Tourner la page. C'est sûrement ce que souhaite l'exécutif, plus de deux semaines après les aveux de Jérôme Cahuzac sur son compte caché à l'étranger. Et c'est ce que tente de faire François Hollande sur le terrain médiatique. En organisant, par exemple, jeudi 18 avril, une visite surprise à Roissy durant laquelle il s'est exprimé sur le thème de la sécurité. Mais il sera difficile pour le président de faire oublier la séquence Cahuzac et les exigences de moralisation de la vie politique qui ont suivi ses aveux. Explications.

Parce que la crise l'empêche de détourner l'attention

"Ce qui préoccupe le plus les Français, c’est le pouvoir d’achat et le chômage, pas les affaires", rappelle le politologue Olivier Rouquan, interrogé par francetv info. En conséquence, "quelques réussites sur le plan économique" permettraient de faire passer l’affaire Cahuzac au second plan.

Le problème, c’est que l'exécutif n'est actuellement pas en mesure de vanter sa politique dans ce domaine. Le gouvernement a entériné, mercredi 17 avril, le renoncement à l'équilibre budgétaire dès 2017. Et sa stratégie présentée en Conseil des ministres pour ramener le déficit public à 2,9% en 2014, puis à 0,7% en 2017, peine à convaincre. L'AFP note que les éditoriaux publiés dans la presse jeudi se montrent très sceptiques sur le "sérieux budgétaire" revendiqué par l'exécutif.

Dans le même temps, le Fonds monétaire international (FMI) et l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ont annoncé dans leurs prévisions que la France allait entrer en récession. Si le président et le gouvernement continuent de tabler sur la croissance, leur marge de manœuvre sur le plan économique semble faible.

Parce que de nouvelles révélations pourraient surgir

"L'affaire politique Cahuzac est close", a affirmé le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, le 16 avril, après l'interview de l'ex-ministre du Budget, durant laquelle il a annoncé qu'il renonçait à son siège de député. Mais l'enquête ouverte pour "blanchiment de fraude fiscale" concernant le compte de Jérôme Cahuzac en Suisse, elle, n'en est qu'à ses débuts. Selon des médias suisses, l'homme politique a tenté de placer 15 millions d'euros dans une banque helvétique en 2009. Lui n'avait parlé dans ses aveux que de 600 000 euros.

Ces révélations font planer de nombreux doutes sur l'origine de cet argent. Selon Edwy Plenel, le directeur de Mediapart, d'autres personnes pourraient être impliquées dans l'affaire : "Pour mentir avec tant d'aplomb, Cahuzac mentait pour d'autres, je pense que c'est l'enjeu de l'enquête [judiciaire]", a-t-il estimé sur RMC, ajoutant : "En 1992, quand il ouvre ce compte, il n'est pas riche. (…) Vous savez, dans le financement illicite des partis politiques, il y a les armes (…), le pétrole (…) et les laboratoires pharmaceutiques. (…) Est-on face à des montants qui ont circulé pour des reliquats, pour des aides, pour des réseaux ?"

De son côté, l'UMP se demande si Pierre Moscovici n'a pas cherché à protéger Jérôme Cahuzac. Le ministre de l'Economie a dû s'en défendre, mercredi, devant la commission des finances de l'Assemblée nationale. Mais ce débat sur le rôle des ministres est loin d'être clos, puisqu'une commission d'enquête sur l'action du gouvernement dans l'affaire Cahuzac doit être créée à l'Assemblée.

Parce que la "moralisation" politique promet de vifs débats

En réponse à l'affaire Cahuzac, François Hollande a annoncé une série de mesures pour moraliser la vie politique. Un vaste chantier, plus rapide à annoncer qu'à mettre en place.

Mercredi 24 avril, le projet de loi sera présenté en Conseil des ministres. Puis viendront les discussions à l'Assemblée. Et elles s'annoncent musclées. Selon Le Canard enchaîné, les professions de journaliste, avocat et consultant seront rendues incompatibles avec les activités parlementaires. Cette mesure sera difficile à faire accepter et les avocats ont déjà fait part de leur mécontentement.

Mais surtout, Hollande pourrait avoir à faire face à son propre camp : une grande partie des parlementaires PS interrogés par francetv info ont laissé entendre qu’ils s’opposeraient à la publication obligatoire du patrimoine des élus. Les débats post-Cahuzac sont donc loin d’être terminés.