Le nom d'Abdul Rahman El-Assir n'est pas connu du grand public, mais il pourrait bien le devenir. Cet homme de l'ombre cité dans l'affaire Karachi, ex-associé de l'homme d'affaires Ziad Takieddine, a été retrouvé en Suisse. El-Assir, visé par un mandat d'arrêt français lancé en novembre 2011, a été entendu le 30 mai par les enquêteurs suisses, puis mis en examen lundi 11 juin, sur demande de la justice française. Aucune procédure d'extradition n'est en cours contre lui, a indiqué le parquet suisse à l'AFP, mais il pourrait être prochainement entendu par le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke, en Suisse, selon une source proche du dossier.

• Qui est-il ?

"Son nom complet est Abdul Rahman Salaheddine El-Assir. Né le 26 avril 1950 à Beyrouth, il fait partie d'une caste très fermée : celle des vendeurs d'armes. Par commodité, on dit plutôt 'intermédiaires', c'est moins péjoratif", écrivaient les journalistes de Mediapart Fabrice Lhomme et Fabrice Arfi dans un ouvrage consacré à l'affaire. L'Express en publiait alors quelques feuilles.

• Où était-il ?

Personne n'en savait rien. Si Takieddine est régulièrement évoqué, lui était parvenu à se faire oublier. Les juges d'instruction Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire ont effectué il y a plusieurs mois une perquisition à son appartement parisien. Il était vide. Ils avaient estimé alors qu'il pouvait s'être réfugié en Espagne. Il a finalement été retrouvé en Suisse.

• Pourquoi parle-t-on de lui ?

Selon les journalistes, les deux Libanais formaient un tandem dans des contrats louches. Ils auraient notamment été imposés en 1994 in extremis dans deux gros contrats d'armement conclus avec le Pakistan et l'Arabie saoudite par le cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense. Selon Le Point, les deux intermédiaires devaient toucher 751 et 648 millions de francs (212 millions d’euros au total).

Dans le volet financier de l'affaire, les investigations ont montré qu'El-Assir avait plusieurs comptes en son nom ou au nom de structures offshore à l'étranger, au Liechtenstein, en Suisse ou encore en Espagne. Ce pays le recherche d'ailleurs pour blanchiment de fonds. Les juges font une hypothèse : des commissions - légales jusqu'en 2000 - générées par deux contrats d'armement scellés en 1994 avec l'Arabie saoudite et le Pakistan pourraient avoir contribué - via des rétrocommissions qui sont, elles, illégales - au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995.

• Qu'est-ce que l'affaire Karachi ?

Les juges ont soupçonné pendant des années Al-Qaïda d'être derrière l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan, contre des employés de la Direction des constructions navales (DCN), une attaque qui a fait 14 morts, dont 11 Français. Depuis 2009, les juges soupçonnent un règlement de comptes. Il pourrait être lié au non-versement de commissions par l'Etat français. C'est l'affaire Karachi, dans laquelle est évoqué Nicolas Sarkozy, porte-parole en 1995 de la campagne de Balladur.