Pourquoi Christiane Taubira a décidé de quitter le gouvernement

La garde des Sceaux a remis sa démission, mercredi, à François Hollande avant qu'elle ne défende la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité qu'elle n'approuvait pas. 

Christiane Taubira, Manuel Valls et François Hollande, lors d'une cérémonie d'hommage à Petit-Palais (Gironde), le 27 octobre 2015.
Christiane Taubira, Manuel Valls et François Hollande, lors d'une cérémonie d'hommage à Petit-Palais (Gironde), le 27 octobre 2015. (UGO AMEZ / SIPA)
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Le numéro d'équilibriste de Christiane Taubira a pris fin. Après de multiples désaccords et désaveux, la garde des Sceaux a remis sa démission à François Hollande, mercredi 27 janvier. 

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Le chef de l'Etat et la garde des Sceaux "ont convenu de la nécessité de mettre fin à ses fonctions au moment où le débat sur la révision constitutionnelle s'ouvre à l'Assemblée nationale, aujourd'hui (mercredi) en commission des Lois", écrit l'Elysée dans un communiqué.

Francetv info revient sur les raisons qui ont poussé ce poids lourd du gouvernement à jeter l'éponge.

Parce qu'elle ne voulait pas défendre la déchéance de nationalité 

Comment défendre une réforme qu'elle n'approuve pas ? C'était l'impossible dilemme auquel était confronté la garde des Sceaux, après la décision prise par François Hollande de proposer l'inscription de la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux dans la réforme constitutionnelle.

Une proposition faite devant le Congrès, en novembre, par François Hollande – sans consultation de la ministre de la Justice, selon Le Monde –  et qu'elle désapprouve publiquement, sûre qu'elle ne sera pas proposée. Interrogée par une radio algérienne, elle se dit en effet "persuadée que c'est une décision qui ne peut avoir d'efficacité dans la lutte contre le terrorisme". 

Problème : Manuel Valls clôt le débat en annonçant le maintien de cette mesure dans la réforme constitutionnelle. Un désaveu insurmontable pour la ministre, qui se retrouvait désormais en position de défendre, devant l'Assemblée nationale, une mesure qu'elle avait publiquement dénoncée. Pour tenter de sortir de la polémique, le Premier ministre a toutefois changé de position, mercredi, en annonçant que cette extension de la déchéance ne figurerait ni dans la Constitution, ni dans la loi ordinaire.

Parce que ce n'est pas son premier désaccord
sur la justice avec Valls et Hollande

Ce clash est le dernier d'une longue série, mais à chaque fois, Christiane Taubira est restée en poste. En 2013, Manuel Valls est alors ministre de l'Intérieur et ses relations sont déjà tendues avec la garde des Sceaux. Dans une lettre à François Hollande, il torpille la réforme pénale de la ministre de la Justice, et réclame l'arbitrage du chef de l'Etat. La lettre fuite dans la presse, et Manuel Valls est contraint de préciser qu'ils vont continuer à travailler ensemble, sans que ni l'un ni l'autre ne démissionnent. 

Autre passe d'armes, en juin 2015. Lors d'un entretien sur RMC, Christiane Taubira menace de quitter le gouvernement si son projet de loi sur la justice des mineurs n'est pas présenté au Parlement. Un coup de pression qui n'a pas porté ses fruits puisque, sept mois plus tard, cette réforme ne figure toujours pas à l'ordre du jour, et a toutes les chances de passer à la trappe, selon Europe 1. C'est peut-être cette perspective qui a également poussé Christiane Taubira à prendre sa décision. 

Parce qu'elle dénonçait la dérive droitière du gouvernement

Christiane Taubira a toujours incarné la caution de gauche du gouvernement, n'hésitant pas à faire entendre sa voix dissonante face au discours du gouvernement. Exemple, en avril, la ministre avait ainsi fustigé une dérive "de droite" du gouvernement. "La gauche a adopté les mots de la droite, c'est une faute", avait-elle déclaré dans L'Obs. Des propos que le Premier ministre n'a pas appréciés. "J'aimerais qu'on me dise quels sont les mots de droite qu'utilise la gauche", avait lancé Manuel Valls à sa ministre, selon Le Figaro. "Laisse, je t'expliquerai plus tard", lui aurait répondu la garde des Sceaux.

Plus tôt dans le quinquennat, et alors qu'un vent de défiance souffle dans les rangs du Parti socialiste, Christiane Taubira s'affiche, en juin 2014, aux côtés des frondeurs, réunis à La Rochelle (Charente-Maritime) à l'occasion du lancement de leur collectif Vive la gauche. "Nous avons laissé les Français se démoraliser. Aujourd'hui, nous n'avons pas le choix, nous devons refaire place à la politique", explique-t-elle, se disant prête à "assumer les conséquences" de sa visite.

A chaque clash, ou prise de position divergente de celle du gouvernement, Christiane Taubira est pourtant restée en poste, à la différence de Benoît Hamon, Aurélie Filippetti et Arnaud Montebourg, qui ont été poussés vers la sortie. Pourquoi cette différence de traitement ? "Le gouvernement a sans doute besoin d’elle parce qu’elle est le symbole d’une pensée qui est l’antithèse de la politique gouvernementale en termes de valeurs et de libertés", expliquait à francetv info le député PS Pouria Amirshahi, ami de Christiane Taubira. Un symbole que François Hollande a cherché à conservé le plus longtemps possible, dans le but de rassembler la gauche lors de la présidentielle de 2017. 

Parce qu'elle pense aussi à l'après

Quitter le gouvernement, et après ? Difficile d'imaginer que Christiane Taubira se mure dans le silence et refuse de commenter l'action du gouvernement après son départ. Sa démission à peine remise au président de la République, certains à gauche, comme le député EELV Yannick Jadot, l'imaginent déjà candidate à la primaire de la gauche pour la présidentielle de 2017. 

Son nom a également été évoqué pour une nomination au conseil constitutionnel, a rapporté Ouest-France.