Alors que la campagne pour le second tour des législatives s'achève, les candidats à la députation ont, pour la plupart, la même technique : d'une part, promettre de défendre les positions de leur parti politique à Paris en soutenant ou en s'opposant au gouvernement ; d'autre part, répondre aux attentes locales de leurs électeurs. 

Si les candidats promettent souvent monts et merveilles pour leur circonscription - de la nouvelle clinique à la création d'un centre de formation d'apprentis, de l'aménagement d'une nouvelle route à la mise en place d'une maison de santé... -, leur pouvoir à l'échelon local est-il si important que cela ?

Député des Yvelines de 1993 à 2010, Pierre Cardo (UMP) est bien placé pour savoir que les administrés attendent beaucoup de leur député : "Lorsqu'il y a un problème, le maire est le premier interlocuteur, le député vient en second. On pense qu'il est proche des ministres, qu'il fait et défait les lois, et que par conséquent - un peu comme s'il avait une baguette magique -, on va pouvoir lui demander des tas de choses : un logement, du travail..."

Des enveloppes pour financer des projets locaux

S'il ne peut pas tout, le député peut quand même beaucoup. Elu depuis 2002, le Saumurois Michel Piron (UMP) estime que "le travail à Paris est indissociable du travail en circonscription : si on vote de mauvaises lois, on peut en subir les conséquences à l'échelon local. A l'inverse, prenez l'exemple de la loi Borloo de 2003 : la voter à Paris a permis d'importants chantiers de rénovation urbaine dans des quartiers de ma circonscription." 

Autre levier important pour les députés au niveau de leur circonscription : la "réserve parlementaire". Un droit qui leur permet d'aider des associations ou des collectivités à obtenir des subventions ministérielles, à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d'euros par an. "Entre 2007 et 2012, j'ai ainsi pu soutenir 96 projets d'intérêt général, de la rénovation d'une salle de classe à la remise en état d'une station d'épuration en passant par la mise en place d'une laverie collective", énumère Michel Piron, même si le fonctionnement de la réserve parlementaire est bien souvent sujet à polémique, comme le soulignait Le Lab.fr en mars.  

"Un mandat qui vous donne des accès aux bons interlocuteurs"

Elu à Chalon-sur-Saône, le socialiste Christophe Sirugue voit également le député comme "un intermédiaire. C'est un mandat qui vous ouvre des portes, qui vous donne des accès aux bons interlocuteurs". Michel Piron en sait quelque chose : "Quand j'ai été élu en 2002, l'autoroute était bloquée entre Angers et Tours, notamment par la faute des écologistes. Avec plusieurs collègues, on a fait remonter le dossier, puis on a eu un rendez-vous avec le ministre des Transports, Gilles de Robien, un autre avec le directeur des routes... Et le dossier a fini par être débloqué." Le tronçon en question ouvre début 2007.

Dans la même veine, le député ardennais Jean-Luc Warsmann (UMP) explique sans complexe sur son site internet comment il a, auprès de l'ancien secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Artisanat Frédéric Lefebvre, "fait valoir l'importance de la mise en place de nouveaux crédits pour aider le tissu économique de l’arrondissement de Vouziers". "Cette démarche a été couronnée de succès", se félicite Warsmann, indiquant que le ministère a débloqué une subvention de près de 246 430 euros à la communauté de communes concernée, "pour maintenir dans les trois années à venir les dispositifs de soutien à l’artisanat et au commerce".

"Dans l'opposition, il vous faut batailler trois fois plus !"

Un autre député UMP sortant relève cependant qu'"il est clairement plus facile d'obtenir des rendez-vous et recevoir des subventions quand on est élu dans la majorité. Quand vous êtes dans l'opposition, il vous faut batailler trois fois plus !" 

Le député béarnais Jean Lassalle, lors de sa grève de la faim à l'Assemblée, en avril 2006.
Le député béarnais Jean Lassalle, lors de sa grève de la faim à l'Assemblée, en avril 2006. (BERTRAND GUAY / AFP)

L'élu béarnais Jean Lassalle en sait quelque chose. Début 2006, il s'engage au côté des 150 salariés d'une usine de sa circonscription, que les dirigeants comptent délocaliser dans un bassin industriel situé 65 kilomètres plus loin. Mais la situation patine. Pour se faire entendre, il décide d'entamer une grève de la faim au sein même du Palais Bourbon. En cinq semaines, il perd 20 kg. Mais il faut attendre son hospitalisation d'urgence pour que le président, Jacques Chirac, et le Premier ministre, Dominique de Villepin, s'emparent du dossier et parviennent à conclure un accord pour le maintien de l'activité sur le site béarnais. Six ans plus tard, l'usine est toujours sur place.