Comment des juges ont mis Sarkozy sur écoute (et découvert un possible trafic d'influence)

"Le Monde" affirme, vendredi 7 mars, que l'ancien président Nicolas Sarkozy et deux de ses anciens ministres, Claude Guéant et Brice Hortefeux, ont été placés sur écoute par la justice.

L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, le 27 août 2007, au palais de l'Elysée. 
L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy, le 27 août 2007, au palais de l'Elysée.  (THOMAS COEX / AFP)
avatar
France Télévisions

Mis à jour le
publié le

Une "affaire sans précédent", écrit Le Monde. Le quotidien affirme, vendredi 7 mars, que l'ancien président Nicolas Sarkozy et deux de ses anciens ministres de l'Intérieur, Claude Guéant et Brice Hortefeux, ont été placés sur écoute par la justice. Le point de départ d'un dossier retentissant. Francetv info vous explique toute l'affaire en sept phrases.

Au printemps 2013, des juges décident de mettre sur écoute l'ex-président de la République.

L'ancien président Nicolas Sarkozy, le 4 juin 2012, à Paris.
L'ancien président Nicolas Sarkozy, le 4 juin 2012, à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le 19 avril 2013, la justice ouvre une information judiciaire contre X pour "corruption", "blanchiment", "trafic d'influence" et "abus de biens sociaux". Il s'agit de déterminer si la Libye a participé au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Dans le cadre de cette enquête, selon Le Monde, les juges décident de placer sur écoute Nicolas Sarkozy, ainsi que Brice Hortefeux et Claude Guéant, deux de ses anciens ministres de l'Intérieur.

Ils découvrent que Nicolas Sarkozy a en fait deux téléphones.

Nicolas Sarkozy dans les tribunes du Parc des Princes (Paris), le 19 janvier 2014.
Nicolas Sarkozy dans les tribunes du Parc des Princes (Paris), le 19 janvier 2014. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Les magistrats découvrent que Nicolas Sarkozy possède un deuxième téléphone portable, acquis sous un faux nom. Il s'en sert pour communiquer avec son avocat, Thierry Herzog, en toute discrétion. Ce dernier possède également un téléphone enregistré avec un nom d'emprunt.

Un certain Gilbert Azibert revient beaucoup dans les conversations.

Gilbert Azibert pose dans son nouveau bureau de secrétaire général du ministère de la Justice, le 24 juillet 2008 à Paris.
Gilbert Azibert pose dans son nouveau bureau de secrétaire général du ministère de la Justice, le 24 juillet 2008 à Paris. (THOMAS COEX / AFP)

Les juges captent une conversation téléphonique dans laquelle les deux hommes évoquent Gilbert Azibert, haut magistrat du parquet général de la Cour de cassation. Cet échange est à l'origine de l'enquête pour trafic d'influence ouverte le 26 février 2014, à l'origine des perquisitions de mardi aux domiciles et dans les bureaux de Thierry Herzog et de Gilbert Azibert, révélées par L'Express.

Au même moment, la Cour de cassation se penche sur la validité de la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt. Ces agendas sont décisifs dans un autre dossier, l'affaire Tapie, puisqu'ils mettent en évidence des liens entre l'ancien président et Bernard Tapie. La décision doit être rendue le 11 mars. Si la Cour de cassation annule ces preuves, les dossiers Bettencourt et Tapie seront fortement affectés.

Ce haut magistrat est très bien informé sur les affaires visant Nicolas Sarkozy.

L'avocat Thierry Herzog au tribunal de Paris, le 19 octobre 2009.
L'avocat Thierry Herzog au tribunal de Paris, le 19 octobre 2009. (OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP)

Selon les informations du Monde, la justice soupçonne Gilbert Azibert d'avoir informé le camp Sarkozy de l'évolution du dossier au sein de la Cour de cassation. Les écoutes montrent d'ailleurs que Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog sont très bien renseignés sur les enquêtes en cours.

Et il aimerait bien finir sa carrière à Monaco.

Une vue aérienne de Monaco.
Une vue aérienne de Monaco. (REY-ANA / ONLY FRANCE)

Echange de bons procédés ? Thierry Herzog, explique Le Monde, signale à Nicolas Sarkozy, lors d'un échange téléphonique, que Gilbert Azibert lorgne un poste de conseiller d'Etat à Monaco pour terminer sa carrière. L'avocat ajoute que le haut magistrat apprécierait que l'ancien président de la République mette son influence au service de ce projet.

Ça tombe bien, Nicolas Sarkozy connaît bien le prince Albert.

Le prince Albert II de Monaco (D) et Nicolas Sarkozy à Monaco, le 25 avril 2008.
Le prince Albert II de Monaco (D) et Nicolas Sarkozy à Monaco, le 25 avril 2008. (LIONEL CIRONNEAU / AFP)

Ces conversations téléphoniques donnent lieu à l'ouverture d'une information judiciaire, notamment pour "trafic d'influence". La justice souhaite vérifier si l'ancien président est intervenu dans la carrière de Gilbert Azibert. Le Monde a relevé une curieuse coïncidence, Nicolas Sarkozy s'est rendu à Monaco lors des dernières vacances de février, officiellement pour une cure thermale. Il a été rejoint au cours de la semaine par Thierry Herzog. Les magistrats s'interrogent donc sur une intervention de l'ancien chef d'Etat auprès des autorités monégasques pour évoquer le cas de Gilbert Azibert.

De là à parler de trafic d'influence....

Nicolas Sarkozy, le 25 mars 2013 à Paris.
Nicolas Sarkozy, le 25 mars 2013 à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

Les spectaculaires perquisitions chez Thierry Herzog et Gilbert Azibert ne seraient donc que le début de cette affaire. Les enquêteurs de l'office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales pourraient interroger prochainement plusieurs hauts magistrats. Par ailleurs, Thierry Herzog estime, dans un entretien au Monde, que Nicolas Sarkozy est sans doute toujours sous écoute. En attendant, l'avocat réfute l'idée d'un trafic d'influence et entend démontrer "qu'il s'agit d'une affaire montée de toutes pièces".