Comptes de campagne à Hayange : un enregistrement met en cause le maire FN

Déchue de son mandat, la première adjointe d'Hayange (Moselle) accuse le maire de l'avoir poussée à payer des factures qu'elle n'avait pas à régler. Selon nos informations, un enregistrement audio met à mal la défense de l'édile.

Le maire d'Hayange (Moselle), Fabien Engelmann, et sa première adjointe, Marie Da Silva, le 6 avril 2014.
Le maire d'Hayange (Moselle), Fabien Engelmann, et sa première adjointe, Marie Da Silva, le 6 avril 2014. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Envoyé spécial à Hayange,

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Les accusations portées à l'encontre du maire FN de Hayange (Moselle), et plus particulièrement sur la facturation de ses dépenses de campagne, ne se résument-elles vraiment, comme le dit Marine Le Pen, qu'à une "affaire de clochemerle" ? Rien n'est moins sûr. Plusieurs éléments – notamment un enregistrement audio – dont francetv info a pu prendre connaissance, mercredi 3 septembre, mettent directement en cause Fabien Engelmann, 34 ans, élu en mars dernier à la tête de cette petite ville de 15 000 habitants en Lorraine. En bref, ce dernier aurait poussé sa future première adjointe, Marie Da Silva, à régler des factures sur ses deniers personnels, une pratique rigoureusement interdite, qui pourrait coûter à Fabien Engelmann une peine d'inéligibilité.

L'affaire éclate le samedi 23 août. Ce jour-là, une équipe de Canal+ tourne un reportage à Hayange, lorsqu'en pleine interview avec le maire de la ville, un homme – le mari de la première adjointe – intervient pour demander à l'élu de lui "rendre les sous prêtés pendant la campagne". "Je ne sais pas de quoi tu me parles", répond alors Fabien Engelmann, manifestement gêné, avant de proposer au journaliste de Canal+ de poursuivre l'interview à l'intérieur de la mairie. La scène n'est diffusée que dix jours plus tard. Mais entre temps, le mardi 26 août, Marie Da Silva apprend que sa délégation de maire-adjointe lui est retirée. Une coïncidence, jure aujourd'hui Fabien Engelmann, qui assure à francetv info avoir pris cette décision pour sanctionner Marie Da Silva, après des propos racistes qu'elle aurait tenus lors d'une réunion à la mairie. Une accusation grave, que l'intéressée nie en bloc.

Des factures indûment payées par la colistière

A l'origine de ce règlement de comptes, un litige autour de règlements de factures durant la campagne électorale. Au total, l'adjointe affirme avoir dépensé en cash 3 600 euros en tant que colistière, pour des frais qui auraient dû légalement être réglés par le mandataire financier. Marie Da Silva explique notamment avoir pris à sa charge, en mars, la réalisation de deux tracts, commandés à une association locale pour un total de 1 575 euros, payés en mandats postaux "sur ordre de Fabien Engelmann".

Pourquoi avoir sollicité Marie Da Silva pour régler ces factures ? "Il ne s'agissait que d'une avance en caution, assure le maire d'Hayange à francetv info. L'imprimerie ne voulait pas lancer l'impression des tracts si elle n'avait pas l'argent immédiatement. Or mon mandataire financier travaillait toute la journée très tard. Le temps d'envoyer le chèque, ça prenait trop de temps." Une explication qui diffère quelque peu de celle avancée dans une conversation téléphonique, enregistrée courant août, et que francetv info a pu consulter, mardi 2 septembre. Au cours de cette discussion, Fabien Engelmann explique que le mandataire financier n'avait en réalité "pas assez d'argent sur son compte"

Toujours est-il qu'afin de ne pas éveiller les soupçons concernant ces possibles irrégularités, la somme a ensuite été remboursée début mai, par un chèque de l'association à l'ordre de... la belle-fille de Marie Da Silva ! Un étrange montage qui remet en cause la notion même de caution, mais que Fabien Engelmann reconnaît dans cette conversation téléphonique enregistrée, et consultée par francetv info.

Un don de 1 000 euros non déclaré ?

En outre, Marie Da Silva affirme qu'au mois de novembre, alors qu'il se lançait dans la campagne et n'avait pas encore obtenu son prêt, Fabien Engelmann lui a demandé 1 000 euros en liquide. Le don a finalement été fait par chèque, là encore sans être déclaré dans les comptes de campagne. Interrogé sur ce point par Mediapart (article payant), Fabien Engelmann assure pour sa part que cette somme correspond... à la vente de sa voiture, rachetée par Marie Da Silva. Ce que cette dernière dément, Fabien Engelmann ayant vendu sa voiture, selon elle, pas plus tard qu'il y a quinze jours...

Quant aux apéritifs militants que Marie Da Silva affirme également avoir payé de sa poche pour plusieurs centaines d'euros – sans avoir été remboursée cette fois –, Fabien Engelmann estime qu'il ne s'agit pas de dépenses électorales, et qu'à ce titre, elles n'avaient pas à être prises en charge sur son compte de campagne.

Jusqu'où ira cette affaire que Marine Le Pen qualifie simplement de "clochemerle" ? Mardi, Marie Da Silva a porté plainte au tribunal de Thionville (Moselle) pour "abus de confiance, abus de biens sociaux et harcèlement". Il y a quelques jours, elle a également déposé un dossier "contenant toutes les preuves" à la commission nationale des comptes de campagne. Si celle-ci, après instruction, rejetait le compte de Fabien Engelmann, ce dernier pourrait alors voir son élection annulée par le tribunal administratif, et être frappé d'une peine d'inéligibilité. Le maire de Hayange, de son côté, affirme avoir saisi ses avocats, et se réserve le droit de porter plainte en diffamation. D'ici là, le conseil municipal de rentrée, mercredi soir, devrait être explosif.