Le week-end où Arnaud Montebourg a secoué le gouvernement, en quatre actes

Le ministre de l'Economie a sévèrement critiqué la politique de l'exécutif lors de sa Fête de la rose, dimanche, précipitant la démission du gouvernement le lendemain.

Les ministres Arnaud Montebourg et Benoît Hamon à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), le 24 août 2014.
Les ministres Arnaud Montebourg et Benoît Hamon à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), le 24 août 2014. (JEFF PACHOUD / AFP)
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Il a passé le week-end à secouer le gouvernement, jusqu'à provoquer sa chute. Samedi, dans la presse d'abord, puis dimanche lors de sa Fête de la rose, dans son fief de Saône-et-Loire, le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, a appelé à sortir de la politique de réduction des déficits, visant implicitement l'exécutif auquel il appartient. Lundi matin, Manuel Valls a réagi en présentant la démission de son gouvernement. Retour en quatre actes sur ces deux derniers jours mouvementés.

Samedi, Montebourg entame les hostilités dans la presse

Ce n'est pas une surprise : concernant la politique économique de la France, le ministre de l'Economie n'est pas exactement sur la même ligne que Manuel Valls et le gouvernement. Début juillet déjà, présentant sa feuille de route pour le redressement économique, il avait appelé à redistribuer un tiers des économies budgétaires aux ménages via des baisses de prélèvements.

Samedi, c'est dans une interview au Monde (article payant) que l'actuel pensionnaire de Bercy a remis sur la table ce sujet qui fâche. "Les choix politiques ne sont pas figés", assure-t-il, appelant à "faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits""Il est urgent d'aider les ménages" en intensifiant "les baisses d'impôts concernant les classes moyennes et populaires".

Le lendemain, dans Le Parisien, Montebourg reçoit un soutien au sein du gouvernement, celui du ministre de l'Education, Benoît Hamon, qui affirme que son collègue et lui ne sont "pas loin des frondeurs" du PS, qui remettent en cause frontalement la politique de François Hollande et Manuel Valls.

"Rien de choquant", assurent Matignon et l'Elysée

En visite aux Comores, le président de la République réagit, samedi, aux propos du ministre, et s'efforce de donner l'image d'une unité : "Je souhaite que nous puissions convaincre nos partenaires européens de donner une priorité à la croissance. Tous ceux qui portent cette idée sont les bienvenus et c'est la position de tout le gouvernement." 

Le cabinet de Manuel Valls à Matignon insiste également sur l'effort commun de Montebourg et de l'exécutif pour changer "la donne européenne". Il n'y a donc "rien de choquant, rien de nouveau" dans les propos du ministre de l'Economie.

A la Fête de la rose, les "frondeurs" persistent et signent

Mais Arnaud Montebourg a prévu un deuxième acte dans son coup d'éclat : dimanche, il organise sa traditionnelle Fête de la rose, à Frangy-en-Bresse en Saône-et-Loire, avec comme invité d'honneur son camarade "pas loin des frondeurs" Benoît Hamon. Dans l'assistance, on trouve également certains des meneurs de cette fronde à l'Assemblée nationale, comme Jérôme Guedj ou Christian Paul.

Montebourg entame son discours en louant "les résultats" du travail accompli par le gouvernement, qui a permis de "reconstruire une puissance publique". "Je suis ministre de l'Economie, je ne suis pas frondeur."

Mais il poursuit en demandant "une inflexion majeure de notre politique économique", qu'il dit d'ailleurs avoir proposée au Premier ministre et au président de la République. "Aujourd'hui, l'entêtement et l'obstination à poursuivre les politiques de réduction des déficits est une erreur qui risque d'être mortelle. Il faut avoir l'intelligence d'en sortir", lance-t-il, avant de réitérer son souhait d'une politique "trois tiers" qui rendrait un tiers des économies budgétaires aux ménages. Le point culminant de son discours est à retrouver dans cette vidéo.

L'entourage de Valls parle d'une "ligne jaune franchie"

Le soir même, ni l'Elysée, ni Matignon ne réagissent officiellement à la charge de Montebourg mais, par l'intermédiaire de son entourage, Valls déchaîne ses foudres sur son ministre de l'Economie. "On considère qu'une ligne jaune a été franchie dans la mesure où un ministre de l'Economie ne peut pas s'exprimer dans de telles conditions sur la ligne économique du gouvernement et sur un partenaire européen comme l'Allemagne."

"Le Premier ministre est décidé à agir", concluent ses proches. Le lendemain, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement.