Arrivé à Bordeaux jeudi 15 décembre à la mi-journée, après avoir été interpellé la veille à l'aéroport de Roissy, Patrice de Maistre a été mis en examen pour "abus de faiblesse, abus de confiance, escroquerie aggravés" et "blanchiment" par le juge en charge de l'affaire Bettencourt.

Il est accusé d'avoir profité de l'état de santé de la milliardaire, héritière de L'Oréal, âgée de 89 ans. Il a été laissé en liberté et placé sous contrôle judiciaire avec obligation de verser un cautionnement.

La troisième mise en examen 

Après le photographe François-Marie Banier et de son compagnon, Martin d'Orgeval, c'est la troisième personne mise en examen dans ce dossier. 

Patrice de Maistre a été "heureux de pouvoir enfin s'adresser à un juge et répondre aux attaques dont il fait l'objet sans pouvoir se défendre depuis trop longtemps", a indiqué son avocate, Jacqueline Laffont.

Tous trois ont fait l'objet de mandats d'amener délivrés par le juge bordelais Jean-Michel Gentil, et ont dû passer une ou deux nuits à la prison parisienne de la Santé avant d'être conduits à Bordeaux. Ils ont été laissés libres sous contrôle judiciaire après leur mise en examen.

Des mesures "coercitives"

Concernant l'utilisation d'un mandat d'amener à l'encontre de leur client, les avocats de Patrice de Maistre, Jacqueline Laffont et Pierre Haïk, ont dénoncé mercredi une mesure "coercitive, déstabilisante et fragilisante" et "singulièrement injustifiée".

Patrice de Maistre (deuxième en partant de la droite), l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, entouré de gendarmes, lors de son arrivée à Bordeaux (Gironde), le 15 décembre 2011.
Patrice de Maistre (deuxième en partant de la droite), l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, entouré de gendarmes, lors de son arrivée à Bordeaux (Gironde), le 15 décembre 2011. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Dans un communiqué, le bâtonnier de Paris, Jean Castelain, a vivement critiqué ce procédé. "L'Ordre des avocats [de Paris], soucieux des libertés individuelles, s'étonne qu'un magistrat instructeur croie devoir user de mesures humiliantes, inutilement coercitives et coûteuses pour les deniers de l'Etat, à seule fin de se faire présenter des justiciables qui auraient sans aucun doute déféré à une simple convocation adressée par courrier." L'Ordre s'indigne notamment que l'on puisse "incarcérer une personne pendant plusieurs jours afin d'organiser son transfèrement au siège d'un tribunal situé seulement à trois heures de TGV de Paris"

L'affaire Bettencourt s'emballe

Depuis que les experts médicaux ont estimé que les premières manifestations de la maladie d'Alzheimer de Liliane Bettencourt datent de 2006, les bénéficiaires de ses largesses après cette date fatidique sont rattrapés par la justice.

En 2008, Liliane Bettencourt aurait offert 5 millions d'euros à Patrice de Maistre, sous la forme d'un don manuel devant notaire, avait révélé L'Express en juillet 2010. Dans les enregistrements publiés un mois plus tôt par le site d'investigation Mediapart (article abonnés), le gestionnaire apparaît comme le maître des finances de l'octogénaire. 

Décoré de la Légion d'honneur en 2008 par Eric Woerth, alors ministre du Budget, il s'est déjà défendu d'avoir abusé de la faiblesse de son employeur : "Je la conseille, mais elle prend ses décisions en toute connaissance de cause", assurait-il dans un entretien au Figaro paru en juin 2010.