La maire de Puteaux et ses 102 lingots d'or au Luxembourg

Médiapart et France Inter révèlent comment le compte caché à l'étranger de Joëlle Ceccaldi-Raynaud a été vidé de ses millions d'euros.

La maire Les Républicains de Puteaux (Hauts-de-Seine), Joëlle Ceccaldi-Raynaud, lors d'un meeting de son parti dans sa ville, le 10 juin 2015.
La maire Les Républicains de Puteaux (Hauts-de-Seine), Joëlle Ceccaldi-Raynaud, lors d'un meeting de son parti dans sa ville, le 10 juin 2015. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Mis à jour le , publié le

Les chiffres donnent le tournis. En à peine sept mois, de la mi-octobre 2008 à la fin avril 2009, 102 kg d'or, en autant de lingots d'un kilo, et 865 300 euros en liquide auraient été retirés d'un compte à la banque privée Edmond de Rothschild, au Luxembourg, appartenant à Joëlle Ceccaldi-Raynaud, la maire Les Républicains de Puteaux (Hauts-de-Seine), affirment France Inter et Mediapart, jeudi 17 septembre. Francetv info fait le point sur cette affaire. 

Combien d'argent cela représente ?

Vingt lingots par ci, trente par là, et des liasses de billets. Il a fallu une dizaine de visites discrètes d'intermédiaires mandatés pour retirer cette fortune, parfois à quelques jours d'intervalle. Ces retraits sont attestés dans des documents transmis par la justice luxembourgeoise à son homologue française l'an dernier, et mis en ligne par Mediapart. Les 102 lingots d'or valaient à l'époque environ 2 millions d'euros, mais ils sont estimés, aujourd'hui, à plus de 3 millions d'euros. Sans oublier les 865 300 euros qui auraient été retirés en liquide. 

 

Capture d'écran d'un relevé de compte publié par Mediapart.
Capture d'écran d'un relevé de compte publié par Mediapart. (MEDIAPART)

Comment ce compte a été découvert ?

La révélation de l'existence de ce compte est l'un des dommages collatéraux de la guerre qui fait rage depuis des années entre Joëlle Ceccaldi-Raynaud et son père, Charles Ceccaldi-Raynaud. En 2007, l'ancien maire de Puteaux, qui a dû laisser sa mairie à son héritière après trente-cinq ans de mandat, est mis en cause par sa fille dans une affaire de corruption et d'abus de biens sociaux liée à l'attribution d'un marché par le syndicat intercommunal de chauffage urbain de la Défense. Il riposte en écrivant au juge d'instruction pour accuser sa fille dans cette affaire. Il affirme qu'elle est en train de vider son compte caché au Luxembourg de crainte qu'il n'en révèle l'existence, rappelle BFMTV.

En octobre 2011, Le Canard enchaîné révèle l'existence de ce compte, qui aurait été ouvert en 1996, comme le rapporte Le Parisien. Embarrassée, la maire de Puteaux fait alors acheter tous les exemplaires de l'hebdomadaire satirique vendus dans sa ville, relate Le Figaro

Quelle peut être l'origine de cette fortune ?

Comment Joëlle Ceccaldi-Raynaud explique-t-elle l’origine des fonds se trouvant sur le compte qu’elle a ouvert au Luxembourg ? "Un héritage de grand-mère", avait affirmé dans le bureau du juge la maire de Puteaux. En juin 2013, Joëlle Ceccaldi-Raynaud a dû aussi s'expliquer face au juge d'instruction de Nanterre. Elle assure qu'elle a fait don de cette fortune à sa fille en 2004 et que celle-ci l'a rapatriée en France, en toute légalité. Problème : les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace de cet héritage, assure désormais Mediapart, qui affirme également que la fille de Joëlle Ceccaldi-Raynaud fait aujourd'hui l'objet d'un redressement fiscal. 

Les Ceccaldi-Raynaud père et fille intéressent la justice depuis 2002, rappelle Libération. Une enquête a été ouverte à cette époque par le parquet de Nanterre pour corruption et abus de biens sociaux : les faits portent sur les conditions de renouvellement d’un contrat relatif au chauffage de tout le quartier de la Défense. La procédure d’appel d’offres ayant été falsifiée sous la houlette du syndicat intercommunal, alors présidée par Charles Ceccaldi-Raynaud. 

Et cette enquête a connu bien des vicissitudes. Cinq juges d'instruction se sont succédés. Le dossier a été fermé à deux reprises, puis rouvert sur ordre de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles. En 2004, la mairie de Puteaux a été perquisitionnée, de même que les bureaux du père, sénateur à ce moment, et de la fille, députée à l'époque. Le père est toujours mis en examen, la fille, elle, reste témoin assistée.