L'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine a annoncé mardi 24 avril avoir été mis en examen pour "blanchiment" d'argent par les juges instruisant le volet financier de l'affaire Karachi, dans une déclaration à la presse à l'issue de son audition. Il s'en est pris à Nicolas Sarkozy, dont plusieurs proches ont été mis en examen dans cette affaire, menaçant de "mettre la vérité en face des Français".

• La mise en examen : soupçons de blanchiment

Les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke ont obtenu l'élargissement de leur enquête à de possibles faits de blanchiment aggravé de 1993 à mars 2012. Ils enquêtent notamment sur des mouvements bancaires jugés suspects, révélés par des commissions rogatoires menées en France à l'étranger.

Les juges d'instruction sont sur la piste d'un possible détournement de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d'euros) et de frégates à l'Arabie saoudite (200 millions d'euros) dans les années 1990. Un attentat à Karachi (Pakistan) en 2002, qui a tué onze Français, pourrait être lié. L'hypothèse de travail est qu'une partie de cet argent a été retirée en espèces et réacheminée vers Paris pour financer la campagne électorale d'Edouard Balladur en 1995, dont l'actuel chef de l'Etat et candidat à sa réélection était le porte-parole.

• Le coup d'éclat : "Mettre la vérité en face des Français"

A son arrivée au pôle financier du tribunal de Paris, Ziad Takieddine s'est brusquement invité dans la campagne. Il a appelé les Français à "éradiquer ce système de corruption qui [les] mène depuis quelques années, depuis 1995, et en tout cas fortifié aujourd'hui". Devant les journalistes, il a déclaré : "Je n'ai pas à prononcer le nom de quiconque mais un système qui gère la France depuis cinq ans a à sa tête quelqu'un qui s'appelle peut-être le président de la République".

Il propose aux électeurs de voter pour quelqu'un de "propre", sous-entendu François Hollande, pour lequel il a déjà affiché sa préférence. Il a annoncé par ailleurs le lancement d'un site internet où, dans un billet daté de mardi, il "accuse" et "dénonce" le système en place, se disant victime de "harcèlement judiciaire".

• La défense : "Une procédure inique et un acharnement"

L'avocate de Ziad Takieddine, Me Samia Maktouf, estime que la décision du parquet d'élargir l'enquête est "entachée de nullité" car elle "vise des faits supposés de blanchiment antérieurs à la loi de 1996", c'est-à-dire avant la création du délit de blanchiment. Elle a dénoncé, dans un entretien à l'AFP, "une procédure inique et un acharnement" contre son client.

"Ma mise en examen est inconstitutionnelle et je ne répondrai plus aux convocations des juges", a déclaré l'homme d'affaires à sa sortie du pôle financier. Ziad Takieddine a déjà été mis en examen en 2011 pour "complicité et recel d'abus de biens sociaux" et "faux témoignage".