Austérité : "Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique conduite"

Arnaud Montebourg, Cécile Duflot et Benoît Hamon dénoncent les dégâts causés par les mesures de rigueur.

Les ministres Arnaud Montebourg (Redressement productif), Cécile Duflot (Logement) et Benoît Hamon (Economie sociale et solidaire), dans la cour de l\'Elysée. 
Les ministres Arnaud Montebourg (Redressement productif), Cécile Duflot (Logement) et Benoît Hamon (Economie sociale et solidaire), dans la cour de l'Elysée.  (AFP / FRANCETV INFO)
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François Hollande garde le cap. "Aucun ministre ne peut remettre en cause la politique conduite", a affirmé le chef de l'Etat, mercredi 10 avril, à l'issue du Conseil des ministres. Une réponse sèche aux critiques formulées par plusieurs de ses ministres ces derniers jours sur la "politique d'austérité" menée par le gouvernement et imposée par l'Europe. 

Le chef de l'Etat a de nouveau défendu la politique de "sérieux budgétaire" appliquée par le gouvernement. "C'est le sérieux qui permet la croissance" et assure "l'indépendance pour la France", lui donne "sa capacité pour parler, pour décider, pour agir" en Europe. "Le sérieux c'est le cap, l'objectif c'est la croissance", a-t-il martelé, en réponse aux critiques de certains ministres.

Plusieurs voix se sont en effet élevées publiquement pour demander une inflexion de la politique économique et sociale, comme réponse supplémentaire à la crise politique déclenchée par l'affaire Cahuzac

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Montebourg : "Cette politique conduit à la débâcle"

Arnaud Montebourg a ouvert les hostilités, mardi 9 avril. Dans un entretien au Monde, le ministre du Redressement productif prévient que "le sérieux budgétaire, s'il tue la croissance, n'est plus sérieux. Il est absurde et dangereux. Il est donc plus que temps d'ouvrir le débat sur cette politique qui conduit l'Union européenne à la débâcle."

"La politique d'austérité imposée par l'Europe est-elle soutenue par nos concitoyens ? La réponse est non. Elle est rejetée par tous les peuples", observe Arnaud Montebourg. Avant d'appeler, cinglant, à une remise en cause des directions prises par Bruxelles : "S'il y a une crise de régime, c'est au niveau de l'Union européenne, où il n'y a nul débat démocratique sur les causes et les conséquences de cette politique d'austérité qui nous entraîne collectivement dans une spirale récessive."

Duflot : "Le risque, c'est la spirale de la récession"

L'avis d'Arnaud Montebourg est aussi celui de Cécile Duflot. Dans un entretien publié par Mediapart (article payant) mardi, la ministre du Logement juge que des mesures "uniquement éthiques" ou "techniques" contre la fraude fiscale "ne seront pas suffisantes" pour répondre à la crise politique.

"Avec l'amplification de la crise, une réponse uniquement centrée sur la baisse des dépenses publiques ne peut pas être une réponse politique durable, assène-t-elle. Je sais qu’il faut engager une trajectoire de désendettement. En même temps, la solution à la crise ne se trouve pas dans cette trajectoire. Le risque, c’est la spirale de la récession. (...) On ne peut pas considérer que le coup de rabot général soit une bonne méthode politique.

Hamon : "L'austérité n'est plus soutenable"

Même discours chez Benoît Hamon, ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire. "Aujourd'hui l'austérité en Europe n'est plus soutenable, avec ses millions de chômeurs", déclare-t-il mercredi dans Le Parisien (article payant). "Sur le rythme de réduction des déficits, je distingue le sérieux budgétaire indispensable, qui est un moyen, de l’austérité, qui devient une fin en soi", précise-t-il.

"La consolidation budgétaire est un marathon. Et un marathon, on ne le finit pas sur le rythme d’un coureur de 400 m, schématise Benoît Hamon. Or, aujourd'hui, les exigences allemandes nous demandent de sprinter alors que la France a besoin de reprendre son souffle. Si ça continue, personne ne finira la course." Et le ministre de "s'interroger sur le rythme imposé à la poursuite d’une consolidation budgétaire qui confine à l’austérité, qui peut nous conduire dans une impasse et à une France low-cost".