Déchéance de nationalité : qui a compris ce que veut Alain Juppé ?

Depuis plusieurs jours, la position du maire de Bordeaux sur ce sujet sensible est assez difficile à cerner. Tentative d'explication.

Alain Juppé lors d'une visite à Amiens (Somme), le 16 décembre 2015.
Alain Juppé lors d'une visite à Amiens (Somme), le 16 décembre 2015. (DENIS CHARLET / AFP)
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Alain Juppé s'est-il pris les pieds dans le tapis lors de sa rentrée politique ? Très présent dans les médias depuis le dimanche 2 janvier afin de présenter son nouveau livre, Pour un Etat fort (éd. JC Lattès), et ses propositions sur la sécurité, l'ancien Premier ministre a dû s'expliquer plusieurs fois pour clarifier sa position sur la déchéance de nationalité.

Il faut dire que le débat en lui-même est parfois difficile à suivre entre la déchéance de nationalité pour les binationaux naturalisés français (déjà rendue possible par la loi), celle pour les binationaux nés français (proposée dans la réforme du gouvernement) et la déchéance pour tous (évoquée ces derniers jours comme une possibilité par certains responsables socialistes). Au milieu de tout cela, Alain Juppé a parfois eu du mal à faire comprendre sa position. Mercredi, c'est au bureau politique des Républicains que le maire de Bordeaux a tenté une nouvelle fois de clarifier sa ligne. Francetv info revient sur les explications entortillées d'Alain Juppé.

Il est prêt à voter une mesure qu'il juge peu utile

Dimanche. Dans son interview accordée au JDD, Alain Juppé semble d'abord tenir un véritable réquisitoire contre la réforme de la déchéance de nationalité proposée par le gouvernement : "Son efficacité sera faible, voire nulle (...). C’est un coup politique de François Hollande pour semer de la confusion dans le débat."

C’est un acte de mauvais gouvernement.

Alain Juppé

JDD

L'observateur avisé se dit alors qu'Alain Juppé s'oppose à la réforme, et pourtant le maire de Bordeaux affirme un peu plus loin dans l'interview qu'il voterait malgré tout le texte s'il était encore parlementaire, "à condition que le texte définitif se limite aux incriminations déjà prévues dans le Code civil pour la déchéance des Français binationaux naturalisés".

On commence à ne plus y voir clair. D'autant que certains lecteurs attentifs ajoutent de la contradiction à la confusion en indiquant qu'Alain Juppé se prononce dans son dernier livre pour "davantage de déchéances de nationalité pour les binationaux auteurs d'actes terroristes." Devant les accusations de contradiction, le conseiller du candidat Juppé, Gilles Boyer, intervient alors sur Twitter pour prendre la défense de son poulain en expliquant que ce dernier parlait, dans son livre, des déchéances de binationaux naturalisés français, comme la loi le permet déjà.

Pour résumer, Alain Juppé voterait donc la réforme présentée par le gouvernement qui prévoit d'étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français. Même s'il juge cette réforme "peu utile" et peu "efficace".

Lundi. Une position expliquée le lendemain sur France 2 par l'ancien Premier ministre.

Je ne vois pas de contradiction dans ma position.

Alain Juppé

France 2

Alain Juppé évoque "une mesure purement symbolique qui ne changera rien, ça n'empêchera aucun jihadiste de se faire sauter." Il se demande donc s'il fallait "mettre un symbole supplémentaire" dans la Constitution. "Je ne le crois pas", répond-il. Pourtant, s'il était parlementaire, il voterait la réforme, qui ne lui pose "pas de problème éthique", parce que le texte ne le "choque pas". En revanche, il place une ligne rouge sur une extension de la mesure à tous les français, y compris les "mononationaux".

Crimes ou délits ?

Mercredi. Alain Juppé semble avoir éclairci sa position, mais lors du bureau politique des Républicains, il s'est une nouvelle fois retrouvé à jouer les équilibristes. Nicolas Sarkozy a souhaité introduire des conditions à un éventuel soutien à la réforme, notamment l'extension de la déchéance de nationalité aux "délits de terrorisme" (comme la fabrication ou la détention d'explosifs), et non aux seuls crimes. Le projet de réforme de François Hollande ne prévoit pas d'aller jusque-là pour les binationaux nés en France, même si la loi actuelle le permet pour les binationaux naturalisés.

Une proposition que ne pouvait pas reprendre Alain Juppé, lui qui a plusieurs fois répété qu'il voterait le texte "à condition qu'on s'en tienne strictement aux incriminations actuelles du Code civil".  Il a donc rappelé, mercredi matin, sa position sur l'inefficacité de la déchéance, puis a exprimé son désaccord avec Nicolas Sarkozy... avant de finalement voter en faveur du texte soumis par ce dernier. "Il a dit qu'il était néanmoins d'accord sur tout avec Sarkozy, sauf sur l'extension aux délits", ont rapporté des témoins à l'AFP. Pour résumer, Alain Juppé a donc voté pour un texte avec lequel il était en grande partie en désaccord.