisi son timing par hasard. Aujourd’hui, c’est le premier jour de présentation du texte de la réforme constitutionnelle, qu’elle aurait pu porter parce qu’il relève de ses compétences. C’est le moment où elle aurait pu guider la manière dont les Français verraient ce débat. Mais elle choisit de partir.

La décision de cette icône de la gauche est-elle un coup dur pour le gouvernement ?

Oui, parce que c’était une ministre très populaire auprès des électeurs de gauche. C’était la ministre préférée des sympathisants du Front de gauche, la troisième pour les électeurs d’Europe Ecologie-Les Verts et la quatrième pour les soutiens du PS. Elle a porté plusieurs textes, mais maintenant, celui sur le mariage pour tous est derrière nous. Cette démission va créer un vrai trouble chez des partisans de la gauche.

C’était une figure importante du gouvernement, donc cela va poser un problème à François Hollande car il doit maintenir un équilibre. A présent, il doit faire contre mauvaise fortune bon cœur et donner l’image d’un président de la République qui sait où il va et qui ne s’arrête pas aux difficultés. Même si elles apparaissent au sein de son propre camp. Et si on regarde bien, il y a d’autres personnes au gouvernement qui peuvent combler le vide laissé par Christiane Taubira.

Sa démission peut-elle avoir des conséquences sur la présidentielle de 2017 pour François Hollande ?

Oui. Cela peut nuire à son image parce que la président de la République est relativement seul. Or, un des enjeux pour lui est d’être perçu positivement par l’ensemble de la gauche. Et cette démission est le signe qu’il ne parvient pas à la rassembler car Christiane Taubira était une voix forte de la gauche. Cela ajoute une pression supplémentaire sur lui, exercée depuis l’extérieur de son camp.

D’autant plus que l’ancienne garde des Sceaux a une vraie capacité de nuisance. Elle risque d’insister pour qu’une primaire de la gauche soit organisée en prévision de présidentielle de 2017. Dans ce cas, François Hollande devra affronter de véritables concurrents. L'enjeu, maintenant, c’est de voir sa capacité à rassembler la gauche, seul.