Denis Gautier-Sauvagnac a confirmé, lundi 14 octobre devant les juges ce qu'il refusait jusque-là d'admettre : les syndicats étaient bien les bénéficiaires des enveloppes d'argent liquide distribuées avec largesse par l'UIMM, la puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie, dont il a été le patron. Il comparaît depuis une semaine devant le tribunal correctionnel de Paris avec huit autres prévenus et l'UIMM.

La justice s'interroge sur le retrait, entre 2000 et 2007, d'environ 16 millions d'euros des caisses de l'Epim, le fonds d'entraide professionnel des industries de la métallurgie. L'argent de la structure, théoriquement destinée à apporter "un appui moral et matériel" à ses adhérents subissant un conflit du travail, servait en réalité à arroser généreusement certaines organisations syndicales, qui se sont bien gardées de le faire savoir.

Une "forme d'appui" de l'UIMM aux syndicats

"Ces contributions étaient une forme d'appui que, depuis des décennies, l'UIMM apportait à des organisations de salariés et patronales", a admis Denis Gautier-Sauvagnac, confirmant les propos tenus la semaine précédente par un de ces prédécesseurs, Arnaud Leenhardt. Selon ce dernier, les bénéficiaires des enveloppes étaient "les cinq syndicats représentatifs".

Denis Gautier-Sauvagnac a expliqué, devant le tribunal correctionnel de Paris, que ces aides se présentaient sous deux formes. La première, sous forme de chèques, "concernait des achats d'espaces publicitaires à prix d'or ou des locations de stands, également à prix d'or, ou encore l'achat de journaux syndicaux", a raconté l'ancien patron. Le reste des aides était donné "en liquide" de façon "plus discrète". Le système était visiblement bien installé. "Mon prédécesseur m'avait indiqué les montants qu'il fallait verser et je m'y suis tenu", a expliqué Gautier-Sauvagnac.

Les responsables syndicaux nient

Pourquoi cette discrétion ?, a interrogé la présidente du tribunal. "Dire que l'UIMM finançait des stands à la fête de l'Huma n'était pas pensable", a expliqué Dominique de Calan, ex-délégué général de l'UIMM. "Je ne vois pas comment les syndicats étudiants [également bénéficiaires du circuit, selon lui] qui passaient leur temps à nous crier dessus pourraient reconnaître avoir été aidés", a-t-il ajouté."Dans un climat général de lutte des classes, les syndicats auraient été mis au ban de la société."

Le secrétaire général de la CGT métallurgie, Philippe Martinez, et l'ancien secrétaire général de Force ouvrière, Marc Blondel, ont de leur côté nié sur France Info l'implication de leurs syndicats respectifs. "Je n'ai jamais vu un centime de l'UIMM arriver à Force ouvrière", a martelé Marc Blondel.