Une provocante de "Minute" contre Taubira : des mots choisis pour éviter une condamnation

L'hebdomadaire d'extrême droite ironise sur "la banane" de la ministre de la Justice, en la comparant à un singe. Une provocation néanmoins difficilement attaquable en justice, selon un avocat spécialiste.

La une de l'hebdomadaire d'extrême droite "Minute", datée du 13 novembre 2013.
La une de l'hebdomadaire d'extrême droite "Minute", datée du 13 novembre 2013. (FRANCETV INFO)
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Une fois de plus, l'hebdomadaire Minute suscite l'indignation. Quelques jours après qu'une candidate FN aux municipales eut comparé Christiane Taubira à un singe sur internet, le magazine d'extrême droite ironise sur "la banane" de la garde des Sceaux. "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane", titre Minute, en une de son numéro du 13 novembre.

La publication de la couverture sur le site internet du journal a aussitôt déclenché une vague de critiques dans les rangs du Parti socialiste. Le porte-parole des députés socialistes, Thierry Mandon, a appelé à "porter plainte sans délai", dans l'espoir d'obtenir une suspension des ventes. 

Harlem Désir, premier secrétaire du PS, s'est dit, via un tweet, "révolté par l'ignoble une de Minute". Il appelle à la saisie du numéro.

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) demande également au parquet d'ouvrir des poursuites pour provocation à la haine raciale. "Dans un climat où les messages racistes ne cessent de se répandre, comment accepter que des milliers de kiosques diffusent cette 'une' abjecte ?" déclare ainsi son président Jonathan Hayoun dans un communiqué. "Il est urgent de mettre fin à cette recrudescence des propos haineux. La pénalisation de cette publication est une étape cruciale", ajoute-t-il.

Taubira ne veut pas porter plainte

Contacté par Le Lab, l'entourage de Christiane Taubira a toutefois fait savoir que la ministre n'engagerait pas d'action en justice, estimant que ce serait "faire augmenter les ventes de l'hebdomadaire de 10%". Ses proches se disent également convaincus que l'hebdomadaire a élaboré cette une en s'entourant des conseils d'un avocat.

Une analyse partagée par Richard Malka, avocat spécialiste du droit de la presse contacté par francetv info. "Ce titre de une a été choisi pour éviter une condamnation. Les choses sont compliquées car les phrases en elles-mêmes sont anodines. Elles font partie du langage courant. La charge ne se comprend qu'avec le contexte, et c'est le contexte qui fait que le message est horrible."

D'autre part, estime celui qui a notamment défendu Charlie Hebdo dans l'affaire des caricatures de Mahomet, "cette attaque ne porte que sur Taubira. Il ne s'agit donc pas de diffamation raciale ni d'incitation à la haine." Selon lui, la meilleure réplique pour la ministre, c'est "l'indifférence et le mépris"