Voter Hamon, Mélenchon ou Macron : le casse-tête des électeurs de gauche avant le premier tour de la présidentielle

Les électeurs de gauche ont rarement vécu une telle torture avant de désigner leur candidat favori à l'élection présidentielle, perdus entre "vote utile", sondages cruels et profils atypiques. Franceinfo illustre leur indécision en gifs.

Des affiches de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron, le 10 avril 2017 à Paris.
Des affiches de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron, le 10 avril 2017 à Paris. (DENIS ALLARD / REA)
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Vincent LenoirfranceinfoFrance Télévisions

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Hamon, Macron ou Mélenchon ? Le choix risque d'être difficile pour les électeurs de gauche, au moment de glisser leur bulletin dans l'urne, dimanche 23 avril, pour le premier tour de l'élection présidentielle. L'incertitude sur l'issue de l'élection peut vite mener au casse-tête pour ces électeurs soucieux de faire le meilleur choix pour leur camp. Faut-il voter pour son candidat préféré ou élaborer une stratégie en vue du second tour ? Qui représente le mieux l'avenir de la gauche ?

Franceinfo résume en gifs la torture mentale d'une grande partie des habituels électeurs de la gauche.

"J'ai trop peur d'un duel Fillon-Le Pen, je vote Macron..."

Pour beaucoup, l'angoisse de cette élection serait de devoir choisir entre les bulletins "Fillon" et "Le Pen" dimanche 7 mai, au second tour de la présidentielle. Pas sûr que beaucoup d'électeurs de gauche soient prêts à revivre la douloureuse expérience de la présidentielle de 2002 et l'élimination de Lionel Jospin au premier tour au profit de Jean-Marie Le Pen. Alors, comment limiter la casse ? Certains envisagent de jeter leur dévolu sur le candidat d'En marche !, ancien ministre d'un gouvernement socialiste, et favori face à n'importe qui s'il parvient à se hisser au second tour. 

"... mais Macron, il n'est pas vraiment de gauche..."

Même si Emmanuel Macron a reçu le soutien de nombreux poids lourds socialistes, comme celui de l'ancien Premier ministre Manuel Valls ou du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, de nombreux électeurs restent sceptiques face au programme économique d'Emmanuel Macron. Ce dernier était à Bercy au moment du vote de la loi Travail, vivement critiquée par une partie de son camp.

Le candidat d'En marche ! a d'ailleurs fait de son non-positionnement au sein du clivage gauche-droite un de ses arguments de campagne, et ce dès le lancement de son mouvement au premier semestre 2016. La liste de ses soutiens, allant de Robert Hue à BHL, compte Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand et Alain Minc, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. De quoi laisser perplexe un farouche électeur socialiste.

"... du coup, je vote Hamon..."

Sorti grand vainqueur de la primaire organisée par le Parti socialiste et ses alliés, Benoît Hamon jouit également de son statut de "frondeur" après sa démission du gouvernement en août 2014 et son opposition à la trajectoire économique prise par les gouvernements Valls. 

Les idées développées lors de la primaire, comme sa proposition de revenu universel ou le passage à la VIe République, ont séduit "une nouvelle génération d'électeurs de gauche", estime le politologue Olivier Ihl auprès de franceinfo. Il incarne cette nouvelle génération qui vient, selon ce professeur de sciences politiques, "sanctionner la politique du gouvernement".

"... mais il est à 8% dans les sondages..."

C'est le scénario que le candidat socialiste tente de combattre dans presque toutes ses prises de parole : éviter le vote "utile" au bénéfice de ses concurrents qui l'ont largement distancé dans les sondages. Benoît Hamon a vu sa cote s'effondrer au cours des dernières semaines, passant de plus de 15% d'intentions de vote après la primaire à un abyssal 8% à quelques jours du premier tour.

La dynamique ne s'est jamais enrayée, chaque nouveau sondage donnant Benoît Hamon toujours plus loin par rapport à ses adversaires. A tel point que beaucoup ne croient plus en ses chances de rebond et sont tentés d'aller voir ailleurs pour éviter la défaite de la gauche, comme ces sympathisants rencontrés par franceinfo à Villeurbanne (Rhône)

"... alors je vote Mélenchon..."

Le grand bénéficiaire de la dégringolade du candidat socialiste dans les sondages semble bien être le champion de la France insoumise. Les intentions de vote au profit de Jean-Luc Mélenchon n'ont cessé d'augmenter quand celles de son homologue chutaient, aidées, semble-t-il, par ses prestations lors des deux débats télévisés. D'où il est à chaque fois sorti comme le "candidat le plus convaincant".

A la différence de 2012, où il avait légèrement dépassé les 11% au premier tour, l'ancien représentant du Front de gauche a opéré un virage écologique remarqué et modernisé ses méthodes de campagne, en investissant les réseaux sociaux ou encore en utilisant ses fameux hologrammes lors de ses meetings.

"... mais son programme me fait un peu peur."

Depuis sa percée et l'hypothèse d'une présence au second tour, Jean-Luc Mélenchon semble avoir suscité une vague d'effroi chez de nombreux observateurs. Plusieurs éditorialistes et journaux ont exprimé leur inquiétude alors que l'ancien socialiste flirte désormais avec les 20% et talonne les favoris, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Même les capricieux marchés financiers donnent l'impression de craindre la percée du candidat de la France insoumise, comme le rapporte France 24

Sortie des traités européens, augmentation de la dépense publique de centaines de milliards d'euros sont autant de propositions qui peuvent empêcher certains électeurs de gauche de faire le choix du bulletin "Mélenchon", tout comme ses positions sur le conflit syrien. Benoît Hamon l'a d'ailleurs bien compris et s'échine désormais à mettre en avant ses différences avec lui sur la politique étrangère et européenne.

"Bon, ben… on verra dans l'isoloir."

Si ces électeurs de gauche font partie des 28% d'électeurs qui n'ont pas encore arrêté leur choix à moins d'une semaine du scrutin selon l'enquête du Cevipof, ils peuvent toujours attendre le dernier moment pour faire leur choix, à l'abri d'interminables argumentations de leurs proches tentant à tout prix de les faire pencher pour leur candidat préféré. En attendant, il reste quelques heures pour réviser les programmes de Benoît Hamon, de Jean-Luc Mélenchon ou d'Emmanuel Macron. Et même ceux de Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou